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Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives (trad. Etienne Dobenesque)

par Marc Escola

à propos de

Stanley Fish

Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives

trad. Etienne Dobenesque

Il aura fallu près de vingt-sept ans, et le courage d’une jeune maison d’édition qui inaugure avec ce titre une nouvelle collection soucieuse d’une actualité politique « mondialisée «, pour que le lecteur français puisse découvrir l’un des livres les plus célèbres et les plus stimulants de la théorie littéraire américaine. Jusque-là, le public francophone ne pouvait connaître Stanley Fish que par un unique ouvrage, paru il y a plus de dix ans sous le titre Respecter le sens commun. Rhétorique, interprétation et critique en littérature et en droit , et passé à peu près inaperçu sinon des lecteurs de Jacques Derrida qui en méditait longuement le propos dans un essai fondamental intitulé « Du droit à la justice « (in Force de loi, Galilée, Paris, 1994). Les lecteurs les mieux informés n’accédaient aux thèses de Stanley Fish sur l’interprétation des textes littéraires que dans les exposés assassins de ses plus ardents détracteurs : Umberto Eco dans Les Limites de l’interprétation ou Antoine Compagnon dans Le Démon de la théorie . Plus sûrement encore, on ne pouvait guère rencontrer le théoricien, de ce côté-ci de l’Atlantique, que sous les traits de son double fictionnel : Stanley Fish n’est autre que le modèle avoué de l’ambitieux et fantasque Morris Zapp des campus novels de David Lodge (Un tout petit monde, Rivages, Paris 1992), soit, dans la réalité comme dans la fiction, « le professeur de littérature le mieux payé de la planète « (le premier sinon le seul « littéraire « à bénéficier d’un salaire annuel à six chiffres en dollars) et l’homme de toutes les polémiques sur les questions de politique universitaire comme sur les sujets les plus brûlants du débat public nord-américain .




Nul doute que la parution de Quand lire, c’est faire fera ici l’effet d’une « bombe à retardement«, selon le mot (et le voeu) d’Yves Citton qui préface le volume. On peut s’étonner cependant du choix du titre français, qui a certes valeur mnémotechnique et le mérite de faire signe pour le public francophone vers l’un des titres les plus célèbres de J. L. Austin (Quand dire, c’est faire, traduction de How To Do Things With Words [1962], Le Seuil, Paris 1970), mais en affichant peut-être trop positivement la filiation de Stanley Fish avec ce courant de la philosophie pragmatique représenté par William James, John Dewey ou Richard Rorty, auquel les premiers essais du théoricien ne font guère référence. Cette édition française réunit en effet les trois brefs essais qui formaient l’édition américaine de Is There a Text in This Class ? The Authority of Interpretative Communities (Harvard University Press, Harvard, 1980), issus d’une série de conférences prononcées en avril 1979 au Kenyon College en réponse aux attaques dont pouvaient alors faire l’objet les positions de Jacques Derrida, Harold Bloom et Stanley Fish lui-même, auxquels les éditeurs français ont eu l’heureuse idée d’adjoindre un chapitre more geometrico tiré du plus récent, mais tout aussi célèbre outre-Atlantique, Professional Correctness: Literary Studies and Political Change (Oxford University Press, Oxford, 1995), ainsi qu’une postface de l’auteur rédigée pour l’occasion.



La communauté des textes et le partage des significations



Plus fidèle à l’original anglais, le sous-titre « L’autorité des communautés interprétatives « (The Autority of Interpretative Communities) nomme sans doute mieux le propos de l’ensemble et la principale originalité de l’ouvrage pour la théorie littéraire. La question qu’affronte Stanley Fish, à la fin des années 1970 donc, est bien celle du statut de l’interprétation, de l’autorité du texte en regard de celle de l’interprète et de ce qu’on pourrait nommer « le partage des significations «. On peut énoncer cette question dans les termes simples, ou « continentaux «, d’une alternative brutale : doit-on penser que le sens d’un texte se confond avec la signification qu’un auteur a en lui déposée et qu’il s’agit donc pour l’interprète de le mettre au jour ou de le « retrouver « (mais alors comment expliquer la diversité des interprétations dont ce même texte peut faire historiquement l’objet) ? Ou bien : un texte peut-il recevoir tous les sens qu’il nous plaît de lui donner (mais peut-on alors accepter qu’aucune interprétation puisse être dite plus juste qu’une autre) ? Pour l’énoncer autrement encore : quelles sont donc les autorités respectives de l’auteur et de l’interprète ?



Le premier terme de l’alternative est celui de la position dogmatique, ou néopositiviste, pour laquelle la signification d’un texte n’est pas dissociable d’un sens « originel « qu’une herméneutique historique érudite permet seule de délivrer – non sans paradoxe, puisque ce souci de l’histoire, incapable de rendre compte du devenir du texte dans les différentes interprétations à lui attachées, dénie au texte une bonne part de son historicité, et au prix d’un impensé théorique où l’on doit reconnaître la « tache aveugle « de l’histoire littéraire : si un texte ne dit pas autre chose que ce que l’auteur « a voulu dire «, pourquoi donc ce sens demeure-t-il « caché « et requiert-il le travail de l’interprète, lequel se voue encore à le dire autrement ? Le second terme est celui de la position relativiste radicale, avec laquelle on a trop longtemps voulu confondre la pensée de Stanley Fish, comme celle des autres ténors de la « déconstruction « : un texte n’a pas d’autre signification que celle que lui donne tel lecteur en fonction de ses propres désirs ou besoins, et il y a donc autant de significations qu’il y a de lecteurs – « sous les pavés disciplinaires de l’histoire littéraire, la plage de toutes les libertés interprétatives «, selon la tonique formule d’Yves Citton (préface, p. 17) – au risque ici de saper toute exigence de rigueur herméneutique en déniant la possibilité même d’une connaissance « objective « des textes et donc aussi du passé. La présente traduction nous offre à comprendre que la thèse de Stanley Fish, même si elle peut prêter le flanc, par des formulations à l’emporte-pièce qu’il est toujours tentant de sortir de leur contexte, à l’accusation de relativisme absolu, n’est en réalité assimilable à aucune des deux positions, parce qu’elle vise précisément à esquisser une sortie de l’alternative. La postface de cette édition française est au demeurant l’occasion pour Stanley Fish de couper court aux malentendus qui lui ont pourtant valu une bonne part de sa célébrité : ses « deux ambitions constantes «, écrit-il (p. 127), ont été « premièrement, [de] réfuter la prétention du texte à être dépositaire de la signification et, deuxièmement, [de] placer la signification ailleurs sans la laisser libre de toute contrainte «, en soulignant que « l’esprit « qui a présidé à la rédaction de ses essais « est celui de la philosophie analytique : la question dominante est « comment fait-on pour déterminer la signification d’un texte ? «, et l’objectif est d’identifier les contraintes qui empêchent l’acte d’interprétation d’être un acte arbitraire et/ou forcé, un acte de hasard ou un acte de pouvoir « (p. 126). L’ambition est bien d’affronter «le problème (cartésien, fondamentalement) [du lien] entre un texte autonome et un lecteur autonome« pour tenter «de dissoudre l’antinomie sujet/objet qui [a] miné la théorie de l’interprétation pendant des siècles « (p. 129). Telle est la vertu du concept de « communauté interprétative « que les essais ici réunis visent à forger.



Loin d’affirmer le pouvoir créatif du seul lecteur face au texte, et son émancipation à l’égard de toutes les contraintes textuelles, Stanley Fish postule, entre « l’objet « textuel et le « sujet « lisant, l’existence de la « communauté interprétative « comme instance de médiation : «ce n’est pas une communauté que ses membres choisissent de rejoindre ; au contraire, c’est la communauté qui les choisit dans le sens où ses présupposés, préoccupations, distinctions, tâches, obstacles, récompenses, hiérarchies et protocoles deviennent, à la longue, l’aménagement même de leurs esprits« (p. 128). Le lecteur n’agit donc pas en sujet autonome : il se trouve « contraint « dans ses activités interprétatives «par les protocoles intériorisés de la communauté« au sein de laquelle le texte lui est donné, c’est-à-dire « se fait « sous la conduite de ces mêmes protocoles. « Prétendre que les lecteurs font les textes, ce n’est pas annoncer le triomphe de la subjectivité ; c’est annoncer la mort de la subjectivité, mais aussi la mort de l’objectivité. Lorsque le texte s’effondre devant la suprématie (pour ne pas dire l’hégémonie) de la communauté interprétative, le lecteur autonome s’effondre aussi« (p. 130). La fécondité du concept tient encore au fait qu’il permet d’appréhender les cas d’accord et de désaccord sur le sens d’un même texte : « les lecteurs opérant à l’intérieur des présupposés spécifiques à une communauté ont tendance à voir le même texte«, «les membres de communautés interprétatives différentes voient et, dans un sens très affaibli, font des textes différents« (ibid.). Il ouvre aussi aux études littéraires un nouveau champ : « celui de l’étude de l’histoire des communautés interprétatives en vue de l’établissement du registre de l’ascension et de la chute des interprétations « (ibid.) – on devine sans peine ce que pourrait être une telle « histoire « s’agissant, par exemple, des Pensées de Pascal, tour à tour et pour les différentes communautés qui en ont délivré le texte, l’oeuvre d’un janséniste, celle d’un théologien augustinien, le journal d’un «misanthrope sublime « ou le traité d’un philosophe tragique …



On doit donc comprendre, avec François Cusset, que « « les « communautés interprétatives « englobent à la fois les oeuvres, leurs lecteurs et les institutions historiques reliant ces deux pôles, et produisent dans un même mouvement le texte et sa lecture, sans qu’écriture et interprétation soient encore séparables. Elles désignent « l’appartenance à un même système d’intelligibilité «, le « répertoire permettant d’organiser le monde et ses événements «, en une notion affinée de « l’horizon d’attente « du théoricien de la réception H. R. Jauss. Au-delà d’une telle épistémologie de la lecture, Fish redéfinit ici l’institution en un sens élargi, dématérialisé, celui d’un soubassement idéologique précisément codifié de toute activité d’interprétation. Cette institution-là est le théâtre d’une production du sens, puisqu’elle détermine la « mé-prélecture « [mis-prereading]une mélecture d’avant l’acte de lire, et le lieu d’avènement du texte lui-même, lequel n’est plus alors que « ce qui arrive quand nous lisons « . « L’autorité n’est donc pas davantage celle du texte autonome que celle d’un sujet émancipé de toute contrainte textuelle : les deux instances la tiennent en définitive, ou plus exactement la négocient, au sein de l’espace où le lecteur advient à lui-même en même temps qu’un texte lui est « donné «.



Fables théoriques : comment reconnaître le fait théorique dans son quotidien



La force du petit livre de Stanley Fish ne tient pas seulement à l’effort d’élaboration théorique du concept de « communauté interprétative « : elle doit beaucoup à la manière de l’essayiste, à sa façon de mettre la pensée au travail à partir de courtes anecdotes, ou encore, selon Yves Citton, à « un enjouement qui a pu paraître prétentieux, voire arrogant, mais qui tient surtout à une joie (exubérante et contagieuse) de jouer le jeu de la théorie ; […] derrière la polémique de surface, on sent le plaisir presque sensuel que prend l’auteur à construire et à raconter des fables théoriques, et à considérer la pensée comme un lieu d’expérimentation presque jubilatoire « (préface, p. 15-16). Les quatre essais réunis dans Quand lire, c’est faire en témoignent diversement. Les titres des deux premiers, également célèbres, nous introduisent d’emblée au plaisir de l’affabulation théorique : « Y a-t-il un texte dans ce cours ? « et « Comment reconnaître un poème quand on en voit un « prennent semblablement leur départ dans des anecdotes liées à la vie des campus sur lesquels le théoricien a pu sévir.



« Is there a text in this class ? « est la question posée par une étudiante à l’un des collègues de Fish ; dans le contexte d’un début de semestre, et sans autre information sur les présupposés de la question, la réponse, de la part de ce même collègue, ne pouvait être que : « Oui, c’estThe Norton Anthology of Literature«, s’attirant alors cette répartie : « Non, non, je veux dire, dans ce cours, est-ce qu’on croit aux poèmes et à tout ça, ou est-ce qu’il n’y a que nous ? « Ce qu’illustre l’anecdote, c’est que le même énoncé peut recevoir deux significations également littérales : «à l’intérieur des circonstances présupposées par mon collègue (je ne dis pas qu’il s’est engagé à présupposer ces circonstances, mais qu’il était déjà engagé à l’intérieur de celles-ci), l’énoncé porte évidemment sur l’inscription d’un manuel spécifique au programme du cours en question ; mais à l’intérieur des circonstances auxquelles il fut rappelé par la rectification de son étudiante, l’énoncé porte tout aussi évidemment sur la position de l’enseignant (à l’intérieur de l’ensemble des positions possibles dans le champ de la théorie littéraire contemporaine) « (p. 30) – l’enseignant de ce cours est-il, ou non, de ceux qui, comme Fish, prêchent l’instabilité du texte et l’invalidité des significations déterminées ? Voilà ce que voulait dire l’étudiante. Le « malentendu « ne constitue pas seulement un « incident « de communication : il révèle l’existence d’une ligne de partage, sinon de fracture, entre deux « communautés interprétatives «. On « entend « toujours un énoncé à l’intérieur d’un système de déterminations, finalités et implications, dans une forme de « pré-compréhension « en dehors de laquelle l’énoncé n’a tout simplement pas d’existence. « La communication se produit à l’intérieur de situations, et être en situation, c’est déjà être en possession d’une (ou être possédé par une) structure de présupposés, de pratiques comprises comme pertinentes par rapport à des finalités et à des objectifs qui sont déjà en place ; et c’est à l’intérieur du présupposé de ses finalités et objectifs que tout énoncé estimmédiatemententendu« (p. 47). Aucune stratégie d’interprétation n’appartient en propre à l’interprète, et son geste herméneutique n’est pas davantage contraint par les propriétés de l’énoncé : il découle de sa précompréhension « d’intérêts et d’objectifs qui ne sont la propriété de personne, mais qui relient tous ceux pour qui leur présupposé est tellement habituel qu’il n’est pas réfléchi« (p. 51) ; soit, en extrapolant du simple énoncé à la question du sens des textes : « les significations ne sont la propriété ni de textes stables ni de lecteurs libres et indépendants, mais de communautés interprétatives qui sont responsables à la fois de la forme des activités d’un lecteur et des textes que cette activité produit« (p. 55).



La seconde fable théorique est plus pure encore ; lors d’une même matinée de l’été 1971, le professeur Fish, qui conjugue institutionnellement deux « spécialités « – théorie littéraire et littérature de l’âge classique –, se trouve devoir donner successivement deux cours dans la même salle à deux groupes d’étudiants distincts : le premier sur les rapports entre linguistique et critique littéraire, le second sur la poésie religieuse anglaise du XVIIe siècle. Or, il advint qu’il laissa au tableau une manière de « sujet de devoir «, une simple liste égrenant verticalement le nom de cinq linguistes, assorti de quelques signes diacritiques (un trait d’union pour un tandem, un point d’interrogation en aval d’un nom à l’orthographe approximative, un numéro de page, un encadré) : entrant dans la salle, la liste fut signalée aux étudiants du second cours comme un poème religieux qu’ils avaient à interpréter comme ils l’avaient déjà fait pour d’autres poèmes lors des sessions précédentes. « Immédiatement, ils s’exécutèrent «[they perform it]. Valeur de l’anecdote ? « Loin d’être provoquées par des caractéristiques formelles, les actes de reconnaissance(« ceci est un poème «) sont leur source. Ce n’est pas la présence de qualités poétiques qui impose un certain type d’attention, mais c’est le fait de prêter un certain type d’attention qui conduit à l’émergence de qualités poétiques «(p. 60). En d’autres termes : ce sont bien les lecteurs qui font les poèmes. La compétence de lecture ne se confond pas avec la capacité à discerner des propriétés textuelles, « c’est une capacité à savoir commentproduire ce dont on peut dire, après coup, qu’il est là« (p. 62). Les poèmes et les sujets de devoir sont certes des objets différents, mais «ces différences sont le résultat d’opérations interprétatives différentes, et non de quelque chose qui serait inhérent à un poème ou à un sujet de devoir« (p. 67), et les moyens par lesquels ces objets sont « faits «, sont sociaux et conventionnels. Ici encore, il n’y a pas de lecteur autonome en relation, adéquate ou inadéquate, avec un texte également autonome, mais seulement «des lecteurs dont les consciences sont constituées par un ensemble de notions conventionnelles qui, une fois mises en marche, constituent à leur tour un objet conventionnel, et vu conventionnellement «(p. 69).



Intitulé « Démonstration vs persuasion «, le troisième essai s’attache à distinguer le modèle d’activité critique qu’induisent les fables théoriques précédentes ; si l’on cesse de penser l’interprétation comme quelque chose d’extérieur à un centre qu’elle serait censée menacer pour la penser elle-même comme centre (« ce qui a valeur de fait, de texte, de preuve, d’argument raisonnable, et qui définit par conséquent ses propres limites et frontières«), si, loin de regarder l’interprétation comme une pratique qui a besoin de contraintes, on veut bien admettre qu’elle est elle-même une structure de contraintes, alors l’activité critique ne doit plus se mettre en quête de « preuves « susceptibles d’autoriser l’interprétation, mais poursuivre une finalité seulement persuasive. C’est pourquoi il ne saurait y avoir d’interprétation irresponsable ou excentrique : « l’excentricité n’est pas la propriété d’interprétations qui auraient été jugées inexactes à l’égard d’un texte autonome, mais la propriété d’un système interprétatif dans les limites duquel le texte est continuellement établi et rétabli«, définissant le comportement responsable autant que le comportement responsable le définit (p. 80). Le « système interprétatif « est précisément le «mécanisme de négociation infinie sur ce qui est autorisé et non autorisé«, et dans ce système, «tout mouvement d’écart par rapport à un texte est simultanément un mouvement vers lui, plus exactement vers sa réapparition en tant qu’extension d’une interprétation, quelle qu’elle soit, qui se fait jour « en reconfigurant un autre système (p. 82). Les études littéraires auraient tout intérêt à tourner le dos au modèle de la démonstration qui prévaut dans les procédures scientifiques et dans lequel les interprétations sont confirmées ou infirmées par des faits qui sont spécifiés de manière indépendante, pour adopter le modèle de la persuasion, dans lequel « les faits qu’on invoque ne sont disponibles que parce qu’une interprétation (au moins dans ses grandes lignes) a déjà été présupposée« (p. 93).



On laissera le lecteur découvrir, sous le titre « Folger Papers «, le plaisant « argumentaire contre le « professionnellement correct « dans l’enseignement littéraire « qui forme le quatrième essai de cette édition française, postérieur de quinze ans aux trois autres, comme on l’a dit, et où Stanley Fish plaide non sans paradoxe en faveur de l’intention de l’auteur (tant du moins qu’il s’agit d’interpréter, « mais on peut faire autre chose avec les textes que les interpréter«), contre l’historicisme («pas contre l’histoire, ça n’aurait aucun sens «), contre l’interdisciplinarité (« pas contre le travail interdisciplinaire, ça n’aurait aucun sens «), ou encore contre une critique qui se voudrait naïvement politique («pas contre la politique, ça n’aurait aucun sens «).



Et pourtant : en dépit du scepticisme affiché par Stanley Fish quant à la possibilité pour la théorie d’avoir des effets sur le monde « au-delà de l’Université «, la question de l’autorité, et des mécanismes par lesquels un discours s’attribue une autorité au moment même où il prétend délivrer le sens d’un texte (qu’est-ce au fond qu’un interprète autorisé ?), est bien une question politique. Yves Citton le rappelle au passage : « C’est une tâche politique immédiate de nous convaincre qu’aucuntexte «, fût-ce celui des statistiques (sincères ?) du chômage ou le libellé (exact ?) du déficit public, « ne prescrit quoi ce soitpar lui-même, mais que ce sont toujours des interprètes quifont direà ce texte quelque chose qu’il leur est utile « (p. 25). Il est sans doute plus difficile de dire quels seront les effets du décalage proprement historique avec lequel ce texte parvient au lecteur français : le point décisif est peut-être ici que le « travail politique « puisse nous être indiqué comme « l’autre « du travail interprétatif – « il y a une grande différence entre essayer de comprendre ce qu’un poème signifie et essayer de comprendre quelle interprétation de ce poème contribuera au renversement du patriarcat ou à la subversion du capitalisme […]. Vous pouvez choisir de faire un travail interprétatif, d’essayer d’atteindre la vérité à propos de textes ou d’événements ou de cultures (même si vous ne pouvez pas choisir vos interprétations), ou vous pouvez choisir de faire un travail politique ; mais vous ne pouvez pas faire un travail interprétatif (au moins pas dans le champ des lettres) avec l’intention de faire un travail politique, puisqu’une fois que vous aurez décidé de faire un travail politique […] les critères auxquels et desquels vous aurez à répondre ne respectent pas (et ne reconnaissent même pas) les critères de l’Université « (p. 110).



Il est bien possible que la question au bord de laquelle Stanley Fish s’était arrêtée à la fin des années 1970 – « on peut faire autre chose avec les textes que les interpréter « – prescrive une tâche pleinement actuelle : une fois admis que ce sont les lecteurs qui font les textes, et théorisé le cadre dans lequel s’exerce la pratique interprétative, que faire de ou avec ces mêmes textes si l’on choisit de ne pas les interpréter ?



Marc Escola
Marc Escola est professeur de littérature française (littérature de l'âge classique & théorie littéraire) à l'université Paris VIII Saint- Denis. Animateur du site Fabula et directeur de la collection GF-Corpus (Flammarion), il est notamment l'auteur de Lupus in fabula. Six façons d'affabuler La Fontaine (Presses Universitaires de Vincennes, 2003) et a supervisé les volumes collectifs Le Malentendu. Généalogies du geste herméneutique (Presses universitaires de Vincennes, 2003) et La Case blanche. Théorie littéraire et textes possibles (La Lecture littéraire, vol. 8, 2006).
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Stanley Fish, Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives
Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire
Pour citer cet article : Marc Escola, « Les fables théoriques de Stanley Fish », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 22/11/2007, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=72
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Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro