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Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos d’Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique

par Harry Harootunian

à propos de

Enzo Traverso

Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique

À la mi-octobre 2007, le Comité des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis adoptait une résolution non contraignante reconnaissant le génocide arménien de 1915. Presque immédiatement, le gouvernement turc protestait et menaçait le pays de représailles si la mesure devait être adoptée par l’ensemble de la Chambre. Le président George W. Bush et son ministre des Affaires étrangères affirmèrent en termes choisis leur opposition à la résolution, confortés par les ténors du Parti démocrate, ce qui n’était pas sans rappeler les positions de Bill Clinton lorsqu’il occupait le fauteuil de la Maison-Blanche. L’enjeu était de voir les États-Unis reconnaître officiellement l’assassinat d’un million et demi d’Arméniens pendant la première guerre mondiale, requalifiant ainsi de génocide un épisode qui viendrait prendre sa place dans le panthéon des grands massacres de l’histoire. La réaction de Bush, reprise par les Démocrates, faisait écho aux réserves toujours audibles de l’ancien président Clinton, qui s’était opposé à un tel geste symbolique, jugé contraire aux intérêts des États-Unis au Moyen-Orient et à leur relation étroite (économique et militaire) avec Israël et avec la Turquie, unique allié de l’État hébreu dans la région. La mesure fut temporairement mise de côté après que l’hystérie turque, dûment orchestrée, eut semblé devoir déboucher sur des actes inamicaux vis-à-vis des États-Unis. Sans doute une initiative législative visant à contraindre le présent à répondre du passé d’autrui n’a-t-elle guère de sens, que ce soit aux États-Unis ou en France (pays qui servit ici, apparemment, de précédent). Mais l’on peut aisément comprendre que sa promotion trouve sa source dans une nécessité émotionnelle ressentie par une population diasporique qui cherche à conserver son identité culturelle et ethnique dans ses différents pays d’accueil, et que cette population fonde cette identité sur sa vocation à garder vivante la mémoire tragique de son expulsion et de sa quasi-extinction, tout comme on peut comprendre que le déni de celles-ci soit issu de la volonté de la Turquie de laisser dans l’ombre les origines son État moderne. Ce que montre cet épisode, tout comme un très grand nombre d’autres, c’est la manière dont le présent ne cesse de fournir un terrain d’élection aux explosions imprévues de la mémoire et de la contre-mémoire. Cette surdétermination de la mémoire, animée par des revendications appelant à l’identité de groupe et par des demandes politiques de reconnaissance et de compensation, remet sans cesse en cause nos récits historiques et alimente la nécessité de les corriger.



Histoire et mémoire



Dans l’esprit de l’historien Enzo Traverso, l’inventaire inépuisable des crimes du passé excède les « frontières de la recherche historique » et « envahit la sphère publique » pour « interpeller notre présent » (p. 40). Les débats et querelles universitaires, et leurs retombées dans le quotidien, doivent être compris comme des exemples de collusion permanente d’un « passé qui ne veut pas passer » et de la « formation d’une nouvelle conscience historique », dans laquelle la mémoire collective des crimes occupe une place centrale (p. 87). Ces passés persistants ont engendré une foule de mémoires appartenant aux divers groupes qui ont survécu aux guerres et dislocations de masse de la décolonisation, ainsi qu’à l’établissement de nouvelles nations, pour produire un surplus de nouvelles revendications historiques – surplus qui exerce une pression considérable sur la capacité de la conscience historique existante à continuer de raconter un certain type d’histoire. Le propos de Traverso est de combler cette dichotomie entre l’histoire et la mémoire, et de surmonter la binarité qui entoure les couples subjectif/objectif ou individu/groupe, afin d’éviter de tomber dans une opposition irréconciliable ou d’échouer dans la contradiction. Aussi, s’efforce-t-il de trouver un moyen de lier la mémoire collective à « l’histoire publique », non pas comme si l’opération était un simple choix éthique se conformant à quelque exigence identitaire, mais plutôt en posant un problème politique et épistémologique complexe dont la solution ne peut avoir que d’immenses conséquences sur la manière dont nous regardons le passé. Même si l’histoire et la mémoire sont animées d’un désir commun, elles sont destinées à atteindre des objectifs différents ; la première (selon Paul Ricoeur) se voue à la recherche de la vérité, tandis que la seconde s’intéresse avant tout à la fidélité. Cette différence nous force à reconnaître deux régimes distincts de temporalité : il y a, d’un côté, l’histoire, qui a pour mission de retrouver, de récupérer, et ses découvertes, rangées dans un ordre linéaire ; et il y a, de l’autre, la réversibilité de la mémoire. Encore ne faut-il pas oublier qu’elles occupent des espaces dissemblables qui nécessitent l’emploi de logiques interprétatives différentes.



Avant la seconde guerre mondiale, le face à face de l’histoire et de la mémoire s’inscrivait dans une configuration inédite, comprise dans un espace social nouveau qui était celui du quotidien (et non de la nation) vécu dans les lieux industriels en expansion du centre (Euro-Amérique) et de la périphérie coloniale. L’espace social se distinguait par l’apparition de formes nouvelles de marquage du temps exigées par l’accumulation du capital et l’institution de la journée de travail ; elles se manifestaient d’abord dans la coexistence d’un temps standard mondial et d’innombrables temps particuliers représentant diverses formes d’existence sociale, et leur passé, même si les gens vivaient et travaillaient dans un présent mondial. Pour Traverso, les catégories de l’histoire et de la mémoire constituaient déjà, au début du XXe siècle, un couple antinomique, au moment où le « paradigme de l’historicisme classique » fut emporté dans une crise permanente par la psychanalyse (Freud), la philosophie (Bergson) et la sociologie (Halbwachs). Jusqu’à ce moment, suggère-t-il, « la mémoire était considérée comme un substrat subjectif de l’histoire » (p. 22). Cette confrontation s’avéra toutefois plus complexe qu’on avait pu le penser, dans la mesure où ces penseurs, et beaucoup d’autres, répondaient aux conséquences résultant de la combinaison du pouvoir économique et politique (modernisation et urbanisation capitaliste) et des découvertes scientifiques (Einstein), combinaison qui mettait en avant l’objectification et la quantification de la vie. Si ces forces sont souvent restées à l’arrière-plan de ces nouvelles interventions intellectuelles, leur silhouette ne s’en est pas moins imprimée dans la manière nouvelle d’appréhender la réalité. La confrontation s’est souvent déplacée vers des débats plus généraux et plus formels sur le rapport entre les exigences de l’expérience et de la mémoire, d’une part, et la connaissance historique du passé, de l’autre ; celle-ci, conformément à l’ordre temporel façonné par la science et utilisé quotidiennement par le capitalisme, conduisait à l’établissement de disciplines basées sur un examen objectif et un nouvel impératif : vérifier la véracité d’un fait par rapport à la perception subjective résultant d’impressions sensorielles. Si, dans cette circonstance, l’expérience s’avérait immédiate, transitoire, et la mémoire totalement imprécise, alors la connaissance historique, en vertu de sa correspondance à un temps mesurable (l’empire de la chronologie), qui était l’une de ses principales affirmations d’autorité empirique, pouvait revendiquer un statut supérieur. La concurrence entre ces temporalités conflictuelles trouva un vecteur dans les catégories de l’État-nation (l’histoire) et du nouveau quotidien (mémoire/expérience), celui-ci apparaissant à la fois comme le lieu d’une expérience encore inachevée (et peut-être arrivée à sa dernière phase), comme le reconnaissait Benjamin, et d’une mémoire collective pas encore assimilée par la nation, comme l’observait Halbwachs. Ainsi, nous rappelle Traverso, ce qui semblait être en jeu, c’était la conception hégélienne de l’histoire, allégorisée par l’opposition mythique de Zeus et de Chronos, le premier triomphant du second en créant l’État, qui suspend les ravages du temps. Dans cette allégorie, l’État préserve le travail de mémoire en transformant en histoire ce que la déesse Mnémosyne a pu sauver du naufrage du temps. Hegel a plus tard affiné cette relation : la mémoire définissait désormais «l’historicité de l’esprit», qui se révélait comme « souvenir » et « intériorisation du mouvement », venant achever la représentation que se faisait l’État du domaine public extérieur. Il faudrait souligner cependant que cet effacement momentané de l’antinomie n’était possible que dans le registre de l’allégorie, non dans celui du réel. En dehors de cet arrangement allégorique, la mémoire restait intériorisée et séparée de l’histoire (l’État) et, plus important encore, lui demeurait soumise. Ce qu’espère et souhaite Traverso, c’est accomplir cette réconciliation mythique en joignant la mémoire collective et l’histoire publique, en dépit de la mauvaise habitude de celle-ci de dériver en commémoration. Même ainsi, il sait que la résolution du conflit ne fut possible qu’à un prix exorbitant : celui de n’inclure que les peuples dotés d’une histoire et possédant une mémoire qui ont su former une nation, tandis que le reste du monde, en dehors de l’Euro-Amérique – le monde sans histoire – se voyait privé d’un passé qui ne racontait plus que l’histoire du déploiement de l’État. Ces sociétés, à jamais isolées, accaparées par la fabrication d’«images», mais incapables de les condenser en «conscience historique», n’ont pas pu se développer au-delà du stade de la mémoire primitive (p. 24). C’est dans cette « double vision historique » que se trouve l’origine du privilège de l’Occident, de son droit à la domination – et de l’empathie historiciste avec les vainqueurs que dénonçait Benjamin.



Je devrais ajouter qu’Hegel, à l’origine, envisageait une séparation entre le passé achevé, représenté par la nation, et le présent inachevé. Dans L’Esthétique, il qualifie le quotidien de « prose du monde », laquelle se matérialise partout – et non pas seulement au sein de l’État – dans les activités diverses et jamais achevées de la vie quotidienne. Nous nous trouvons ici dans un « monde de finitude et de mutabilité, d’emmêlement dans le relatif, de pression de la nécessité, d’où aucun individu n’est en mesure de se retirer ». De surcroît, le présent est le cadre temporel où les relations intersubjectives ne cessent de se dérouler, désignant un futur pour lequel le passé, l’histoire de chaque individu basée sur des expériences a priori, sert pour toujours de guide. Dans ce vaste tableau de l’histoire, dans cet inventaire inépuisable d’événements et d’actions, aucune culture, aucune classe ni aucun groupe n’est exclu de la condition humaine. Mais c’est précisément cette tâche extraordinairement héroïque de compréhension et de représentation de la totalité de l’expérience humaine (que Balzac fut peut-être le seul à tenter) qui s’est vue réduite à se conformer à l’aune de l’État-nation, produisant toutes les exclusions que nous connaissons. En choisissant de réduire la « prose du monde», par l’association de l’histoire et de la mémoire, aux étroites dimensions de l’État, Hegel risquait d’effacer leurs localisations temporelles et spatiales respectives ; ce faisant, la forme-nation devenait, au passé, linéaire et s’absentait, au présent, du temps ; et la mémoire, cet ordre d’un temps réversible, prenait une trajectoire à jamais irréversible et causale.
Quand l’antinomie refit surface dans le monde de l’après-guerre, ce partenariat fragile s’effondra sous la force des événements ; et des fissures apparurent dans les fluctuations du souvenir et la «construction géométrique» de l’histoire, avant de former un véritable fossé spatial et temporel. La mémoire fut réaffectée à la tâche de «perpétuer le passé dans le présent», agissant moins comme un témoin que comme un transmetteur, pour le futur, de souvenirs collectifs. L’histoire continua de rester attachée à un passé fixé dans un ordre temporel et spatial clos, achevé, organisé par des protocoles rationnels contre la sensibilité subjective de l’expérience vécue. Avant la guerre, Maurice Halbwachs (qui fut assassiné à Auschwitz) observait déjà que l’histoire n’était qu’une histoire nationale qui séparait les époques que traversait la mémoire (p. 26). Traverso a pour ambition d’expliquer ce monde, secoué par de massives explosions de mémoire et par la production de témoignages personnels, qui, en plus de s’attaquer aux prétentions de l’histoire, révèlent partout l’étroitesse d’une conscience historique qui a cessé d’être compétente à la fois pour réduire l’expérience à la sphère de la nation et pour réduire l’essor de la mémoire – dans la figure de la Shoah – au statut de « religion civile ». Au coeur de cette transformation conjoncturelle de l’après-guerre se trouvent à la fois la révision de la carte de l’Europe (et de l’Afrique, et de l’Asie, même si Traverso n’en dit mot), la vaste reterritorialisation qui fit suite à la défaite du fascisme, l’émergence de nouveaux citoyens – tels les survivants de la folie génocidaire allemande – qui fournissent désormais des témoins et un témoignage sans fin sur l’horreur des camps, et la procession des peuples déplacés de toutes nationalités errant à travers un paysage politique totalement bouleversé. Vinrent s’ajouter à cela les soulèvements en Asie et en Afrique, la décolonisation des anciennes possessions impériales et la formation de nouvelles identités ethniques demandant une reconnaissance corps et âme des deux principaux opposants de la guerre froide – les États-Unis et l’Union soviétique. Ce que voit Traverso dans ce spectacle d’aspirations concurrentes à l’expérience subjective et à l’autorité assignée aux souvenirs, c’est la nécessité de concevoir et d’écrire un nouveau type d’histoire qui puisse enfin en rendre compte. Les survivants du judéocide allemand, baptisé Holocauste dans les années 1960, quand, selon Peter Novick, il fut arraché aux horreurs normalisées de la seconde guerre mondiale pour devenir un événement unique et un élément politico-culturel dominant de la vie euro-américaine, furent la pierre de touche d’une immense transformation de la topographie historique, ouvrant la voie à l’expression de multiples et diverses voix et aux processus par lesquels l’expérience se traduisit ensuite en mémoires collectives.



Ici, le monde de l’après-guerre de Traverso ressemble assez ironiquement à celui qu’Hegel définissait pour l’histoire avant de changer d’opinion. Observant le fossé séparant l’histoire et la mémoire, déjà préfiguré par une modernité qui sapait rapidement la « mémoire transmise », symbolisée par la culture du traumatisme inaugurée avec la première guerre mondiale, il voit là les commencements de la césure fatale entre deux époques, l’une forgée par une tradition héritée, l’autre soumise aux chocs incessants infligés aux « mécanismes nationaux de transmission de la mémoire ». Mais cette explication benjaminienne nous semble aujourd’hui trop simple pour éclairer les transformations de la vie sociale inscrites sous le nom de modernité. Loin d’être réductible à la binarité de l’opposition tradition/modernité (un thème favori de la théorie de la modernisation des années 1960 et 1970), la modernité fut l’autre nom du capitalisme (et son déplacement) et de son implacable logique de création et de destruction. Cette logique temporelle de la nouveauté – et cette nouvelle logique temporelle – ont fait naître l’expérience de la modernité elle-même, un présent permanent ou, pour citer Simmel, éternel, qui a les traits de la transition permanente imaginée par Marx, qu’Etienne Balibar a qualifiée de « figure politique représentant la « non-contemporéanité du temps historique’ » à lui-même». C’est cette force restante de la mémoire, pas encore dominée par la forme valeur (toujours défiée par le poids de la subsumption formelle), qui réussit à éluder momentanément la logique temporelle négative du nouveau et son penchant irrépressible pour la destruction. En réalité, la ramification inégale des différents temps au sein d’une formation sociale permet de comprendre les relations et le développement inégaux dans le cadre synchronique du présent. Le présent historique, si on peut l’appeler ainsi, est proche de la perspective de Traverso lorsque celui-ci dévoile un présent en prise aux collisions de l’histoire et de la mémoire, et qui apparaît comme « dans une sorte de « non-contemporanéité’ »» (ainsi que l’a théorisé Ernst Bloch) ou une « discordance des temps ». Celle-ci est évidemment manifeste lorsque l’on décrit les conflits entre l’ancien et le nouveau dans les grandes villes, ou les conflits de génération entre les pères immigrés et leurs enfants (un thème alimenté par la littérature et le cinéma), ou encore certaines situations plus connotées politiquement comme celle des Zapatistes du Chiapas, qui, tout en plongeant dans les rythmes du temps cyclique des communautés indigènes, défendent un projet politique de libération qui « s‘inscrit dans un récit marxiste de la modernité » et dans le « présent perpétuel du monde contemporain, celui de la domination mondiale contre laquelle ils luttent » (p. 45-46).



La réponse de Traverso au fossé séparant l’histoire et la mémoire (le «chiasme dangereux du présent» de Lukacs) est de proposer les termes d’un nouveau partenariat : la mémoire, sous la forme «hybride» de l’autobiographie, a le droit «de revisiter l’histoire» en soulignant ses points aveugles et ses « généralisations hâtives », tandis qu’est désormais déléguée à l’histoire la tâche d’éviter les pièges de la mémoire en obligeant celle-ci à se transformer en «discours autoréflexif et critique» (p. 29). On citera comme exemples de ce genre « hybride » Les Naufragés et les rescapés, de Primo Levi, et l’autobiographie de Pierre Vidal-Naquet, parce que « tous deux appartiennent en même temps au registre de l’histoire et de la mémoire ». Ces « hybrides » sont comparés favorablement au travail de l’historien Yosef Yerushalmi sur l’histoire juive, qui reprend la dichotomie des théories d’Halbwachs, et à l’ambitieuse œuvre commémorative de Pierre Nora, qui refait l’histoire de France en fonction des lieux qui l’ont marquée, littéralement, dans la pierre. Mais en décidant de mettre l’histoire et la mémoire sur le même registre, Traverso en vient presque à reprendre l’ancienne formulation hégélienne. Et en identifiant la promesse de nouvelles formes hybrides à leur capacité à surmonter les limites des récits nationaux, il se place lui-même, comme par inadvertance, dans le voisinage de Hayden White, quelque distance qu’il veuille prendre avec celui-ci. (La critique de Traverso est, à mes yeux, déplacée. White ne « confond » pas récit et fiction historique ; loin de reconsidérer son contenu « empirique », il ne fait que remettre en cause le statut problématique de la forme narrative, qui tend à donner à toute histoire l’apparence d’une intrigue. Voir p. 67-69). Il a cependant raison de nous alerter en montrant que la figuration des formes hybrides a révélé l’échec de la pratique historiographique existante et son incapacité à résoudre l’antinomie de l’histoire et de la mémoire dans la période de l’après-guerre, dévoilant en même temps la forme de nouvelles possibilités critiques permettant de réaligner l’expérience sur le récit historique.



L'Holocauste, métaphore de l'unité occidentale



Traverso cherche à comprendre la relation entre la conjoncture de l’après-guerre, qui a vu se multiplier les témoignages personnels sur les crimes nazis en Europe, et le processus plus récessif mais tout aussi important de décolonisation, qui a transformé des sujets anonymes en agents politiques. Pourtant, en 1963 et même encore après, des historiens comme François Furet continuaient de croire qu’il n’était pas possible d’incorporer les classes subalternes dans l’histoire (quelle histoire ? on ne peut que le deviner), sinon en signalant leur présence quantitativement (p. 28). Cette attitude n’avait rien d’exceptionnel à cette époque (en Europe et aux États-Unis) et semblait trouver sa source dans un refus obstiné ou une incapacité volontaire à appréhender la nature historique d’un tiers-mondisme naissant, déjà manifeste pendant la guerre du Vietnam et les insurrections anticoloniales en Afrique, qui ont pris en France une forme tragique dans une série d’incidents impliquant des Algériens, quelques années seulement avec l’explosion de Mai 68 à Paris. Le flux incontrôlé de témoignages personnels de cette époque, en particulier durant les années 1960 et 1970, émanant de survivants des camps de la mort nazis, avait un sens particulier : il exprimait dans la durée un rappel dont le statut se voyait enfin reconnu comme une forme de connaissance affective, à l’instar de celle que des penseurs préscients comme Benjamin et Halbwachs avaient déjà commencé d’imaginer avant la guerre. Cette éruption de témoignages en vint à dominer le «système de représentations» (p. 15), offrant des éléments de savoir factuel inaccessibles aux sources familières utilisées dans la pratique historique établie – ou exclues par celles-ci. Il est possible de discerner dans cette vague de témoignage un puissant complément qui visait à restituer la « qualité » d’une expérience historique en y ajoutant la riche texture des vies de ses acteurs – c’est-à-dire la subjectivité d’hommes et de femmes laissés en dehors des récits conventionnels de l’histoire nationale, tout comme le quotidien qui avait été leur habitus. Cette «ère du témoignage» (Traverso reprend l’expression lapidaire d’Annette Wieviorka) privilégiait non seulement le présent comme lieu de sa production, mais montrait aussi que la formation sociale du présent incarnait encore les temporalités mixtes du passé comme lieu de cohabitation. Traverso souligne que le témoignage singulier des survivants juifs des camps réduisait à la fois la visibilité et l’audibilité des autres victimes de la violence de la seconde guerre mondiale en Europe et en Asie. Les victimes des camps étaient transformées en icônes au moment où les anciens héros de la résistance partisane qui avaient combattu le fascisme perdaient leur «aura» et tombaient dans l’oubli provoqué par la fin du communisme et des espérances utopiques, et qu’à l’horizon du futur se substituait le seul présent. J’avancerai même qu’avec cette transformation, le témoignage et l’analyse du traumatisme prirent la place du rôle du fascisme dans l’explication de la seconde guerre mondiale et de ses meurtres de masse. Les spectateurs du film Il faut sauver le soldat Ryan ne sauront jamais que cette guerre visait à vaincre le fascisme, et non pas à réaliser quelque idéal de solidarité masculine. En outre, après que le fascisme lui-même fut réarticulé sous la forme d’un concept analytique et interprétatif bientôt jugé « scientifiquement » inexact, ses dangers politiques jadis pris au sérieux furent oubliés. Cette dissymétrie des souvenirs donnait une importance accrue au sort des victimes et des vainqueurs, ainsi qu’au jeu des chaises musicales auquel ils se voyaient amenés à participer dans le paysage historique fluide de la guerre froide. Quand la musique s’arrêta, l’Holocauste était devenu un événement sacralisé (sacralisant en retour ceux qui en portaient témoignage), et les forces du fascisme, qui, ironiquement, avaient produit le génocide, s’étaient évanouies, tout comme le souvenir de ceux qui l’avaient combattu et avaient donné leur vie pour en triompher. Si le deuil devient une forme d’oubli, puisqu’il est supposé déplacer la mémoire « traumatique » des circonstances qui pourraient expliquer les raisons de se souvenir, il permet aussi de changer son objet et ses formes d’expression (p. 15). Ce «tournant» essentiel s’est produit au moment où «Auschwitz est devenu l’axe de la mémoire collective du monde occidental», reléguant d’autres revendications à une existence occulte, à l’ombre de la hiérarchie de la reconnaissance génocidaire ; Traverso qualifie ces revendications de mémoires « faibles », qu’il s’agisse des premières demandes de la diaspora arménienne pour que le monde pousse la Turquie à en finir avec son déni obsessionnel du massacre, ou du refus d’Israël de reconnaître ses tendances profondes et terrifiantes au nettoyage et à la purification de la terre palestinienne. Malgré un effort bien intentionné pour élargir son cadre historique à des événements situés hors d’Europe, Traverso ne parvient pas à aller au-delà de la monopolisation imposée par sa propre implication dans l’essentiel de l’historiographie européenne, ni au-delà de la ritualisation engendrée par les débats sans fin qui semblent fonctionner comme un genre de compulsion de répétition, animée par le besoin d’assurer, en notre présence, la permanence de l’expiation. En ne réussissant pas à élargir sa perspective, il risque de renforcer la singularité même qu’il s’efforce de remettre en cause. Cette observation étant faite, il est difficile de ne pas conclure que le fait d’attribuer une singularité unique à l’Holocauste est devenu une métaphore fondatrice du récit de la réunion de l’Europe – et, ajouterai-je, une affirmation renouvelée de l’eurocentrisme. Mais cette ritualisation historiographique presque routinière a sans doute joué un rôle essentiel dans la sacralisation finale de l’Holocauste en «religion civile». (Aux États-Unis, le concept de religion civile n’est qu’une autre manière de socialiser la citoyenneté dans le patriotisme !) Paradoxalement, la sacralisation du génocide juif pourrait avoir servi deux objets similaires mais mutuellement exclusifs : depuis les années 1970, l’Holocauste est devenu une métaphore puissante de l’idée d’unité occidentale, à une époque où une telle affirmation culturelle et géopolitique a cessé d’être possible ; en même temps, il est devenu l’origine de l’État d’Israël, répétant à l’envers le cours habituel de l’origine nationale des États modernes – Turquie, Inde, Argentine, Indonésie, États-Unis –, qui a toujours commencé par l’élimination des populations minoritaires par le meurtre et l’expulsion. L’effet de ces efforts pour récupérer l’idée d’unité occidentale, récemment qualifiée de « conflit de civilisations », et des réévaluations positives des bénéfices de la colonisation impériale, a pour but d’atténuer l’importance de la violence coloniale perpétrée par l’Euro-Amérique – redevable, écrivait Aimé Césaire dans les années 1940, «du plus haut tas de cadavres de l’histoire» – et la persistance de la domination postcoloniale, dont sont activement complices des États tels que la France, la Belgique et, particulièrement, les États-Unis, qui se consacrent désormais à alimenter cette violence au nom de la propagation de la liberté.



L'oubli du fascisme



La némésis présente en filigrane dans le livre de Traverso, c’est évidemment le discours totalitaire (qui a lui-même encadré une grande partie du monde en dehors de l’Euro-Amérique) et son désir de revisiter les analyses antérieures qui en donnaient une explication. Je crois qu’il nous faut reconnaître que le discours sur le totalitarisme, de Hannah Arendt à Jeanne Kirkpatrick, s’est toujours préoccupé du présent plutôt que de la relation que le totalitarisme entretenait avec le passé. Même quand ce discours tente de relier le passé nazi et la figure du fascisme à travers une acceptation non critique de ce que l’on peut appeler l’effet Arendt, son objectif réel est de remplacer l’histoire (et la mémoire) par une sorte d’oubli permanent, garanti par un présent éternalisé, à travers l’assimilation du fascisme et du communisme. En outre, la décision d’oublier le fascisme dans le monde de l’après-guerre renvoie symétriquement à l’occultation des subjectivités nouvellement décolonisées et à leur capacité à exprimer des expériences vécues. Clairement, Traverso perçoit des ressemblances d’ordre familial entre, disons, la torture coloniale française et la torture allemande durant l’Occupation ou les chambres à gaz (p. 85). Mais cette connexion fait seulement de l’Holocauste la clef permettant d’appréhender la violence coloniale, réaffirmant sa vocation structurante et évitant ainsi toute analyse des raisons pour lesquelles le colonialisme en lui-même exigeait la violence comme condition de son efficacité – et du fait qu’il préparait finalement l’Europe au génocide des Juifs. Ce qui est important pour Traverso, c’est l’urgence de reconnaître que les expériences d’émancipation tant du communisme que de l’anticolonialisme ont été oubliées. Et une pleine compréhension de cet effacement le convainc de la nécessité de réparer les méfaits infligés par une mémoire dominante, qui a précisément obscurci les souvenirs témoignant de la constitution de peuples opprimés en sujets historiques.



Rares sont ceux aujourd’hui, suggère Traverso, qui considèrent le fascisme comme un phénomène d’importance, même s’il a coïncidé avec l’exécution d’un génocide. Les historiens allemands (sauf ceux de l’Est) ont entrepris d’effacer ses traces des explications historiques du génocide, et beaucoup se sont convaincus que le terme ne s’appliquait qu’à la seule Italie. Dans cette croisade, les Allemands ont été rejoints par toute une génération d’historiens et de spécialistes de sciences sociales états-uniens, qui se sont empressés de diminuer l’importance du fascisme en tant que concept et l’ont réduit à une idéologie dégradée. Pour les États-Unis, qui occupaient un Japon vaincu et s’étaient engagés à poursuivre sa transformation sociale, il était important d’arriver à un oubli total de l’épisode fasciste de cette nation, qui avait conduit à une telle fureur impériale en Asie et à la guerre dans le Pacifique. Pour les Japonais, la catégorie même d’après-guerre (sengo) dénote un état d’amnésie permanent du passé de la guerre. Cela étant dit, il nous faut considérer ces exemples de déni comme le reflet des impératifs de la Guerre froide. La science sociale affirma ainsi avec confiance la « fin des idéologies » (c’est-à-dire du fascisme et du communisme), ne voyant dans celles-ci qu’une croyance irrationnelle que seules la neutralité et l’objectivité de la science pouvaient surmonter, grâce à la lutte entre le « monde libre » et l’Union soviétique. Comme les Japonais et les États-Uniens, il est difficile de ne pas penser que l’une des principales raisons pour lesquelles les Allemands ont largement rejeté la mémoire du fascisme est sa relation avec le capitalisme. Contrairement au communisme, le fascisme s’est historiquement engagé à sauver le capitalisme de lui-même et, avec lui, les vestiges et les ruines du libéralisme, en promettant de remédier à son impéritie économique. Dans cette équation du capitalisme et du fascisme, celui-ci fut perdu de vue, et le fait qu’il ait été impliqué dans le sauvetage du capitalisme s’est enfoncé dans l’oubli. Le monde de l’après-guerre inaugurait un nouveau partenariat, où la démocratie libérale remplaçait le fascisme dans le rôle de l’allié naturel du capitalisme, les États-Unis jouant cette fois le rôle de mandataire de l’Occident en se lançant dans la guerre froide. L’idée d’Ernst Nolte selon laquelle le nazisme a mené une guerre à mort contre l’« asiatisme » communiste pour défendre la civilisation bourgeoise (en ne voyant dans la destruction des Juifs, suivant en cela les Russes, qu’un « dommage collatéral » !) nous semble ainsi, malheureusement, plus juste qu’il a pu le sembler au premier abord, et explique en partie sa relation à François Furet, que Traverso mentionne sans l’analyser. En réalité, cette explication de la « disparition » du fascisme et du déclin de l’antifascisme ne parvient pas à démontrer ce lien. En revanche, il est considéré de façon consensuelle (par les historiens allemands) que le national-socialisme était totalitaire, mais pas fasciste (p. 100), et cette vision s’est vue renforcée par des comparaisons sans fin avec l’Italie (mais pas avec les fascismes japonais ou d’Europe orientale), ce qui eut pour effet d’exagérer, sans doute à dessein, la singularité putative et les traits exceptionnels de l’autoritarisme oppressif allemand, afin de montrer à quel point il se distinguait du fascisme. Celui-ci, disait-on, était une catégorie trop générale pour comprendre Auschwitz. À cet égard, Traverso nous rappelle combien l’historiographie a fait d’efforts pour légitimer une vision apologétique et « véridique », qui trouvait largement sa source dans l’opinion publique après 1945, et faisait le portrait d’une société civile allemande étrangère aux crimes nazis. Mais avec l’apparition d’études sur la vie quotidienne (Alltagsgeschichte) sous les nazis, l’idée de la résistance des Allemands au fascisme s’est évanouie d’un coup, détachant le domaine de l’expérience quotidienne et de la mémoire de celui de l’histoire et de l’État (p. 103). Le résultat de cet isolement du nazisme fut de reconnaître à l’Allemagne un «chemin à part» vers la modernité (Sonderweg), qui évite d’aborder la question des origines du fascisme en ne prenant en compte que ses résultats modernisateurs. Mais cette conception erronée qui rejette le fascisme ne fait que différer la rencontre avec l’antinomie de l’histoire et de la mémoire, la retardant indéfiniment, en établissant un « hiatus radical » entre l’historicisation réelle de la présence du présent fasciste et ses perceptions par les contemporains avant qu’il fût devenu un concept analytique et fût considéré comme une menace insurmontable, exigeant sacrifice et combat (pp. 106-107).



Finalement, peut-être Adorno avait-il raison, lorsqu’il affirmait que le risque de survivance du fascisme dans un ordre démocratique était une menace plus grande que celui de retomber dans les fascismes du passé nazi, de porter la discussion loin de l’historiographie apologétique pour lui préférer une analyse plus productive (pp. 103-104).



■ Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet.


Harry Harootunian
Harry Harootunian est directeur de programme en Études de l'Asie de l'Est, et professeur d'histoire à New York University. Ses livres comprennentHistory's Disquiet: Modernity and Everyday Life, Columbia University Press, New York, 2000, Overcome by Modernity: History, Culture, and Community in Interwar Japan, Princeton University Press, Princeton, 2000, etThe Empire's New Clothes: Paradigm Lost, and Regained, Prickly Paradigm Press, Chicago, 2004.
Autre(s) article(s) du même auteur paru(s) dans la RiLi
Héros et victimes
Pour citer cet article : Harry Harootunian, « Surplus d’histoires, excès de mémoires », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 18/09/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=278
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Rili, Numéro 7, sept-oct 2008

Numéro 7

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Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

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Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

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Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro