5 jours en août
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5 jours en août

par Philip Nash

à propos de

Michael D. Gordin

Five days in August

Michael Kort

The Columbia Guide to Hiroshima and the Bomb

Andrew J. Rotter

Hiroshima: The World's Bomb

A propos de Michael D. Gordin, Five Days in August: How World War II Became a Nuclear War, Princeton, Princeton University Press, 2007, 264 p., $24.95.

Michael Kort, The Columbia Guide to Hiroshima and the Bomb, Columbia Guides to American History and Cultures Series, New York, Columbia University Press, 2007, 464 p., $46.50.

Andrew J. Rotter, Hiroshima: The World’s Bomb, The Making of the Modern World Series, Oxford, Oxford University Press, 2008, 371 p., $29.95 (cloth).


Ces trois ouvrages sur les bombardements atomiques du Japon peuvent être comparés à une orange, une pomme et une banane. Le premier est un livre de référence contenant des sources de première main, le second une synthèse générale, et le troisième une monographie sur un aspect particulier de l’événement. À eux trois, ils reflètent la diversité et l’utilité des travaux encore publiés aujourd’hui, en dépit d’une littérature très abondante sur « la Bombe ».

Un livre de référence qui ne tient pas ses promesses

Le plus innovant des trois est sans aucun doute le livre de référence de Michael Kort, Columbia Guide to Hiroshima and the Bomb. Il se joint à au moins une demi-douzaine d’autres titres de la même collection, qui traite de divers sujets historiques. Il existe bien sûr bien d’autres ouvrages documentaires et de référence, mais aucun n’a les mêmes ambitions que le Columbia Guide . Il commence par un « récit historique » de soixante-quinze pages, accessible au profane, qui, de façon concise, décrit le débat sur Hiroshima puis retrace le cours des événements depuis le lancement du projet Manhattan jusqu’à la capitulation japonaise. La deuxième partie consacre trente-cinq pages à dix « questions et interprétations clefs », telles « la politique de capitulation sans condition était-elle justifiée ? » La troisième partie, « Ressources », fournit en une trentaine de pages une chronologie, des index des noms et des termes techniques, et une bibliographie des sources primaires et secondaires. La dernière partie présente, sur plus de deux cents pages, des documents primaires, disposés en sept rubriques : les documents civils états-uniens ; les documents militaires états-uniens ; les résumés du câble diplomatique japonais, obtenus grâce au système de cryptanalyse Magic ; les documents de l’armée et du gouvernement nippons, ainsi que des extraits de journaux de bord ; les documents de la capitulation japonaise ; les passages les plus importants de la U.S. Strategic Bombing Survey, dont des extraits d’interrogatoires de hauts responsables japonais ; et enfin les déclarations faites après la guerre par des dignitaires japonais, recueillis par la division historique de l’armée des États-Unis.

Le Columbia Guide atteint largement son objectif « de rendre accessible à un large public les principales sources et documents nécessaires pour se former un jugement raisonné sur la décision des États-Unis d’utiliser l’arme nucléaire contre le Japon durant la seconde guerre mondiale » (p. xiii). Le recueil de documents de la quatrième partie est très complet et extrêmement utile ; il comprend non seulement des documents officiels et des extraits de journaux de bord, mais aussi des articles de presse. L’expert aussi bien que le lecteur ignorant du sujet trouveront là un outil de référence commode.

En revanche, le livre ne remplit pas sa promesse de « rester entièrement impartial » et de permettre au « lecteur de se former un jugement informé et indépendant dans le débat en cours» (bandeau de couverture). Kort, au lieu de prendre une position à mi-chemin de l’« orthodoxie » – l’idée, en gros, que les bombardements étaient « militairement et moralement justifiés » – et du « révisionnisme » – l’idée, en gros, qu’ils ne l’étaient pas – défend sans équivoque la première et rejette catégoriquement la seconde (p. 8). Cela vient en partie d’une représentation biaisée. Kort en appelle plusieurs fois à l’autorité de certains auteurs et procède à des attaques ad hominem qui sont particulièrement problématiques à partir du moment où l’ouvrage s’adresse à un public de non-spécialistes. C’est ainsi que l’un des premiers révisionnistes, P. M. S. Blackett, est présenté comme « un marxiste favorable à l’Union soviétique » (p. 9), tandis que Herbert Feis, de l’école orthodoxe, n’est pas qualifié, lui, de « capitaliste favorable aux États-Unis ». Les auteurs dont Kort partage les vues sont tantôt « éminents » (Robert Ferrell, p. 98 et 116), tantôt des « experts » (Robert Newman, p. 102) ; parfois il mentionne leur prix Nobel (Feis et John Gaddis, p. 8 et 110), parfois non, comme pour Martin Sherwin. De même, Kort parle d’une « entreprise révisionniste », qu’il décrit en détail, et dans laquelle les historiens révisionnistes font figure d’idéologues en mission – au contraire des historiens orthodoxes.

Plus grave encore, la neutralité promise par Kort est totalement absente de sa présentation des dix « questions clefs et interprétations », qui constitue la partie la plus à même de permettre au lecteur de faire la transition entre le récit historique et les sources et les documents. S’il avait exposé les diverses positions des historiens et leurs lacunes respectives, et s’en était tenu là, ces questions auraient constitué un excellent guide pour s’orienter dans la section suivante. Au lieu de cela, Kort prend fait et cause pour la position orthodoxe et critique avec la même vigueur les révisionnistes.

Prenons la question numéro huit : « Les États-Unis ont-ils utilisé la bombe atomique contre le Japon afin de mettre en pratique une « diplomatie atomique » contre l’Union soviétique ? » Dès les premiers mots de sa réponse, Kort réfute presque entièrement la position révisionniste en se fondant sur une définition étroite de la « diplomatie atomique » : en utilisant la bombe, les États-Unis voulaient «intimider l’Union soviétique pour l’inciter à faire des concessions concernant les compromis de l’après-guerre» en Europe (p. 110). Kort n’évoque pas d’autres raisons politiques qui, sans se situer au même niveau, visaient également l’Union soviétique. Il est par exemple clair que Washington avait le désir de terminer rapidement la guerre afin d’empêcher Moscou de participer à l’occupation du Japon . Pourquoi cela ne fait-il pas partie de la rubrique « diplomatie atomique » ? Que dire du comportement du président Truman à la conférence de Potsdam (minimisée par Kort, voir p. 54), lequel, si l’on en croit les participants (voir l’ouvrage d’Andrew J. Rotter, p. 163), s’est montré beaucoup plus combatif une fois qu’il eut appris le succès de l’essai de la bombe au Nouveau-Mexique ? Et du journal de Henry Stimson, à la date du 15 mai 1945 – qui fait partie des documents primaires présentés dans la dernière section, mais pas de ceux analysés dans le texte de la « question clef numéro 8 » –, où le secrétaire à la Guerre écrit que la bombe devrait « jouer un rôle dominant » dans les problèmes diplomatiques des États-Unis en Asie et que ce serait « une chose terrible de jouer avec de si gros enjeux sans avoir la carte maîtresse en main » (document A12, p. 180) ? Ce sont là des éléments qui suggèrent que l’on ne peut écarter toutes les autres thèses sur la « diplomatie atomique » aussi facilement que le fait Kort.

Ce qui nous conduit tout droit à la question du « post-révisionnisme ». Kort fait tant d’efforts pour réfuter les révisionnistes les plus extrêmes, au premier rang desquels Gar Alperovitz, qu’il néglige presque totalement cette importante synthèse . Les post-révisionnistes tendent à penser que Truman a décidé de lancer la bombe atomique d’abord pour des raisons militaires, c’est-à-dire pour asséner un tel coup au Japon qu’il serait contraint de capituler, et pour mettre un terme à la guerre aussi rapidement que possible ; mais l’objectif politique visant à renforcer la diplomatie des États-Unis par rapport à l’Union soviétique a été une motivation, il est vrai seconde, mais très importante. Kort n’accorde aucune attention à cette voie médiane. Pour lui, soit Truman s’est lancé dans une diplomatie atomique, soit il n’en a rien fait. Or l’histoire et l’historiographie sont un peu plus complexes que cela, et un livre se voulant de référence sur Hiroshima aurait dû en rendre compte.

Ma critique ne porte pas, bien sûr, sur les mérites relatifs du révisionnisme et de l’orthodoxie. Le révisionnisme entourant Hiroshima est contestable sur bien des points. Kort le montre avec force – en particulier s’agissant des responsables japonais, à la fois aveugles et incompétents, qui n’ont pris en considération l’option de la capitulation, même dans des conditions réalistes, qu’après les bombardements et l’entrée de l’Union soviétique dans la guerre ; par ailleurs, les nombreuses estimations de pertes en cas d’invasion du Japon par les États-Unis – une question clef pour les historiens désireux de juger si les bombardements ont été justifiés –, notamment celles dont disposait Truman, étaient plutôt élevées . Ma critique porte sur le point de savoir si l’auteur donne réellement au lecteur le moyen de juger par lui-même de ces deux approches, comme il prétend le faire. Malheureusement, et malgré toute sa connaissance du sujet, Kort n’y parvient pas – ce qui est dommage, car un Guide to Hiroshima and the Bomb qui présenterait une relative neutralité rendrait un service encore plus grand que ne le fait ce livre déjà fort utile.

Une synthèse pédagogique

Hiroshima, de Rotter, est, dans sa catégorie, autrement réussi. L’ouvrage s’inscrit, comme le précédent, dans une collection : la « Fabrique du monde moderne », d’Oxford University Press. Dans un domaine où les synthèses générales fondées sur des sources secondaires abondent, celle de Rotter se distingue nettement . Elle répond d’abord à ce que l’on en attend : les origines de la bombe atomique, les programmes atomiques des principaux belligérants de la seconde guerre mondiale, les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, le début de la guerre froide et le développement de la bombe à hydrogène, et – dernier chapitre – de brefs exemples historiques de prolifération nucléaire.

En à peine plus de 300 pages, Rotter fait même encore plus. Contrairement à beaucoup de livres de ce type, il situe fort justement la bombe dans un grand nombre d’autres contextes : le développement des gaz toxiques durant la première guerre mondiale, qui ont préfiguré la bombe atomique en ce qui concerne la relation des scientifiques avec leur travail ; la question, liée à la première, des motivations des scientifiques travaillant sur la bombe ; le caractère incroyablement destructeur des bombardements « conventionnels » en 1939-1945 (contexte souvent négligé par ceux qui jugent moralement inacceptable le bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki) ; et, enfin, les massacres en masses de civils. Rotter réussit en outre à rendre accessible au profane la science atomique, et consacre une attention indispensable au problème des radiations et aux effets terribles et nouveaux de la bombe – en dehors de son pouvoir concentré de destruction. Rotter parvient avec brio à assembler tout cela, et sait rendre l’ouvrage humain et vivant en y incluant des récits personnels – dont les atroces témoignages des hibakusha (les survivants de la bombe) –, de la poésie, de la fiction et des haïkus.

La thèse de Rotter est succinctement résumée dans son titre : la bombe atomique, depuis les scientifiques qui l’ont conçue et fabriquée jusqu’à la conviction, d’un pays à l’autre, qu’il était indispensable d’en disposer, est et a été un phénomène véritablement mondial. L’auteur nous rappelle utilement que la bombe est née au sein d’une « république scientifique » internationale et internationaliste, qui, autant qu’elle le pouvait, dédaignait les frontières nationales (p. 11). C’est parce que les scientifiques polyglottes du projet Manhattan, malgré les besoins de sécurité en temps de guerre, ont su préserver des éléments de cette république qu’ils ont réussi ; en face, l’Allemagne nazie a échoué dans son projet atomique à cause d’une « physique allemande » isolée et nationaliste (p. 73). La thèse de Rotter met justement l’accent sur le fait que, nonobstant les illusions de Truman et d’autres, il n’y avait tout simplement pas de « secret atomique », et que l’Union soviétique, qui occupait une place importante dans cette république scientifique, n’a pas « volé » la bombe (p. 13).

Sur les raisons ayant motivé les bombardements, Rotter adopte le post-révisionnisme multi-causal : les raisons militaires ont primé, la diplomatie atomique a joué un rôle secondaire, et la « thèse de la supposition » – la plupart des responsables supposaient dès le départ que la nouvelle arme serait lancée une fois qu’elle serait prête, si bien qu’il n’a jamais été question de décider positivement de l’utiliser, mais plutôt de ne pas décider de ne pas l’utiliser – a joué un rôle fondamental. Dans ce contexte élargi, Rotter ajoute que les stratèges militaires de plusieurs pays, y compris les États-Unis – on est tenté de les qualifier de « république militaire » – se sont rejoints dans une même « érosion éthique » depuis longtemps à l’oeuvre, si bien que le véritable choc aurait été de les empêcher d’utiliser la bombe. « Fonctionnellement », écrit Rotter, Hiroshima « elle ne fut qu’une étape supplémentaire dans un continuum d’armes de plus en plus terribles lancées depuis des avions » (p. 170-171).

Hiroshima est un ouvrage concis, précis, inspiré, qui se réfère aux travaux les plus récents sur le sujet. On y trouve même un choix de très intéressantes photographies. Il est difficile d’y voir un défaut. Le critique en est réduit à pinailler sur quelques points secondaires, comme l’idée que « la guerre du Pacifique s’est faite avec une sauvagerie que n’ont pas connue ceux qui se sont battus en Europe » (p. 166 : cela n’est pas vrai des Allemands et des Soviétiques, qui, à bien des égards, se sont combattus avec une brutalité au moins aussi grande). En un mot, l’ouvrage de Rotter est une remarquable introduction au sujet, idéale pour être utilisée en classe.

Une arme « spéciale » ?

Five Days in August, de Michael D. Gordin, est, comme son titre le suggère, celui des trois livres qui se consacre au sujet le plus pointu. En éclairant la période allant du 9 au 14 août 1945 – de la destruction de Nagasaki à la capitulation japonaise –, Gordin restitue utilement une dimension de contingence à l’histoire de la bombe et raconte, selon ses propre mots, « comment fut conçue et traitée la bombe atomique avant même que l’on pût dire qu’elle avait mis fin à la guerre, parce que la guerre n’était, tout simplement, pas terminée » (p. 10).

Après une brève introduction, le chapitre II parle de la stratégie des États-Unis, qui consistait à asséner un tel choc au Japon qu’il fût acculé à la capitulation. Gordin estime que c’est parce que la bombe atomique occupe une place si importante dans notre compréhension de la capitulation japonaise que, sans tenir compte de l’histoire, nous lui accordons la prééminence dans la stratégie du choc. Or cette stratégie était un concept étendu, qui prévoyait le déploiement d’une force militaire massive : la terrible campagne de bombardements conventionnels des villes japonaises (qui s’est poursuivie après le 9 août 1945, voir p. 95-103) en faisait partie, tout comme l’entrée des Soviétiques dans la guerre, ainsi que « Fat Man » et « Little Boy ». Ce n’est qu’après la capitulation, qui suivit de près Nagasaki, et dont l’empereur Hirohito dira plus tard qu’elle avait été provoquée par cette arme « spéciale », que la bombe atomique a complètement éclipsé les autres éléments de cette stratégie du choc (p. 38).

Gordin dresse ensuite la chronique « des tensions entre […] deux façons de considérer la bombe atomique : un événement qui a ébranlé le monde ou une arme tactique » (p. 39-40). De nombreux responsables politiques, écrit-il, n’ont vu dans celle-ci qu’une arme ordinaire, ce qui va dans le sens de la thèse de la supposition. Dans la même veine, Gordin met à mal, de façon convaincante, « le mythe des « deux bombes » : les États-Unis savaient à l’avance que deux bombes suffiraient à provoquer la capitulation et ont donc décidé de n’en utiliser que deux». En réalité, les responsables états-uniens « prévoyaient de produire – et probablement d’utiliser – plus de deux bombes, beaucoup plus » (p. 47). Là encore, comme leur supposé effet de choc, le caractère « spécial » des bombes, considéré comme évident pour la plupart d’entre nous, était loin d’être clair avant que leur véritable impact ne fût connu.

L’auteur poursuit en racontant l’histoire très intéressante de la base de B-29 de l’île de Tinian, d’où ont décollé les deux bombardiers atomiques. On sait mal de quoi la guerre et la bombe avaient l’air depuis Tinian. Sur l’île, le seul endroit où du personnel états-unien a eu affaire « avec l’engin en pleine connaissance de ses caractéristiques non pas diplomatiques mais militaires », personne ne pensait qu’une ou deux bombes mettraient fin à la guerre (p. 59). La préparation et le largage des bombes atomiques sur le Japon a été un long processus, une campagne permanente, qu’est venue soudainement interrompre la capitulation.

Les deux derniers chapitres montrent comment, après la fin de la guerre, la bombe est devenue une arme « spéciale » aux yeux de la plupart des gens. Les traces du concept d’arme nucléaire en tant qu’arme « spéciale » sont à rechercher dans trois directions, écrit Gordin : « la création, sortie de nulle part, de la discipline de la stratégie nucléaire, l’essor des armes thermonucléaires et la course subséquente aux armements […] et l’échec accablant du régime politique japonais à admettre sa responsabilité dans les atrocités commises pendant la seconde guerre mondiale » (p. 124-125). Le lien que fait Gordin entre ces trois dimensions pour expliquer la consolidation du statut unique de la bombe est nouveau, provocateur et éclairant. Gordin termine avec un essai court mais excellent sur la littérature universitaire existant sur le sujet, qu’il qualifie d’« écrasante » (p. 189, note 1).

Cependant, les responsables états-uniens ne considéraient pas autant la bombe atomique comme une « arme ordinaire » que ne le suggère Gordin : il exagère ici quelque peu (p. 7, 14 et 108 ; voir aussi, toutefois, p. 56) . Il y a également des points où les preuves à l’appui de ses thèses sont faibles : ainsi, les éléments sur lesquels il se fonde pour affirmer qu’au lendemain d’Hiroshima et de Nagasaki, les responsables à Washington, comme les militaires à Tinian, ne pensaient pas que la bombe atomique mettrait fin à la guerre, sont assez maigres. Gordin n’en a pas moins signé un ouvrage concis, complet, savant et accessible, qui stimulera la réflexion même parmi les spécialistes du champ. Sa thèse, selon laquelle le chemin qui a mené à (et au-delà de) Hiroshima et Nagasaki était plus contingent et moins linéaire que beaucoup d’historiens ne le disent, est fondamentale, en particulier si l’on considère que l’essentiel du débat sur Hiroshima reste largement anhistorique .

Ces trois ouvrages très contrastés montrent que l’on peut encore utilement compléter la très vaste littérature existant sur la bombe atomique. Ils montrent aussi que plusieurs questions restent en suspens, auxquelles on ne pourra peut-être jamais répondre, sur les événements d’août 1945. À commencer par celle de savoir dans quelle mesure ce sont les bombes atomiques du 6 et du 9 août qui ont provoqué la capitulation japonaise – ou l’attaque soviétique sur l’archipel, lancée le 8. De même, Gordin souligne à raison que le récit bien connu que l’on fait de la capitulation – l’empereur serait personnellement intervenu pour sortir le pays de l’impasse où l’enfermait le gouvernement – se fonde presque exclusivement sur des témoignages d’officiels japonais faits après la guerre. Leurs déclarations à ce sujet doivent être interprétées avec prudence, en tenant compte de l’intérêt qu’ils ont pu avoir à atténuer les accusations de crime de guerre dont ils ont fait l’objet ou à sauvegarder l’image de l’empereur. Ces incertitudes doivent nous inciter à poursuivre l’étude des bombardements atomiques avec le scepticisme et l’humilité qui s’imposent.

Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet

Publié dans H-Diplo (décembre, 2009).



Philip Nash
Philip Nash enseigne l'histoire à la Pennsylvania State University.
Pour citer cet article : Philip Nash, « 5 jours en août », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 18/03/2010, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=515