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Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Financiarisation et crise des subprimes: cartographie des parutions récentes

par Yann Moulier Boutang

Yann Moulier Boutang s’efforce ici de cartographier la pléiade de parutions à laquelle a donné lieu la crise montante des subprimes. À gauche comme à droite, en tous points des sciences sociales et économiques, les diagnostics, pronostics et propositions se sont en effet multipliés pour circonscrire la situation.



«Ce fut une bonne chose pour notre pays d’avoir encouragé l’accès à la propriété de son logement : cela procure un sentiment de participation. C’est l’une des raisons pour laquelle nous avons eu moins de conflits ethniques que n’en ont eus d’autres pays. Mais nous avons peut-être été trop loin parce qu’il existe sans doute un nombre maximal de gens capables de devenir propriétaires de leur logement. C’était aussi devenu une excuse pour avancer de l’argent de manière inconsidérée. » Robert Shiller, Professeur d’économie à Yale, cité en exergue par Paul Jorion (2008).




Grand est le désordre sous le ciel



La crise financière globale dans laquelle nous sommes entrés depuis mars 20071 a débuté par la multiplication des défauts de paiement des traites des prêts hypothécaires de la part des ménages américains et, quasiment en même temps, par celle de l’ensemble du système de financement de l’accession à la propriété très souple qui permit de soutenir la croissance de la première économie du monde après la crise sévère de la bulle Internet en 2001-2002. Par son ampleur mondiale, à la différence des crises financières précédentes (celles du Brésil, du Mexique, de la Corée et de la Thaïlande, les crises immobilières et celle de l’éclatement de la bulle Internet), qui étaient restées cantonnées à un secteur ou à un pays, la crise dite désormais des subprimes a conduit en deux ans, malgré une réactivité impressionnante des banques centrales, à une situation qualifiée de « la plus compliquée que l’on ait vue » ou de « crise la plus grave depuis la seconde guerre mondiale». L’appréciation vient des deux pilotes en chef du capitalisme financier mondial depuis vingt ans : respectivement Ben Bernanke, actuellement aux commandes de la Banque centrale américaine, la Réserve fédérale, et Alan Greenspan, son prédécesseur jusqu’en 20062.



Qualifier la situation de grave est presque une litote. La déconfiture est extravagante par ses proportions. L’ampleur des pertes des établissements financiers et des banques (ici en chiffrage global), d’abord évaluée à quelques millions de dollars, a atteint la centaine de millions de dollars en janvier 2007, puis plusieurs centaines de millions. Entre le 1er août et le 19 septembre 2007, s’opère l’effondrement de la banque Northern Rock : le vendredi 14 septembre, les clients de la banque, qui font la queue devant les guichets depuis 24 heures, retirent 1 milliard de livres de dépôts. L’on n’avait pas vu cela dans les pays du Nord3 depuis les années 1930, et la Banque d’Angleterre avait alors dû garantir un prêt de 25 milliards de dollars à la Northern Rock. À contrecoeur, bien sûr, car il est difficile d’abandonner le dogme monétariste de la non-intervention. Au cours du mois d’août, la Banque centrale européenne était également intervenue massivement. L’automne suivant, ce fut alors au tour de la Réserve fédérale américaine, et là, nous changeons d’échelle : ce sont en milliards de dollars puis en millier de milliards de dollars que l’on commence à chiffrer l’onde de choc4. En avril 2007, la Fed estimait que les pertes pour les banques pourraient s’élever de 100 à 150 milliards USD pour un marché de 8 400 milliards d’encours de crédit. La Deutsche Bank estimait fin octobre que ce chiffre pourrait s’élever à 400 milliards de dollars ; la banque d’investissement Goldman Sachs plaçait pour sa part en novembre 2007 le curseur à 2 000 milliards de dollars. Le Fonds monétaire international estimait dans un rapport du 9 avril 2008 que « le montant des pertes pourrait atteindre quelque 945 milliards de dollars »5. Après les mesures votées par le Congrès américain et les divers plans de relance votés en Europe, sauf en France, pays dont l’autisme intérieur est remarquable, on est plutôt sur la pente des 3 000 milliards de dollars de perte comptable6. Le G7 du printemps 2008 a d’ailleurs exigé des banques un bilan des pertes réelles, ce qui signifie que les chiffres cités sont largement sous-estimés. Il faut dire que les règles de l’évaluation du bilan des entreprises (y compris financières) à la valeur du marché (fair value) et non plus au coût historique d’acquisition, ainsi que le nouveau ratio de Bâle II (plus sévère que le précédent dit ratio de Cooke qui règle le montant des fonds propres détenus par les banques par rapport à l’encours des crédits accordés), parce qu’ils tiennent compte du risque des prêts, accentuent énormément les pertes à avouer et à provisionner.



Ce qui est le plus surprenant dans cette histoire, c’est que la nef du capitalisme n’ait pas déjà coulé. Et que de façon sournoise (qu’il est difficile de manger urbi et orbi l’indigeste chapeau monétariste !), Friedman et Hayek aient été enterrés en catimini. Grande revanche pour J. M. Keynes que ce New Deal rampant avant même les élections américaines. Face à cet événement qui éclipse la campagne pour l’élection américaine, les six milliards et 900 millions de pertes de la Société Générale ont constitué la cerise sur le gâteau qui panique le sommet de Davos. Il y a certes dans cette perte colossale pour une banque moyenne 4,9 milliards dus au trader français de la Société Générale, Jérôme Kerviel (record absolu de la longue liste des traders fous depuis 1990), mais aussi 2 milliards de subprimes,ce qui n’est pas mal, mais n’a pas empêché Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France désormais succursale de la Banque centrale européenne, d’affirmer avec aplomb que « la situation de la banque était meilleure qu’auparavant ». Le nuage de la crise financière s’arrête juste sur la Manche, comme celui de Tchernobyl n’avait pas franchi le Rhin ! Foi d’administration Pinnochio, pardon, française !



Depuis le printemps 2007, la crise des subprimes est devenue générale et une littérature imposante à son sujet s’est développée. Imposante, au moins par son volume. Parfois passionnante, parfois décevante. Petit passage en revue.



De la floraison de livres et d’articles, on n’a retenu ici qu’une partie. On a écarté d’emblée la littérature directement apologétique et publicitaire. La valeur des entreprises se joue désormais en bourse. Elles pèsent leur capitalisation boursière et le niveau de leurs actions à l’opinion commune de la corbeille désormais électronique, et leurs actionnaires et les traders savent lire. Les départements de communication produisent de l’information dont nous n’aurons pas la cruauté de souligner les naïvetés parfois, les mensonges par omission souvent, les pures et simples manipulations et faux en écriture un nombre respectable de fois, comme l’ont montré les affaires Enron, Parmalat, le Crédit Lyonnais, etc. Cette littérature fait penser aux mots immortels du président Harding aux États-Unis, la veille du vendredi noir de 1929 (le début de la Grande Dépression) : « Achetez, achetez, la prospérité est au coin de la rue !! » La rage des petits actionnaires dont témoigne le compte rendu de la dernière assemblée générale de Natixis s’est répétée des milliers de fois depuis le printemps 2007. Plus amusant est le dépit tout aussi fort des grands argentiers de la planète, confrontés à l’incroyable usine à gaz qu’ils ont contribué à construire depuis trente ans et qui résiste à toute reprise en main. Nous y reviendrons7. Il est vrai, comme le fait remarquer François Lenglet dans son stimulant petit livre8, qu’un économiste de premier plan comme Irving Fisher a commis une erreur monumentale de prévision sur la crise de 1929 avant de dresser une théorie devenue classique de la déflation autoproduite par le marché si les pouvoirs publics n’interviennent pas. Et qu’il est tentant de tracer le parallèle entre la crise de 1929 et l’actuelle crise financière avec la crise de surendettement des années 1920.



De ce passage en revue des livres et des rapports récents sur la crise des subprimes, on pourrait
dresser un sottisier amusant. Mais, à la différence de ceux attachés aux génériques des films, ils ne font pas rire et requièrent à chaque fois un trop grand travail de mise en situation pour garder tout leur sel. Trop nombreux sont ces livres, et ils appartiennent à des genres trop différents (descriptifs, théoriques, techniques, bornés au financement de l’accession à la propriété immobilière ou intégrant ce phénomène dans la financiarisation, ou plus largement à une analyse renouvelée du capitalisme) pour que l’entreprise de revue systématique ne devienne fastidieuse pour le lecteur et surtout impossible à réaliser dans le cadre limité d’un article.



Comment comparer en effet, un petit livre vade-mecum de Loïc Abadie, La Crise financière en 2008-2010 : mode d’emploi pour la décrypter et l’exploiter, (excusez du peu !)9 et l’ouvrage de Michel Aglietta et Laurent Berrebi, Désordres dans le capitalisme mondial, véritable somme qui prolonge l’autre somme que Michel Aglietta avait écrite en 2004 avec Antoine Rébérioux10, Dérives du capitalisme financier ? Non qu’il n’y ait pas matière à débattre de la thèse extrêmement cohérente qui parcourt ces deux livres importants : celle du triomphe dans la financiarisation extrême de l’économie de la valeur actionnariale (la priorité donnée dans la répartition des ressources issues de la production aux propriétaires des entreprises sur les salariés et sur les managers). Au reste, nous ne ferons qu’effleurer cette discussion. Il est en revanche nécessaire dans ce passage en revue de prévenir le lecteur que tous ces livres ne jouent pas dans la même cour.



Comme d’habitude, la floraison d’ouvrages narratifs de vulgarisation intelligente (au mieux), d’essais « dans l’air du temps » (au pire)11, brouille un peu les pistes. Trop de pleurnicheries des petits actionnaires à droite. Pour peu qu’on n’ait pas le malheur d’avoir ses maigres économies placées chez un banquier vous annonçant que votre compte-titres est vide désormais, on est pris d’une secrète allégresse à la vue de tous ces moutons de Panurge dévalant le précipice depuis le promontoire de leur fatuité. À gauche se développe également un syndrome aussi peu ragoûtant : « On vous l’avait bien dit que c’était de l’arnaque, mais vous ne nous avez pas écouté. » Ou bien : « C’est la fin du capitalisme, pauvres réjouissez-vous et riches repentez-vous ! » Ce que Pastré et Sylvestre résument du joli nom de «la foire aux idées folles » de la diabolisation ou de l’optimisme béat (p. 197-198). Droite déconfite, gauche gâteuse et au milieu, un centre plein de conseils de prudence. Amusez-vous à classer ainsi le traitement de la crise des subprimes, dans les articles et éditoriaux en tous genres, et vous serez édifiés sur l’affligeante médiocrité de nos médias, mais guère plus avancés.



Cela écrit, les livres d’informations économiques bien faits, pourvu que l’on n’y cherche pas le saint Graal de la compréhension globale, fourmillent de précisions qui, pourvu qu’elles soient greffées sur un cadre cohérent et solide13, permettent de donner un peu de chair au tableau d’ensemble. C’est à ce genre qu’il faut rattacher l’ouvrage de Solveig Godeluck et Philippe Escande, Les Pirates du capitalisme. Comment les fonds d’investissement bousculent les marchés14 ou bien Le Roman vrai de la crise financière d’Olivier Pastré et Jean-Marc Silvestre15. Le premier attire l’attention, au terme d’une enquête détaillée, sur la montée des différents types de fonds spéculatifs (hedge funds hier, private equity aujourd’hui) qui deviennent les véritables acteurs des composition/décomposition et recomposition des entreprises au détriment du mécanisme public (public veut dire ici porté à la connaissance du public) de la bourse. Pas de chance pour ceux qui dénoncent la bourse comme le temple de l’économie casino (pour ceux qui s’en tiennent à un discours moraliste). Pas de chance non plus pour ceux qui espèrent l’instauration d’une plus grande transparence, et entendent jouer la carte d’une démocratie et d’une participation dans le fonctionnement de la finance, comme Michel Aglietta le soutient avec une grande constance depuis quinze ans. Les fonds spéculatifs, qui pratiquent les opérations d’acquisition par le levier de l’endettement (LBO) avec les fonds souverains, constituent un nouveau ventricule du coeur du capitalisme particulièrement protégé par le secret, la connivence et les solidarités politiques de réseau. Un terrain rêvé pour les sociologues ou les anthropologues. Mieux enlevé, le livre d’Olivier Pastré et Jean-Marc Sylvestre se lit effectivement comme un roman. Les échelles de la crise16, ses précédents et ses « faux nez » sont bien campés. Les notions sont expliquées dans un index. On regrette simplement que tout ce qui paraît aux auteurs si évident rétrospectivement n’ait pas été expliqué par eux ou par d’autres auparavant, et qu’ils s’avèrent quelque peu chiches en matière de solutions. La quatrième partie du livre est intitulée « Où allons-nous » et représente à elle seule la moitié de l’ouvrage. Mais, les préconisations (p. 268-269) ne décollent pas de la saine orthodoxie : adapter les règles prudentielles à chaque métier de banque (résolution 4), ou encore programmer un contrôle progressif des paradis fiscaux (résolution 9).



Il n’est pas facile non plus de rapprocher des essais courts, parfois brillants comme des feux de Bengale tel l’ouvrage de François Lenglet déjà cité, de contributions plus académiques ou plus prudentes, plus ternes mais probablement plus durables, comme le livre dirigé par Philippe Askenazy et Daniel Cohen16 qui a le mérite de présenter un état de l’art dans l’économie standard. Ni, non plus, de mettre dans le même sac Le Stade Dubaï du capitalisme de Mike Davis17, une satire bien enlevée, et la longue et minutieuse analyse parfois redondante de Robin Blackburn dans la New Left Review (largement conforme aux thèses développées par Robert Brenner18 depuis des années sur la crise de longue durée du capitalisme) ou celle de Suzanne de Bruhnoff, F. Chesnais, Gérard Duménil et Dominique Lévy. Ces deux dernières contributions assument un marxisme analytique sans faille encore que bien différent. Mais, on verra que si l’on ne peut reprocher aux ouvrages « sérieux », ce qui manque aux essais, à savoir une ligne directrice forte et une pensée unifiée et décisive (plus que jamais nécessaire en temps de désarroi et de crise), et si l’on ne peut leur refuser l’ambition de bâtir de façon plus durable que les essais critiques de Lenglet et de Davis, il n’est pas certain qu’ils soient plus inventifs. Les deux ouvrages de Patrick Artus et Marie-Paule Virard19 se situent à mi-chemin des ouvrages grand public et des analyses techniques de P. Jorion (voir la liste des différents type de prêts qui attendent leur Rabelais et leur Molière). Les titres sont percutants, alléchants pour les lecteurs de La Découverte et les altercapitalistes (appelons ainsi tous ceux qui cherchent une alternative au capitalisme depuis la chute du socialisme réel). Le contenu, quand on l’examine en détail, en rabat beaucoup sur l’ambition.



En règle générale, l’impression assez mitigée que dégage la quasi-totalité des livres consacrés à la crise financière actuelle, y compris dans les livres incontournables (le dernier ouvrage de Paul Jorion, les deux ouvrages d’Aglietta et alii), est celle d’une certaine panne de la théorie générale du capitalisme actuel et de sa mue, dont la première vraie crise financière de caractère général paraît la trace désormais irréfutable. Panne de théorie générale, disons-nous, nous référant évidemment au titre du livre de Keynes de 1936. Certes, c’est au tour des Friedman, Hayek, Mertyon et Scholes d’être traités de chiens crevés, mais pour autant, le retour en force de Keynes ou de Marx ou de la pensée « critique », anticipée par des J. Attali ou des A. Minc, n’est pas pour autant une garantie d’innovation et de réponses pratiques à ce qui devient un boulet de plus en plus lourd pour la croissance mondiale. Fait exception à cette panne, le petit livre très dense de Dominique Plihon, Le Nouveau Capitalisme.



Trêve de justice rendue à chaque ouvrage séparément. Regroupons leurs réponses autour de quelques questions cruciales qui les traversent tous explicitement ou implicitement. Comment marche le marché hypothécaire aux États-Unis et au Royaume-Uni ? Comment la crise de liquidité est-elle devenue une crise de confiance ? S’agit-il d’une crise américaine ou mondiale ? Sommes-nous en train de basculer dans une nouvelle grande dépression semblable à celle des années 1930 ? La mondialisation ou la financiarisation sont-elles les fautives ?



Le continent des subprimes



Paul Jorion, dont la contribution par ses deux livres (le premier annonçant clairement la crise du capitalisme américain (2005)20, le second procédant à une anatomie des mécanismes du crédit hypothécaire et de son enrayement) s’impose sur le sujet, a raison de rappeler les échelles de grandeur. Celle tout d’abord du patrimoine des ménages (essentiellement mais non exclusivement américains). Grâce à une politique d’accès facile, très facile, au crédit, ce dernier est passé de 27 600 milliards de dollars en 1995 à 51 800 milliards en 2005. Pour mémoire, le PIB américain valait en 2007 12 900 milliards et celui de la France, 2 000 milliards. L’immobilier résidentiel américain représente 47 % de cet accroissement. Cet accès à la propriété et la bulle de l’immobilier expliquent la moitié des différences entre le patrimoine moyen possédé par un propriétaire (184 000 $) et un locataire (4000 $). Il ne s’agit pas seulement de l’embourgeoisement par l’accès à la propriété (une vraie déprolétarisation qui explique aussi la percée électorale des républicains conservateurs chez les ouvriers et les employés) ou par le placement dans la pierre. Après tout Guizot sous Louis-Philippe avait compris que pour stabiliser un pays comme la France, abonné aux révolutions tous les quinze ans, il fallait augmenter sensiblement le nombre de propriétaires. Cet espoir où le capitalisme boursicoteur se fait héraut du communisme, le communisme du capital par l’utopie de l’accès de pratiquement tout le monde à la propriété, s’avère d’autant plus nécessaire que l’inégalité entre les très riches (3 % de la population) et les 10 % les plus pauvres est abyssale. Elle n’a fait que se creuser sous l’impact de la mondialisation depuis l’application des recettes fiscales des allègements d’impôts. Cet accès à la propriété de son logement constitue l’ingrédient nécessaire pour que le rêve soit vraiment pris pour la réalité. Tous nos auteurs insistent sans exception sur l’aspect mystificateur de cette proposition d’une maison pour tous. Mais, ils oublient de dire que, lorsqu’on met de côté les extrêmes, les plus riches qui se sont démesurément enrichis et les plus pauvres qui se sont appauvris de façon dramatique, la leçon de Guizot a été suivie fidèlement et avec quelques succès. Margaret Thatcher ainsi que Georges Bush père et ses successeurs ont fait passer respectivement l’Angleterre de 37 % de propriétaires21 à 57 % en dix ans, et les États-Unis de 57 % à 69 %. L’objectif annoncé outre-Atlantique était d’arriver à plus de 80 %. Pas besoin de chercher ailleurs la popularité de la finance. Ce slogan magique de « tous propriétaires», Marie-Christine Boutin, après Jean-Louis Borloo, l’a d’ailleurs proposé pour une France qui part du niveau américain (avec 57 % de propriétaires dans les années 1980-1990). Sauf qu’en France, il n’y a pas eu, faute de croissance, l’ombre d’une réalisation significative en ce domaine. Le nombre de maisons promises à 100 000 euros par J.-L. Borloo n’a pas dépassé la centaine. Heureusement, il y a des organismes publics qui financent les logements. C’est au reste la solution vers laquelle les États-Unis devront se diriger. Dans les pays qui ont suivi l’exemple anglais et américain, et qui se retrouvent dans une situation très délicate du fait de la crise des subprimes (Espagne, Pays-Bas), il s’agit d’une transformation sociale déjà considérable.



Admirable engrenage des dérivés



Donc, les différents segments des classes moyennes, y compris ceux qui tirent plutôt le diable par la queue, ont eu la possibilité d’accéder au crédit. Des prêts consentis les yeux fermés par la machine américaine : en 2006, plus de la moitié des emprunts immobiliers n’ont fait l’objet d’aucune vérification. Comme un vélo qui ne tombe pas à condition de continuer de rouler, l’économie américaine s’est relevée de la crevaison de la bulle Internet de 2000-2001. Elle a été tirée par une hyperconsommation des ménages qui dépassait le revenu disponible et a atteint quasiment le plein emploi (quel type d’emploi, c’est une autre paire de manche et une autre histoire). Mais enfin, au royaume des aveugles de la croissance (européens ou japonais), les borgnes américains de l’investissement qui dépensent un argent qu’ils auront − parce que la croissance va de l’avant, parce que la valeur de leur compte-actions monte et parce que la maison pour laquelle ils remboursent vaudra deux fois plus cher dans cinq ans − et les borgnes chinois de la consommation − qui épargnent pour une protection sociale et une consommation de masse qu’ils n’ont pas − ont unis leur force.



C’est bien à cette opinion commune qui s’est formée dans les milieux financiers que l’on doit le développement des produits dérivés, une spécialité largement française qui atteste d’une déterritorialisation très avancée de la finance et des firmes du CAC 40 dont la santé transnationale contraste fortement avec la morosité de leur périmètre d’origine. Ajoutons ici une provocation supplémentaire à notre éloge de l’endettement22 des ménages américains, sans lequel le niveau de guerre et de chaos aurait été probablement beaucoup plus haut. À l’inverse de ce que font les grincheux, il convient de faire un éloge de l’ingénierie financière des dérivés et de la titrisation, non pas du côté d’en haut (point de vue top downde la faune financière) mais vue d’en bas (bottom up). N’eût été en effet la chaîne inextricable des interdépendances créées entre les différents organismes financiers d’une part et l’emprunteur initial et le créancier final d’autre part, soit une mutualisation tellement dense de la propriété qu’elle rend impossible de séparer les mauvaises créances des bonnes, ce ne sont pas 2 à 3 millions de ménages américains (soit entre 12 et 15 millions de personnes) qui risqueraient de se retrouver à la rue, mais beaucoup plus. Rappelons qu’il y a 12 millions de ménages emprunteurs qui sont concernés, dont 4 millions défaillants à court terme, et chaque baisse de l’immobilier et de la bourse augmente le nombre de défaillants potentiels. Les banquiers ne sont pas des philanthropes. C’est leur propre exposition à la banqueroute qui leur a fait écarter la mise à la rue de dizaines de millions d’américains. Tout républicain qu’il soit, l’actuel gouvernement a senti qu’il était impossible politiquement de mener les « purges » préconisées par ceux qui voudraient une situation « apurée ». Résultat, entre la fin août 2007 et le 1er août 2008, le gouvernement « néolibéral », après avoir quasiment nationalisé les deux organismes géants de garantie du crédit immobilier, après avoir garanti pour des dizaines de milliards de dollars les créances douteuses de certaines banques d’affaires, a mis en route un moratoire des expulsions et transformé les emprunts à taux variables en emprunts à taux fixe23. Par ailleurs, un programme de relance, correspondant à l’injection de 1 % du PIB (150 milliards de dollars) a été signé par le président Bush.



Quand l’Amérique éternue,
le monde s’enrhume




Le mécanisme global de la crise actuelle est-il dû, comme le soutiennent avec un bel ensemble nos auteurs, au caractère intenable à long terme du déficit budgétaire et commercial américain ? Si l’économie américaine était une économie nationale comme une autre, ce jeu aurait été intenable beaucoup plus tôt, dès les années Reagan.



Si le jeu ordinaire du marché (cette fiction qu’invoque le raisonnement néolibéral et dans laquelle se déguise le plus formidable appareil d’intervention étatique que la terre eut jamais porté) avait joué, les quinze plus grandes banques du monde auraient été en banqueroute depuis un an. Et par contagion, l’ensemble du monde aurait connu une Très Grande Dépression. Ceci pour les affaires privées. Pour les affaires publiques, c’est l’État américain qui, pendant tous les mandats présidentiels (sauf les huit ans de présidence démocrate de Clinton), a accumulé les doubles déficits records de sa balance commerciale et de son budget, qui aurait dû voir sa notation dégradée comme la Russie en 1997. Mais, la dure loi de la contrainte extérieure, à laquelle l’Europe encore vagissante a dû se plier comme le Japon, ne s’applique pas aux États-Unis. Quia nominor leo. Parce que je m’appelle le lion, comme dit La Fontaine. La loi du plus fort, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les accords des Açores suspendant la convertibilité du dollar en 1971 et la chute du mur de Berlin, cela veut dire que le pays de l’Oncle Sam n’est pas tenu de libeller en devises étrangères le solde de sa balance commerciale, ni les emprunts des finances fédérales (la bagatelle de 2 milliards par jour). C’est le privilège dit de seigneuriage : celui dont la monnaie est acceptée comme instrument de règlement et de réserve ne fait plus face à la contrainte de paiement. Il règle ses dettes en sa propre monnaie (ici le billet vert) qu’il peut imprimer au risque de déclencher une crise de confiance, ou plus subtilement emprunter à l étranger en payant avec ses propres espèces. Certes, ce pouvoir exorbitant, ici celui du pays du dollar, repose sur une puissance économique et militaire sans équivalent et sur un véritable conseil des grands de la finance mondiale. Le président de la Réserve fédérale américaine peut réunir en quelques heures les dirigeants des dix premières banques de Wall Steet (auxquels on peut ajouter quelques banques européennes et japonaises) et les assurer de son soutien sans faille et d’une concertation approfondies avec leurs… successeurs ! Il est loin le temps où Théodore Roosevelt avait dû appeler John Pierpont Morgan en 1907 pour l’implorer de sauver les finances d’un État de New York au bord de la banqueroute (ce qu’il fit, et ce qui ne se fit pas à la fin d’un certain mois d’octobre 1929 ; on connaît la suite…).



Mais toute cette coordination relèverait de la sociologie intéressante, mais un peu courte, des élites « nationales », si derrière ne se cachait pas un principe d’interdépendance mondiale, le vrai nerf de l’actuelle mondialisation (la description au Siècle d’Or espagnol du circuit des minerais précieux de l’or de la Nouvelle-Espagne et du blé de la Ligue Hanséatique en passant par la Hollande était aussi complexe). L’auctoritas (l’autorité) de l’État impérial américain sans lequel la potestas ne fonctionne pas, se traduit par l’estampillage AAA délivré par les agences de notation financière, c’est-à-dire la meilleure note attribuée à toutes ses émissions d’emprunt. Grâce à cela, les États-Unis, qui au niveau macro-économique dépensent plus qu’ils ne gagnent, peuvent drainer les excédents d’épargne mondiale et placer les obligations de leurs bons du Trésor auprès de la Banque de Chine, de l’Inde, des pays exportateurs de pétrole, et attirer chaque jour entre 2 ou 3 milliards de dollars, y compris ceux des fonds souverains privés. Le Trésor et la Banque centrale ne sont plus tenus par une parité fixe du dollar par rapport à des réserves d’or, ni d’ailleurs par rapport à un panier de devises étrangères. La Banque centrale américaine dispose donc par rapport aux autres grandes banques mondiales d’un degré de liberté supplémentaire. Cette possibilité d’agir sur le taux d’intérêt et sur la valeur de sa monnaie serait évidemment assez limitée si elle n’était pas adossée à une économie très puissante, à une capitalisation boursière de sociétés de taille transnationale ou de valeurs technologiques de pointe. Toutefois, en sus de cette puissance économique qui accompagne une force de frappe militaire sans équivalent depuis la disparition de l’URSS, les libertés que les États-Unis prennent avec les règles traditionnelles de la gestion « saine » ou « bourgeoise » (un bon père de famille épargne) ont une contrepartie assez claire. La pompe aspirante/refoulante monétaire américaine assure le recyclage des excédents des balances des paiements des pays producteurs de pétrole et tire la croissance économique mondiale, car c’est la seule condition pour que la pétaudière planétaire n’explose pas politiquement. Quand Ben Bernanke baisse les taux d’intérêt sur lequel se règle le marché interbancaire et la liquidité monétaire au nom de l’impératif qu’il faut sauver le soldat croissance à tout prix, il ne parle pas seulement au nom des exigences internes américaines, mais aussi au nom de la pax americana.



Tant que l’Union européenne n’assumera pas ce devoir vis-à-vis du monde entier, l’euro ne pourra pas jouer véritablement le rôle de monnaie de réserve internationale. Il sera un challenger décoratif, un instrument de pression utilisé par la Chine pour contenir les pressions américaines protectionnistes à une réévaluation du yuan. Le Royaume-Uni devrait abandonner la livre sterling pour l’euro, la Banque centrale européenne assumer des objectifs de croissance économique et d’emploi, être autorisée grâce à de nouveaux statuts à emprunter pour financer un déficit européen. Enfin, une fiscalité fédérative devrait être mise en place. Ce point est assez bien traité dans Artus et Virard (2008). Elle sera condamnée à la contrainte extérieure et à une croissance anémiée (comme le montre l’exemple japonais qui fonctionne comme repoussoir chez tous nos auteurs, sans beaucoup de détails). Et là, on comprend mieux le rôle de l’hyperconsommation des ménages américains (leur taux d’épargne nulle). Ils assurent que la demande effective mondiale correspond bien à l’offre de l’énorme appareil productif des pays du Sud nouvellement industrialisés. Et, par ricochet, la demande de biens d’équipements industriels (allemands) ou de biens et services cognitifs de l’ensemble du monde. Si tous les ouvrages évoqués ici sont d’accord pour souligner l’atonie européenne, certains sont carrément pessimistes et envisagent une « dislocation » de l’Union européenne24.



L’innovation financière sur laquelle tout le monde ou presque s’était extasié depuis vingt ans25 (la titrisation, les fonds d’investissements ou fonds spéculatifs, les dérivés) a répondu à cette structure tordue de l’économie mondiale (contenue d’ailleurs, d’un côté, dans la délocalisation de l’industriel et, de l’autre, dans la concentration aux États-Unis de l’économie de la connaissance, ce que Daniel Cohen appelle l’économie schumpétérienne par opposition à une économie smithienne26). Contrairement à l’avis le plus souvent défendu dans les ouvrages que nous passons en revue, on peut difficilement soutenir dans ces conditions l’idée que l’origine de cet emballement du crédit intérieur et extérieur se situe dans une liquidité trop abondante. En fait, la surliquidité qui a conduit à la consommation ou à titriser le moindre crédit immobilier résulte de déséquilibres structurels. Le premier déséquilibre est démographique. Aglietta et Berrebi, tout comme Artus et Virard, soulignent que, compte tenu des populations vieillissantes des vieux pays
industrialisés, on pourrait s’attendre à ce que l’épargne y soit abondante et qu’elle se place dans le Sud. Les entreprises dynamiques des pays du Sud décollent et offrent une population jeune, donc pouvant financer les retraites des premiers par son activité (prélevée par les fonds de pension), tandis que sa consommation tire la croissance. Remarquons au passage que ceci entre en concurrence avec la création d’une protection sociale dans ces mêmes pays financés par des cotisations sociales. Ce que nous observons est l’inverse : les pays du Sud épargnent de façon forcée, car leur base productive est surtout tournée vers l’exportation (l’essentiel du PIB chinois se fait sur les excédents commerciaux). Ce n’est pas la population qui épargne, ce sont les entreprises et l’État, tous deux encore très mercantilistes dans leur approche des salaires et des prélèvements obligatoires pour financer une protection sociale réduite au minimum. Les populations vieillissantes des pays du Nord leaders de la mondialisation et de la croissance, comme le Royaume-Uni et les États-Unis, épargnent, elles, de moins en moins. Quand elles épargnent davantage, en Europe continentale, c’est dans un contexte de croissance faible, voire de stagnation économique ou d’une épargne conjoncturelle de précaution incapable de s’investir à long terme (celle des couches moyennes qui appréhendent la chute dans la pauvreté). On ne peut que s’étonner du peu d’attention prêtée par le monde de la finance en France à cette statistique stupéfiante : près d’un Français sur deux (47 %) n’envisage plus du tout comme impossible de se retrouver sans domicile fixe, c’est-à-dire expulsé de son logement. Que cela ait un rapport avec, d’un côté, la crise des subprimes (née de la volonté d’échapper précisément à cela) et, de l’autre, avec une précarisation de l’emploi des jeunes générations leur barrant l’accès à la propriété de leur logement, n’apparaît pratiquement pas dans toutes les analyses savantes de la crise actuelle.



Le deuxième déséquilibre structurel, lui clairement évoqué par les ouvrages d’Artus et Virard et celui dirigé par J. H. Lorenzi, est celui d’une réorientation radicale de l’accumulation vers un mode de développement soutenable à l’échelle de la planète, ailleurs et autrement que dans la politique de communication des grands groupes… pétroliers. La généralisation du niveau de développement des pays industrialisés à la fin des années 1950 à l’ensemble de la population chinoise et indienne (pour ne pas parler de celle de l’Indonésie, du Nigeria ou du Brésil) requiert les ressources naturelles de cinq planètes terres. C’est dire vers quelle impasse bien plus réelle que celle des finances mondiales l’on se dirige. Le livre du Cercle des économistes n’hésite pas à parler d’une prochaine « guerre des capitalismes », et en détaille les menaces dans son chapitre VI intitulé « un monde en lutte pour les ressources rares ». Avec les limites inhérentes à une approche demeurant largement nationale ou internationale sauf dans le chapitre de M. Charpin et J. Pisani-Ferry consacré à l’Europe.



Les besoins et les défis technologiques et juridiques sont immenses. Compte tenu des premiers chiffrages disponibles des montants à investir pour limiter le réchauffement climatique (en particulier ceux fournis par le Rapport Stern, en 2006), des chiffres qui se montent à 1 % du PIB mondial chaque année pendant 30 ans, ce qui n’est pas rien quand la croissance stagne autour de 2,5 , on se dit qu’il n’y a pas trop de liquidités financières, mais plutôt une insuffisance radicale de l’investissement écologique. Le surplus de liquidités n’est pas en cause, mais plutôt l’effarante pusillanimité de leur canalisation vers des usages intelligents. Même chose pour les investissements en matière de capital intellectuel (éducation, recherche). Point souligné par à peu près tous nos auteurs. Le capital disponible n’est trop abondant que parce que les programmes de restructuration complète de l’appareil productif industriel qui vont de pair avec une politique praticable de modification des normes de consommation (énergétique,
alimentaire, éducationnelle) n’ont pas été mis en route, depuis dix ans. L’interprétation de l’inflation, que plusieurs auteurs semblent dériver automatiquement des excédents des pays exportateurs de pétrole et de l’insuffisance des consommations intérieures chinoise et indienne, reste étonnamment classique ou orthodoxe, comme si le capitalisme n’avait pas subi une transformation radicale dans sa substance et pas simplement dans sa forme. Une forme que D. Pilhon commence pourtant à dessiner27. Comme si, également, les conditions de sa survie globale n’étaient pas sérieusement encastrées par la crise écologique. Faute de lier ensemble ces trois éléments avec l’état actuel d’un capitalisme industriel bien plus au bout du rouleau que les trompeuses performances chinoises le laissent accroire28, les solutions proposées par l’ensemble des ouvrages ici recensés, y compris par ceux qui s’inscrivent résolument dans une perspective marxiste critique, ne nous paraissent guère convaincantes. Le résumé des préconisations proposées par les auteurs du dernier rapport du Conseil d’analyse économique français, dans la note de synthèse sur La crise des subprimes, est éclairant. «La maison brûle » comme l’avait dit un Jacques Chirac pour une fois bien inspiré, la crise financière se communique inexorablement à la croissance de l’économie mondiale, et l’on en reste à des mesures d’une timidité ahurissante, c’est-à-dire à des recettes de meilleure transparence ou de reconquête d’un plus grand contrôle par les pouvoirs publics …nationaux ou inter-nationaux. On n’est pas mieux servi du côté radical : comment ne pas rester dubitatif sur l’effort essentiellement de nomenclature, pas inutile au demeurant tant est grande la confusion qui règne sur la question, auquel procède les auteurs de La Finance capitaliste? Ce que l’on aimerait savoir au terme du parcours qui réintroduit les catégories formelles de Marx (capital fictif, capital porteur d’intérêt en particulier), c’est en quoi cela nous permet de prévoir l’évolution de la crise et en particulier de faire le tri entre les bons investissements productifs et ceux qui nous préparent la guerre, la famine et le désastre écologique.



À l’autre extrémité de la chaîne mondiale, c’est-à-dire vers les États-Unis, on ne peut qu’être frappé de ce que des spécialistes de la finance et des normes comptables (en particulier de leur transformation de la loi Sarbannes-Oxley ou des normes de Bâle) travaillent en permanence sur des données comptables macro-économiques pourtant contestables en raison même des transformations de l’économie réelle qui n’existaient pas quand elles ont été établies. Seul Philippe Martin dans le livre dirigé par Cohen et Berrebi évoque, sans s’y attarder malheureusement, l’explication de l’anomalie américaine (un interminable déficit de la balance commerciale et un colossal déficit budgétaire) par la croissance endogène et par la dark matter(la matière manquante), c’est-à-dire une croissance et une avance américaine dans l’économie de l’immatériel. Il n’y aurait pas déficit réel des États-Unis du point de vue productif, car en face des dettes américaines, il faudrait introduire des actifs encore non pris en compte dans la comptabilité ultra-orthodoxe et « chosiste » (on a envie de dire soviétique) du vieux capitalisme. La confiance des préteurs chinois, indiens, russes, japonais et européens dans la signature américaine aurait un fondement bien plus rationnel qu’on ne le dit. C’est sur le leadership américain dans le capitalisme cognitif qu’elle s’appuierait. De même, rêvons un peu, que c’est sur le leadership européen en matière de capitalisme vert et soutenable socialement que la signature de l’euro comme monnaie de réserve mondiale pourrait s’adosser. La formation actuelle d’une bulle verte en Californie autour de l’initiative Clinton et Al Gore montre que la crise financière pourrait trouver une meilleure et plus durable parade que de courir après les inventions fertiles des financiers pour gagner de l’argent rapidement sur une bulle immobilière.



Haro sur la financiarisation !



La crise financière actuelle n’est pas technique. Ce que fait la Réserve fédérale montre à quel point les limites ne tiennent qu’à l’absence de projet productif (d’ailleurs fort peu présent dans le programme actuel de Barak Obama). Elle est politique. La confiance aveugle dans le marché et dans les normes de gouvernance issues du consensus de Washington s’effrite inexorablement, y compris parmi les grands prêtres. La palinodie spectaculaire de Giulio Tremonti dans son dernier ouvrage en témoigne29 : il ne croit plus dans les vertus autorégulatrices du marché. Ce sentiment diffus de pessimisme commence à se faire entendre à gauche, y compris dans les cercles patronaux et financiers sérieux : on s’aperçoit que le néolibéralisme est mort historiquement (comme un canard décapité, il pourra courir encore une dizaine d’années)30. « Fin de la globalisation heureuse », «le capitalisme est en train de s’autodétruire », « le pire est à venir31 », «la grande dépression est là », les titres des ouvrages que nous passons en revue sont très parlants. Pour ne rien dire de la littérature des élites financières de plus en plus inquiètes32. Chacun y va de ses « cris de Cassandre »33 : «le capitalisme va dans le mur» s’il ne réforme pas radicalement.



Nous n’avons rien contre les «cris de Cassandre», mais n’est pas Keynes qui veut. Comme le soulignent Pastré et Sylvestre, le catastrophisme et l’angélisme sont les deux choses à éviter. Pour eux, ce sont là des attitudes irresponsables. Nous dirions plutôt que ce sont surtout des gesticulations sans grand intérêt. Les économistes se sont si souvent couverts de ridicule dans leur prévision que le débat « sommes-nous dans une répétition de la crise de 1929 » paraît très académique. Un économiste, même le plus orthodoxe et le plus conservateur, vous dira que la crise des années 1930 connaissait un problème pour « faire redémarrer le moteur » de la croissance économique dans un monde où les prix, tous les prix, étaient orientés à la baisse et le commerce international en pleine contraction.



Plus décisif encore, quitte à se réclamer de Keynes, mieux vaudrait n’en pas oublier le message essentiel. Les crises monétaires, puis financières, apparaissent toujours quand le lien avec le futur devient problématique.



Or, on ne peut qu’être perplexe à voir des économistes qui se prétendent de gauche (et qui sont considérés comme tels par la grande presse) prôner une « purge » censée nous débarrasser de la spéculation immobilière, ou carrément une nouvelle crise de 1929 pour reconstruire enfin un capitalisme sur une base saine d’économie de production. Enfin la crise, semblent-ils dire. On va pouvoir tordre le coup à la finance, à ses abus immoraux, scandaleux. D’autres, plus dégrisés, se méfient de ces accès de moralisme récurrent qui servent en général à digérer les booms de croissance et surtout à redécouvrir les vertus de l’État et de l’intervention publique selon le saint principe : privatisez les profits, socialisez les pertes. D’autres enfin s’imaginent qu’en euthanasiant les rentiers des bourses mondiales, en donnant la priorité à l’industrie et à l’investissement, nous reviendrons à la bonne « économie réelle de production ». Haro sur la financiarisation ! N’est-ce pas se tromper d’adresse.



Capitalisme ou barbarie ?



« Le taux de capacités nettes financières ou decash flownet (revenus – dépenses de consommation et d’investissement/revenus) a dégringolés à -6,0 %, alors que depuis la fin des années 1940, il avait été toujours positif. Une seule fois auparavant dans toute l’histoire des États-Unis, un tel phénomène avait eut lieu, c’était durant la Grande Dépression des années 1930. Mais si à cette époque, le cash flownet négatif provenait de la baisse brutale des revenus des ménages, aujourd’hui, il résulte de leur volonté de maintenir un niveau trop élevé de leur dépenses face à la progression limitée de leur pouvoir d’achat » (Michel Aglietta et Laurent Berrebi, 2007, p. 307. Phrase à inscrire en lettre d’or dans toute analyse de la crise actuelle).



La vérité toute nue est que la crise actuelle des subprimes est la première crise globale du communisme du capital. Elle témoigne de l’interdépendance inextricable des débiteurs et des créanciers. Elle tient à la fois de la vieille ritournelle du « tu me tiens par la barbichette, je te tiens par la barbichette », un constat dont la mafia a toujours su faire un brillant usage, et d’un autre principe, bien plus sophistiqué et paradoxal, cité par Keynes : «Si la dette est petite, c’est le débiteur qui a un problème avec son créancier, mais si la dette est énorme c’est le créancier qui a un problème avec le débiteur. » Pastré et Sylvestre ne s’y sont pas trompés.



Nous résumerons la chose, même si l’image est d’une grossièreté inouïe, par celle des poupées gigognes qui s’emboîtent les unes dans les autres. La stabilité politique chinoise (cela s’appelle « la société d’harmonie ») comporte l’inclusion des centaines de millions de salariés dans le mécanisme de l’accumulation, inclusion trop grosse pour que l’on freine la locomotive de Pékin et qu’on l’aiguille sur les chemins d’une croissance soutenable pour la planète. Le gaz russe est trop vital pour l’Europe pour que celle-ci n’avale pas la couleuvre-boa des autocrates russes. Le niveau de vie des ménages américains dans leur ensemble (oubliez les 12 % d’exclus de ce paradis, 37 millions de pauvres sur 302 millions d’individus) a été trop haut pour que le gouvernement américain ratifie les accords de Kyôto. Comme l’avait dit avec un tact exquis le futur ex-président Bush, «il est hors de questions que les Américains renoncent à leur 4x4». Le produit de cetterealpolitik se mesure aujourd’hui à la quasi-faillite des trois constructeurs américains qui réclament 70 milliards de dollars de soutien fédéral contre seulement 45 milliards proposés par l’administration. Excusez du peu, mais ils sont trop gros pour être mis en faillite, une faillite qui doit beaucoup aussi à leurs engagements pour les retraites de leurs employés (chez nous c’est la Sécurité sociale qui est gênée aux entournures).



Autre poupée gigogne par laquelle tout est arrivé : les ménages américains emprunteurs pour leur logement sont trop gros pour être mis en faillite et mis à la rue en bloc (ils sont 12 millions de foyers, donc 60 millions). De là s’ensuit depuis un an et demi une assez jolie partie de renvoi de balles. Les banques ont suffisamment dilué les créances auprès des établissements financiers qui eux-mêmes les ont suffisamment vendues aux personnes privées ainsi qu’aux collectivités publiques pour que leur dette soit inexigible. Les banques, les établissements financiers, dont les fonds spéculatifs, disent ainsi aux banques centrales, qu’elle soit anglaise, américaine ou française : nous sommes de trop gros morceaux pour que vous nous fassiez chuter. Les banques centrales des grands pays sont en train de se mettre toutes au diapason de la banque centrale américaine, la Réserve fédérale. Cette dernière dit depuis quinze ans, au reste du monde et particulièrement à la Chine, aux pays exportateurs de pétrole et à leurs fonds souverains : mes deux déficits (de mon commerce extérieur et de mes finances publiques) sont trop gros pour que mettiez en faillite les États-Unis. Si nous coulons, le monde entier coule avec nous. Et c’est totalement vrai.



La politique de Ben Bernanke, successeur d’Alan Greenspan, l’homme qui savait parler à l’oreille des marchés (des animaux qui ont une grande ressemblance avec les chevaux de course) et grand spécialiste de la crise de 1929, a donc été de tout faire pour éviter la crise de liquidité, puis la faillite des dix premières banques américaines. À moins de souhaiter un holocauste nucléaire à brève échéance entre le Pakistan, l’Inde et l’Iran, avec la Chine en deuxième ligne (avec une petit bifurcation vers la Russie dont la décolonisation demeure chaotique et quelques ramifications presque automatiques au Proche-Orient, et donc en Europe), il n’y a guère à redire.



Il n’y a aucune raison intrinsèque pour qu’un tel mécanisme, qui vise à éviter la panne de liquidité monétaire, la destruction totale du crédit ainsi que les faillites du système financier, ne puisse pas absorber en douceur la crise et dévaluer brutalement les actifs financiers. Leur inflation n’a-t-elle pas été « exubérante » comme disait Monsieur Greenspan ? Pas d’impossibilité à ce que, finalement, dans les faits, s’opère une réforme du FMI. Elle consisterait, en revenant à la solution préconisée par Keynes sans succès, en 1944, à Bretton Woods, à mettre en place une émission colossale de monnaie internationale gagée sur la croissance industrielle des pays du Sud, sur les gigantesques grands travaux écologiques mondiaux et sur un saut définitif dans un capitalisme cognitif (c’est-à-dire un investissement sérieux de 10 % du PIB dans la recherche et l’enseignement). Quelle est donc la vraie raison pour laquelle Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale américaine, est tellement préoccupé, au point de qualifier, le 20 août dernier, la situation comme l’une des plus complexes ayant jamais existé ? Pourquoi ce qui a fonctionné durant les vingt dernières années ne pourrait pas être reconduit ?



Dans une tribune du Monde du 28 août, quelques économistes (Christian de Boissieu, Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré, principaux contributeurs du livre du Cercle des économistes, La Guerre des capitalismes aura lieu)rappelaient que la crise n’est toujours pas réglée et qu’il demeure dans les livres de compte des banques et établissements financiers encore une bonne moitié de créances douteuses (entendons par là qui ne seront jamais honorées). La purge n’en finit pas, parce que l’impossibilité de purger financièrement le système américain (qui a pourtant réagi très vite à quelques retentissants scandales comme Enron en modifiant le régime des stocks-options et les principes de la comptabilité des entreprises) correspond en fait à une impossibilité de purger politiquement la démocratie d’opulence américaine.



Les États-Unis, après avoir dicté au monde entier les critères du consensus néolibéral de Washington, sont en train de s’européaniser. Milton Friedman est mort, cette fois-ci pour de bon. Pendant que l’Europe, empêtrée dans un confédéralisme impuissant et sans avenir, rechigne à accepter un vrai déficit budgétaire européen (pourtant inévitable si l’on veut éviter une récession très sévère) et à faire jouer à l’euro un rôle plus dynamique de monnaie internationale de réserve, ce qui lui permettrait d’emprunter et de financer la sortie d’un sous-développement quasi tiers-mondiste de ses universités, de la recherche et de ses nouvelles technologies.



Mais de quoi se plaint-on, direz-vous ? Nous sortons de l’ère fanatique des Chicago Boys (il n’est qu’à voir la situation en Amérique latine qui revient presque partout, sous différentes variantes, aux recettes de l’économie mixte). Le capitalisme va se moraliser un peu plus. Il y a pourtant un hic dans ce scénario hollywoodien du Paradis au royaume de la mondialisation capitaliste, le retour. Il y manque cruellement un ingrédient sans lequel les techniques financières et monétaires, pour intelligentes qu’elles soient, échouent piteusement : la confiance. Le dollar est encore la monnaie de réserve et les États-Unis sont encore en mesure d’exporter leur lutte de classe interne (hier la poussée de la classe ouvrière, aujourd’hui les avantages en nature immobilière concédés à leur classe moyenne et à la creative class) en transformant leur déficit budgétaire et leur endettement en dollars et en bons du Trésor fédéral. Mais, ce sont sans doute les derniers feux de la puissance unipolaire née sous la présidence du premier Bush après la chute du socialisme réel. Les pays européens et le Japon qui n’en finissent pas de payer durement la contrainte extérieure, eux, mettent de plus en plus en doute la capacité des États-Unis à faire face à leurs salariés, à imposer l’austérité et davantage de chômage, ainsi que moins de pouvoir d’achat. Le désaccord entre Jean-Claude Trichet, le gouverneur de la Banque d’Angleterre et celui du Japon avec Ben Bernanke (les premiers maintenant la priorité à la lutte contre l’inflation et les augmentations de salaire, ainsi qu’à la stabilité des taux de change, le second prêt à les jeter par-dessus bord pourvu que le dirigeable mondial de la croissance ne retombe pas au sol) reflète ce désaccord stratégique. Mais, ce ballet est désormais à trois partenaires. Il existe en effet un troisième larron dans l’affaire : les pays du Sud qui sont en train de devenir nouveaux riches (la Chine, l’Inde, les pays arabes producteurs de pétrole). Leur force de frappe, ce sont leurs fonds souverains qui veulent la croissance à tout prix, à l’instar des États-Unis (et à la différence des autres pays développés), mais qui sont inquiets d’un virage protectionniste américain (amorcé par le Congrès qui a interdit la vente de ports à des investisseurs non nationaux) ainsi que d’une dévalorisation excessive du dollar. Certes, ils tiennent l’Oncle Sam par la barbichette comme nous l’expliquions plus haut. S’ils refusent de souscrire aux emprunts internationaux du Trésor américain − il n’y a plus d’Allemagne de l’Ouest ou de Japon pour le faire¬ −, ils sont en mesure de provoquer une crise majeure du dollar et, par contrecoup, du système financier mondial. Mais, dès lors, ils risquent à leur tour une dévalorisation radicale de leurs avoirs et, pire encore, d’être précipités dans une stagnation accompagnée de fortes poussées inflationnistes. On conçoit leur mauvaise humeur croissante. Tant que la Chine n’aura pas relayé une croissance tirée par les exportations par une demande intérieure tirée par des salaires décents et un niveau élevé de protection sociale, elle demeurera arrimée à la nef américaine pour le meilleur et pour le pire. Là aussi l’obstacle est politique.



Comme l’analysaient lucidement, au moins sur ce point, Boissieu, Lorenzi et Pastré, la crise
financière, maîtrisée jusqu’à présent, dessine un paysage profondément modifié des droits de propriété à l’échelle mondiale. L’endettement américain vis-à-vis du reste du monde34 − 110 % du PIB contre 47 % en sens inverse − traduit désormais l’entrée des fonds souverains chinois et indien dans le saint des saints de la finance de New York. Quand la France a découvert qu’Arcelor et toute sa technologie allaient tomber entre les mains de Mittal, le dépit a été grand. On imagine la tête de l’aristocratie financière new-yorkaise, découvrant l’entrée des financiers saoudiens, koweïtiens ou chinois dans les conseils d’administration de la finance.



Ce sont là toutefois des péripéties dignes du Second Empire, de la France de Napoléon III avec ses kraks financiers et sa spéculation immobilière effrénée. L’important est l’impasse devant laquelle se trouve la mondialisation financière (bien plus que les seuls États-Unis). Contrairement à ce que racontent les biens pensants de l’orthodoxie financière qui crient haro sur la finance à l’unisson avec les Cassandre de l’écroulement final du capitalisme, ce n’est pas la consommation des ménages américains et leur endettement immobilier qui sont à liquider, c’est l’absence de compromis politique avec les nouvelles classes productives. Keynes avait plaidé la liquidation de l’or, ce résidu bourbonien. C’est d’un autre résidu bourbonien dont qu’il faut se débarrasser aujourd’hui. La financiarisation avait permis au capitalisme de contourner la rigidité ouvrière fordiste. Cela n’a pu se faire qu’en entretenant de façon tangible le rêve de la propriété pour un grand nombre et des revenus des placements financiers. Il y avait beaucoup de gens appelés au royaume de la rente et un nombre suffisant d’élus pour contenir un quart de la population pauvre. À moins d’un nouveau New Deal garantissant les antiques droits sociaux de l’État-providence, y compris en Chine, mais aussi de nouveaux droits pour les nouveaux précaires cognitifs de la creative class, en pleine voie de prolétarisation, on ne voit pas comment un programme d’euthanasie de la rente éviterait l’explosion politique.



Patrick Artus et Marie-Paule Virard, après leur proposition, on ne peut plus modeste et orthodoxe, d’un rééquilibrage de l’épargne pour combattre l’excès de liquidité du système financier qui, selon eux, a conduit au « tsunami » de la liquidité des subprimes− nous avons vu les limites de ce raisonnement − concluaient : «Or ce sur ce terrain, il est difficile d’être optimiste […]. Car dans tous les cas, on touche à la question des modèles de société. Et ce n’est pas du jour au lendemain que les Américains cesseront de vouloir dépenser de l’argent qu’ils ne gagnent pas, que Pékin acceptera de mettre en place des systèmes de protection sociale ou que Moscou décidera d’investir dans l’éducation, la santé ou les infrastructures. Encore une fois, on est loin des problèmes monétaires : on touche à des problèmes politiques et sociaux fondamentaux. De quoi être pessimiste, car le coût du passage à un modèle plus stable est très (trop ?) élevé» (p. 91). La lucidité livresque de Patrick Artus ne l’empêchait pas comme praticien de recommander d’éviter de réévaluer les salaires et de déconseiller en France la voie de la relance budgétaire. Toutes choses pratiquées par l’Espagne, le Royaume-Uni et les États-Unis. La France réagit très tard et de façon malthusienne. Comme d’habitude.



Heureusement, l’histoire comme la finance va parfois plus vite que les économistes. C’est du moins ce qu’il reste à souhaiter pour « l’avenir de nos petits-enfants ».




Références



F. William Engdahl, Global Research, « La crise des subprimes n’est que la première vague annonciatrice d’un grand tsunami financier », http://www.alterinfo.net/La-crise-des-subprimes-n-est-que-la-premiere-vague-annonciatrice-d-un-grand-tsunami-financier_a14231.html



Marier-Suzie Pungier, La Conjoncture économique et sociale en 2008, Avis et Rapport du Conseil Économique et Social, Les Éditions des Journaux Officiels, 2008, 4 juin 2008, p. II-11-28.



Jacques Attali, « Pour l’économie, la crise est un tsunami qui approche », inLe Monde, 9 août 2008.



Pierre Dockès, L’Enfer, ce n’est pas les autres, bref essai sur la mondialisation, Descartes et Cie, Paris, 2007.












Yann Moulier Boutang
Yann Moulier Boutang est professeur d'économie. Directeur de la rédaction de la revue Multitudes, il notamment publié De l'esclavage au salariat : Économie historique du salariat bridé (PUF, 1998) et Le Capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation (Éditions Amsterdam, 2008).
Pour citer cet article : Yann Moulier Boutang, « Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 09/11/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=267
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Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro