Accueil | Qui sommes-nous? | Numéros parus | Se procurer la RiLi | S'abonner | Newsletter | Contacts | Liens | La toile de la RiLi

Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

à propos de Christian Prigent et Bénédicte Gorrillot, Christian Prigent, quatre temps

par Samuel Lequette

Assemblage de textes, de dessins et de photo-graphies, Christian Prigent, quatre temps constitue une forme d’autobiographie du poète et fondateur de la revue TXT. À l’occasion de cette parution, Samuel Lequette évoque sa méthode de travail, sa recherche intellect-uelle et ses engagements politiques et artistiques, s’attachant notamment aux liens profonds qui unissent son travail sur la « viande de la langue » au structuralisme et à la psychanalyse.

Neuvième volume de la collection « Les Singuliers1 » qui, avec chaque parution, gagne en consistance et réaffirme la valeur de son projet, Christian Prigent, quatre temps est un livre de dialogue entre l’auteur et l’écrivaine et universitaire Bénédicte Gorillot2. Quatre temps (D’où ça vient ; Comment c’est apparu ; Comment c’est fait ; De quoi ça parle) – ou quatre scansions interrogatives d’une histoire : celle de la formation d’un écrivain et d’une oeuvre qui compte parmi les plus importantes de notre époque.

Comme jadis les collections « découverte » de poésie chez Seghers (« Poètes d’aujourd’hui ») ou au Seuil (« Écrivains de toujours »), ce livre riche, rude sans être aride, peut être lu avec plaisir par un lecteur qui ne connaîtrait pas l’auteur et son oeuvre.

Côté textes : poèmes et proses courtes inédites, fragments d’essais, extraits de lettres et textes circonstanciels, reproductions de pages manuscrites.

Côté images : dessins et tableaux de Christian Prigent, photos de famille (le père, la mère, les grands-parents, les enfants) et d’amis (Valère Novarina, Pierre Le Pillouër, Alain Frontier, Jean-Luc Steinmetz…), photos d’enfance et de Vanda.

Christian Prigent, quatre temps joue du présent de tous les temps, des tremblés de la mémoire objectivée-fantasmée : anecdotiques bouts d’enfance, lieux qui sont des sites mentaux et affectifs, morceaux de mythes intérieurs.

Répondant aux questions de Bénédicte Gorillot, Christian Prigent ne perd pas sa langue ; l’oral-écrit, comme il l’écrit et comme il le parle, est tenu, dense et complexe – à la hauteur de l’oeuvre. Rien ici qui puisse sembler attifé ou bavard.

Ce livre ne veut pas faire de Christian Prigent un philosophe ou un psychanalyste, ni le dernier héraut vivant des avant-gardes disparues ressassant d’anciennes taxinomies ; il tente, dans l’échange de paroles et par le commentaire, de formuler des équivalences de pensée et de langue qui ne font pas dire à l’auteur ce qu’il n’écrit pas mais se tournent au contraire vers un « ordre intelligible » de l’oeuvre. Par son volume même, il rend compte de son é-normité.

En corps et en cours

En s’attachant à des écrivains accomplis mais dont l’oeuvre est toujours en travail, la collection « Les Singuliers » pose de fait des questions touchant à la reconnaissance sociale et littéraire. Sa forme dialoguée et documentée alterne avec sensualité prosopographie et socio-biographie.

Par son oeuvre poétique et critique, Christian Prigent est sans doute, avec Denis Roche et Pierre Guyotat, l’un des écrivains qui a le plus marqué les nouvelles générations d’écrivains, ne serait-ce que parce beaucoup se sont positionnés par rapport à lui ; ceux qui s’en réclament, et ceux qui voudraient bien liquider l’oeuvre d’un revers de formule, s’accordant malgré tout dans leur jugement sur la place indéniable que l’auteur occupe dans l’histoire récente de la littérature en France. En témoigne au plan symbolique la valorisation de son oeuvre par de nombreuses instances et institutions de légitimation, mais aussi le nombre croissant de commentateurs attitrés et de traductions.

Plusieurs éléments peuvent permettre de comprendre cette réception paradoxale. En particulier l’identification à une tendance qui a compté dans le champ de l’avant-garde est à la fois un facteur de distinction et un facteur d’exclusion qui tend à vouer l’oeuvre à n’avoir pas de position durable. Ce phénomène est généralement associé à un ensemble de motifs : démobilisation et désamorçage du militantisme ; institutionnalisation de l’oeuvre ; pantouflage dans des commissions « professionnelles » (les figures de l’éclaireur et du notable); péremption du statut de représentant des avant-gardes, etc.

Sans développer longuement ces questions qui le parcourent cependant, le livre de Christian Prigent et Bénédicte Gorillot a le mérite de proposer l’observation subjective et critique d’un itinéraire littéraire marqué par l’entrée et la fin d’une carrière d’avant-garde, dont les aspects directs ou périphériques les plus saillants sont :

– La construction d’attitudes politiques. Les années 1968 offrent aux artistes-écrivains l’occasion de participer aux grandes luttes sociales au côté d’autres catégories. Leurs modes d’expression veulent échapper à l’édition « traditionnelle » et au syndicalisme.

– L’intellectualisation du champ de production artistique. La défense des référents théoriques de l’art (principalement le marxisme-léninisme et le maoïsme) sans quoi toute pratique artistique est considérée comme « académisme déguisé ». La pratique artistique-littéraire est articulée à une théorie matérialiste et à une pratique sociale : la lutte des classes.

– Les luttes « provinciales » pour concurrencer Paris conduisent à un étoilement spatial des « écoles ». La situation géographique et les affinités sociales/amicales (les « provinciaux », les « hors-réseaux ») influencent par effet de « bande » des projets esthétiques et des positions théoriques et politiques « groupusculaires ».

– La « mise à nu de l’appareillage traditionnel » contre les fétichismes de la langue et la littérature « engagée ». L’intérêt pour le structuralisme, la psychanalyse, la linguistique, et la sémiotique.

– La remise en cause, mêlée d’iconoclasme et de désir, du statut d’« auteur ». L’auteur devient l’« ôteur », ponctuellement acteurdans le champ littéraire.

Sans nostalgie ni renoncement, Christian Prigent articule de manière vivante une lecture personnelle et collective de ces années 1970, pour tenter d’en penser les questionnements, les attendus et les évolutions.

Les vieux habits du style
(d’avant que je sois né)


Invité à parler de sa jeunesse poétique et politique, Christian Prigent opère des relations et des associations qui sont des opérations de mémoire, il relie des lectures et des moments d’écriture, saisit des bougés d’époque : l’entourage socio-familial communiste (et du marxisme dans les années 1950), le militantisme au PCF, le situationnisme, le maoïsme et la Révolution culturelle chinoise, la lecture de Maïakovski et des poètes « politiques » russes, l’anti-surréalisme, la création de TXT, etc. Lecture de soi, de l’histoire et de la littérature qui n’a rien du larmoyant désenchantement idéologique qu’entonnent encore parfois à la lune montante les vieux chantres du postmodernisme, mais qui construit avec distance et simplicité, vitalité et nuance, une vision du monde singulière et violente.

Christian Prigent rappelle qu’avant de devenir un écrivain, il a joué à en être un. Il caractérise et situe sans feindre la honte les enthousiasmes de ses premiers textes – les écrits «porno-poétiques » à quatorze-quinze ans, les poèmes ronéotypés donnés aux amis, ceux qui furent « influencés » par Guillevic et Frénaud, par la découverte des poètes publiés chez Seghers (Pierre Morhange par exemple) et dans la revue Action poétique – afin d’en re-saisir la traversée, le procès et les ratés, les hésitations et les poussées.

À propos de Power/Powder (paru en 1977 dans la collection « TXT » chez Christian Bourgois) : «C’est un livre très « années 1970 ». Je le trouve aujourd’hui assez kitsch : des contorsions formelles autour d’un matériau d’actualité politique (l’affaire Lip, en 1974) ; un peu d’Artaud, un peu de Mao ; des obscénités zutiques, du « carnavalesque » forcé… Ça voulait faire des étincelles. Rétrospectivement lu, ça fait surtout pétard mouillé.»

Là où d’autres créateurs sacralisant leur geste auctorial taisent la scolarité et l’évolution intime de l’oeuvre par une sorte de superstition narcissique, Christian Prigent sans posture d’humilité, et sans dénigrement affecté, tend à objectiver ses propres textes pour en faire apparaître la structure, les traits stylistiques et la facture – la manière. L’écriture est un « travail » – qui intégre « répétitions pasticheuses » et références – et l’oeuvre ne répugne pas à montrer sa structure.

Certains motifs récurrents ayant connu des dynamiques de promotions et des profilages divers (renforcement, disparition partielle, bifurcations, coalescence et condensation, mise en transaction) sont toujours actifs dans son oeuvre. Par exemple celui, politique, de la « Société considérée comme Texte » à travers la volonté stylistique de «desserrer le lien communautaire»pour«n’être pas corps et âme identifié et aliéné aux fictions que le lieu commun social cherche à nous faire prendre pour la réalité».

Le réalisme dans le corps de la langue

«Pour rien d’autre que… toucher à un peu plus deréel.»
«Je sais que cette affirmation peut paraître bizarre, mais je crois que mes livres ont un objectif « réaliste ».»

Frappe chez Christian Prigent, aussi bien dans ses textes poétiques que dans ses essais théoriques, un fort degré d’incarnation, une corporéité sensible à tous les plans de l’écriture. En témoignent, notamment dans les entretiens, un lexique et des locutions qui commentent et organisent son projet esthétique : « la vraie viande du réel» ; «déprédation de la langue» ; «cadavérisation du sens» ; «dictée corporelle», etc.

Une lecture de surface pourrait faire apparaître les tentations d’un expressionisme mêlé d’un certain textualisme, qui se concrétiserait dans une sorte d’immanence incarnée de la langue. Ce qui n’est ni tout à fait juste, ni tout à fait faux, mais rate néanmoins la portée « réaliste » de l’oeuvre.

Spéculative (avec ses apories sur l’expérience de l’écriture et les modes de connaissance de l’écrivain) et formaliste, l’écriture de Christian Prigent se caractérise également par un réalisme moderne – quoiqu’issu d’un débat antique à propos du statut des modèles artistiques – fondé sur une perception théorique fondamentale : toute expérience humaine et toute activité symbolique est socialement et historiquement médiatisée par des discours et des images qui « ne font pas le poids » avec l’expérience individuelle (non logique) du monde ; l’écriture poétique doit permettre, par une altération inouïe de la langue, sinon l’expression de ce vécu de conscience, tout au moins la création de formes sensorielles équivalentes (rythmiques, musicales, plastiques). Cette assertion pourrait être une définition générale de la poésie et n’être qu’un lieu commun, elle prend chez Christian Prigent des formes de style particulières dont la force d’invention dépasse amplement ce propos.

« Réaliste », dans l’acception qu’il peut en être donné ici, n’est pas copie ni envers du réel, mais provocation négative de sa possibilité : «Le tout est de se savoir posé, quand on écrit, non pas face à un réel conçu comme un plein stabilisé en deçà du langage mais face à laréalitéen tant que toujours déjà constituée de blocs signifiants (de langue).»Nulle expression immédiate de l’Être mais plutôt une perlaboration de matériaux accumulés, proche en certains points des Dépôts de savoir et de technique de Denis Roche.

Cette dimension de l’oeuvre et de la réalité «en tant que toujours déjà, et de part en part, symbolisée » s’instancie et se déploie de plusieurs façons :

La « bibliothèque » : elle matérialise dans toute sa complexité le parcours intellectuel du poète. Christian Prigent propose les linéaments d’une reconstitution chronologique de ses lectures depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Cette reconstitution sensible des lectures de l’auteur n’intéresse pas seulement la critique génétique, elle permet un accès à l’univers intellectuel du poète et esquisse un portrait de sa famille mentale – elle trace le portrait du poète en lecteur : «la volonté d’écrire ne vient pas de l’expérience de la vie elle-même mais deslecturesqui vous ont bouleversé.»

La bibliothèque de Christian Prigent traverse toutes les époques, de l’antiquité à aujourd’hui, elle couvre la poésie française, russe et américaine, et manifeste un grand intérêt pour les sciences humaines (la linguistique, la philosophie, la psychanalyse et la sociologie). Christian Prigent a lu assidûment Sade, Baudelaire, Hölderlin, Rimbaud, Jarry, Lautréamont, Mallarmé, Breton, Proust, Joyce, Artaud, Bataille, Céline, Ponge, Guyotat, Roche, Novarina, mais aussi Pound, Cummings, Maïakovski, Khlebnikov, Burroughs, Ginsberg, mais aussi Rabelais, Marot, Racan, Racine, Ronsard, Malherbe, Scarron, Scève, mais aussi Aristophane, Homère, Lucrèce, Tacite, Chrestien de Troyes, mais aussi Cadiot, Tarkos, Pennequin, mais encore Freud, Bakhtine, Marx, Bourdieu, Derrida, Kristeva et Fonagy. On relève l’absence (exprimée) de Char, Du Bouchet, Bonnefoy et Guillevic.

Chez Christian Prigent, lecture et écriture participent de la même activité. La lecture unit et coagule, elle croise dans le toujours-actuel, dans le présent du sens, des oeuvres contemporaines et de la modernité avec des oeuvres médiévales ou de la grande culture antique.

Dans cet art de lire apparaît à plusieurs reprises la dimension biographique (à travers la bibliothèque du père), les « marottes secrètes » (Maurice Fourré), mais aussi la bibliothèque documentaire servant de matière à l’écriture des livres en cours.

– La peinture : parmi ses maîtres, Christian Prigent compte Giorgione, Monet, Gauguin, Cézanne, Dufy, Picasso, Modigliani. Il a écrit plusieurs essais sur la peinture (un livre sur Daniel Dezeuze) et composé des livres avec Pierre Buraglio, Claude Viallat, Mathias Pérez ou Serge Lunal. La peinture est aussi présente dans Grand-Mère Quéquette et Commencement comme opérateur fictionnel et énonciatif.

De la peinture, Christian Prigent dit qu’«elle excite […] le désir de fiction : elle faitécrire. C’est comme si certains tableaux exigeaient un rôle dans le développement de la fiction et demandaient qu’on déplie dans le temps de la ligne narrative les images coagulées sur leur surface.» La peinture est pour lui un ouvroir à motifs. Motif au sens de motivation ; motif au sens d’unité plastique récurrente dans une oeuvre picturale ou littéraire ; enfin, motif au sens de relation directe au thème déployé face à l’écrivain ou au peintre. Christian Prigent écrit sur le motif – devant le tableau comme devant le monde réel. Et le trou de la réalité est un plat.

– Le recyclage : il est lié à sa pratique de la lecture. De nombreux passages des livres de l’auteur sont des «ponctions», des prélèvements non escortés de guillemets comme des voix. Le travail poétique élabore une polyphonie en se nourrissant de reprises et de fusions qui relèvent de différents degrés de l’appropriation, de la rivalité et de l’imitation : «Je crois que toute écritureréécrit et que l’invention ne tombe ni d’un ciel inspirateur ni d’un vouloir dire souverain, mais réside dans sa puissance de réinvestissement d’un matériau recyclé. Ce que les Anciens appelaientimitation, en somme. Ce que de plus modernes ont repéré sous le terme d’intertextualité. Tous mes livres recyclent des matériaux déjà écrits, des blocs de significations formés.»

Au chercheur d’identifier et de reconnaître pour les interpréter les interférences poétiques entre toutes ces voix !

– Manipulations et défigurations : démultiplication des voix inassignables à aucun foyer d’énonciation stable, invention ou mime de formes dialectales, médiévales, latines faussement vraies, transpositions parodiques jouant du cliché, de la niaiserie et du pathos, parasitages, déformations et manipulations diverses (phonétiques, métriques, anagrammatiques, homophoniques, paronomastiques, pastiche), sont autant d’opérations formelles et stylistiques de transcréaction visant déstabiliser la langue, à « montrer l’autre langue dans la langue, la langue monstre qui nous habite et qui à chaque fois, frappe de stupeur (fait jouer, déjoue et refait – comme on dit en argot) la langue dans laquelle tant bien que mal nous communiquons et où le réel s’évanouit parce qu’elle fixe en formes stabilisées et anonymes le chaos de l’expérience que nous faisons du monde». Cet « objectif » (qui partage certaines affinités avec le « carnavalesque » dont a pu se réclamer une partie des productions « TXT ») se fait méthode avec humour dans Comment j’ai écrit certains de mes textes (texte « partition » paru dans Voilà les sexes et reproduit à l’intérieur du livre).

Cette défiguration – sémantique, plastique, énonciative – posséde une fonction morale, il s’agit de«dé-familiariser et dés-idéologiser des énoncés politiques, éthiques, pornographiques, publicitaires». Elle entre pleinement dans le processus de composition :« La manipulation fait monter de chaque segment calibré en unité métrique un nuage de sons et de lettres. J’attends ce qui, dans ce nuage, va former le visage d’autres mots et, formant ce visage, appeler ce que ces mots dévisagés suscitent : autres images, nouvelles visions, scènes inédites. Et j’essaie de sortir de cette opération un rythme, c’est-à-dire une onde glissée, un dérapage de la langue sur elle-même – qui tente de ranimer son corps cadavéreux. »

– Eros : il est au principe du désir réaliste de l’oeuvre. L’écriture se joue dans la séparation et la déliaison, dans la déconstruction du narcissisme, elle est le rêve d’une coïncidence entre le jeu et le monde :« le rêve du recollé»ou « le rêve amoureux». Le travail poétique est «l’opération de défection de la fiction du lien», il consiste dans la conversion « a-pathique» de l’énergie sexuelle d’Eros en énergie d’écriture. Cette conversion s’effectue selon plusieurs modalités qui ne sont pas des techniques d’écriture ou des procédés, mais des phases de mise à distance (perçues dans une perspective non étapiste) concrétisant dynamiquement des volontés de forme. Ainsi, cette boucle tentant d’analyser le travail d’«usinage stylistique» dans son rapport au sexe : atterrer l’exaltation érotique ; la formaliser (abstraitement) ; l’artificialiser (la mettre en forme a-pathique) ; la styliser.

Herméneutique avant-gardiste
et théorie vécue


Pour Christian Prigent, le travail théorique est consubstantiel à l’élaboration de sa poésie, il participe d’un même cycle de constitution.

Outre sa proximité intellectuelle avec le structuralisme et la linguistique « avant-gardiste » (Ivan Fonagy, Julia Kristeva, Roland Barthes), on reproche parfois à Christian Prigent ses interprétations désirantes selon lesquelles le contenu textuel ne pourrait qu’être « libidinal ». Il faut cependant pour rendre justice aux essais critiques et théoriques de l’auteur et les resituer par rapport au « magistère dogmatique de l’école freudienne» qui s’est développé notamment dans les parages de Tel Quel. Cette tendance herméneutique, très prégnante dans les années 19703, s’applique essentiellement à des textes dits « de rupture » ou « révolutionnaires » – Artaud, Joyce, Bataille, Sade – et pose comme préconçu un devoir diredu texte,quidoit pouvoirse traduire par une signification sexuelle, scatologique, ou charnelle,quitte à annexer toute méthode. L’interprète-analyste se donne alors pour tâche de retrouver un sens caché ou latent selon des procédures de déplacement ou de substitution alphabétiques et phonétiques en fonction de postulats qui le guident.

Chez Christian Prigent, la volonté de transformer les modes de représentation des formes d’expression dominantes a ainsi pu passer par une modification subjective de l’acte herméneutique qui ne coïncidait pas toujours avec le principe de réalité propre à la philologie. L’interprétation lacanienne portant sur l’analité dans Le Soleil placé en abyme de Francis Ponge (voir le colloque de Cerisy, 1975) est marquée par la recherche d’un symbolisme pulsionnel à l’oeuvre qui ouvre cependant des perspectives intéressantes. On pourrait mettre ces options théoriques sur le compte d’une culture universitaire achevée à la fin des années 1970, et ne pas percevoir la profondeur vécue de ces références, comme l’ambivalence des essais sur des auteurs considérés comme des maîtres – soumission, lien, haine : « Il faut […] stricto sensu lesanalyser: en dissoudre l’opacité (par exemple en affectant de les réduire à l’explicite de leur programme) et mettre par ce vecteur leur emprise à distance. Alors le commentaire n’est plus louange. Il n’est même pas seulement travail d’élucidation. Il cherche à traverser l’oeuvre pour pouvoir l’abandonner, voire la renier. Pour que celui qui le mène et le manie comme une arme puisse ouvrir son propre espace.»

Au-delà du ressort subversif freudien faisant du « caca » le symbole négatif et scandaleux de «tout ce qui est interdit», et de la langue le reflet fascisant d’une doxa unique, il y a l’indissociable invention verbale et thématique d’une oeuvre qui, jouant rythmiquement de l’incongruité et des imperfections du langage, témoigne de cet effort « sempiternel » pour se dégager des formes symboliques «habituées et fixées» et rendre celui-ci iconique, passionné et inouï.

Une phrase pour (ne pas) finir

«Il n’y a pas d’écriture digne de ce nom sans la double détente d’un effort derendude la vie et d’une prouesse d’excès à ce rendu. Donc pas d’écriture qui ne comprenne un coefficient de densité opaque et de chaos in-signifiant équivalents à ce que nous propose la vie. Mais pas d’écriture non plus sans la proposition d’un artifice phrasé, dont la rude élégance allège la pesée de la vie et emporte l’énergie ailleurs. Rationnellement, je ne sais rien de cetailleurs. Mais je sais très bien l’effet qu’il me fait. Je sais qu’il s’ouvre dans la suspension des significations et la faille des figures habituées. Je sais comment il naît, dans une vacuité intuitive et sensuelle, de la puissance dedistinctiondu style et s’épanouit dans cette sorte de joie victorieusement détachée qui nous vient à la lecture des grands textes. Je n’aurai jamais rien écrit si écrire ne m’avait pas, parfois, donné la sensation d’effectuer ce geste d’arrachement heureux.» 






Samuel Lequette
Samuel Lequette dirige avec Delphine Le Vergos les éditions et la revue d’écritures contemporaines /Hapax. Il collabore à de nombreuses revues imprimées ou sur le web, et participe régulièrement à la revue CCP, la revue critique du cipM.






Pour citer cet article : Samuel Lequette, « Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 11/09/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=411
Rechercher :
Espace abonnés
Mot de passe oublié ?


Articles en accès libre

Yves Citton - Foules, nombres, multitudes : qu'est-ce qu'agir ensemble ?

à propos de
Collectif, Local Contemporain n°5
Thomas Berns, Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique
Pascal Nicolas-Le Strat, Expérimentations politiques
Pascal Nicolas-Le Strat, Moments de l'expérimentation


Philippe Minard - « À bas les mécaniques ! »: du luddisme et de ses interprétations

à propos de
François Jarrige, Au temps des "tueuses à bras". Les bris de machines à l'aube de l'ère industrielle (1780-1860)


Jérôme Vidal - La dernière « intox »
de l’industrie atomique :
le nucléaire, une énergie propre et sûre

à propos de
À propos de Frédéric Marillier, EPR. L’impasse nucléaire,


Charlotte Nordmann - Insoutenable nucléaire

à propos de
À propos de Laure Noualhat, Déchets, le cauchemar du nucléaire,


A l'attention de nos lecteurs et abonnés

La Revue internationale des Livres et des Idées reparaît en septembre !

"Penser à gauche. Figures de la pensée critique" en librairie

Jean-Numa Ducange - Editer Marx et Engels en France : mission impossible ?

à propos de
Miguel Abensour et Louis Janover, Maximilien Rubel, pour redécouvrir Marx
Karl Marx, Le Capital


J. R. McNeill - La fin du monde est-elle vraiment pour demain ?

à propos de
Jared Diamon, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie


Antonio Negri - Produire le commun. Entretien avec Filippo Del Lucchese et Jason E. Smith

Alfredo Gomez-Muller - Les luttes des "indigènes en Bolivie : un renouveau du socialisme ?

Arne Næss et la deep ecology: aux sources de l'inquiétude écologiste

Comment vivons-nous ? Décroissance, "allures de vie" et expérimentation politique. Entretien avec Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

Giovanna Zapperi - Neutraliser le genre ?

à propos de
Camille Morineau, L'adresse du politique


Politiques du spectateur

Partha Chatterjee - L’Inde postcoloniale ou la difficile invention d’une autre modernité

Le climat de l’histoire: quatre thèses

Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro