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L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

A propos de Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science

par Thierry Labica

à propos de

Roland Lardinois

L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science

La croissance de l’Inde et de la Chine, la « nécessité » d’exporter d’un même mouvement les droits de l’homme et le marché, la menace terroriste islamiste : autant d’éléments qui concourent à entretenir et réactualiser un certain imaginaire orientaliste. L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science, de Roland Lardinois, nous permet de comprendre comment cette image d’une société holiste et hiérarchique dépendant d’un principe transcendant a institué l’Inde en une sorte d’Eden perdu pour tous les nostalgiques de l’Ancien Régime, façonnant sur mesure un objet d’intense investissement libidinal réactionnaire.



Le livre de Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science, propose une sociologie historique d’un champ disciplinaire, les études indiennes, de son autonomisation et des non-dits dont dépend sa reproduction. Ce livre est le résultat extrêmement dense et érudit d’une recherche historique et théorique de long terme. Avant d’y revenir un peu plus en détail, il paraît valoir la peine de commencer par évoquer le moment de ce livre ; ce qui implicitement fait son importance particulière pour – mais également bien au-delà du champ de spécialité qui est le sien. Tant par son contenu que par sa méthode, L’Invention de l’Inde, rencontre l’« humeur idéologique » (pour reprendre une expression de Roland Lardinois) qui nous entoure avec une force critique particulière, quand bien même celle-ci se présenterait sous les traits vénérables d’un rigoureux labeur scientifique. Cette « humeur » a ses ingrédients médiatiques, théoriques, ou institutionnels-académiques devant lesquels – c’est du moins ce que l’on voudrait suggérer ici – le travail de Roland Lardinois prend beaucoup de son sens et de sa pertinence critique. Les premiers de ces ingrédients, médiatiques, et par conséquent sans doute les plus familiers, correspondent à la réactivation, depuis quelques années maintenant, d’un puissant imaginaire de l’Orient, étiré entre la nouveauté de la place de la Chine et de l’Inde dans l’économie planétaire et tout un répertoire de représentations héritées d’une situation plus ancienne liée à l’expérience coloniale. D’où le train interminable des « voyages en Orient de nouvelle génération », des articles, des éditions spéciales, voire des nouveaux magazines spécialisés, sans parler des engouements fébriles pour l’une des cinquante-six nationalités chinoises ou pour la Birmanie. On sait, par ailleurs, que « la croissance indienne-chinoise » n’est que le volet économique d’un imaginaire de la mondialisation qui comprend aussi son volet politique avec toute la grammaire de la « menace terroriste ». Ce diptyque-là (croissance asiatique, terrorisme islamiste) est, à l’évidence, orientalisant dans sa totalité. Chacun peut y contempler à l’envi la contre-exemplarité fascinante des foules, des sauvageries, des superstitions et des despotismes lointains, adhérer aux projets de police militaire planétaire au nom de la nouvelle mission civilisatrice des « démocraties de marché » alors rendue impérative, et enfin, le plus crucial, reconnaître l’urgente nécessité, face à l’ennemi, d’ajustements compétitifs-sécuritaires se traduisant par des reculs sociaux sans fin. Aussi, au moment où la Chine-Inde revient meubler l’imaginaire spontané de la mondialisation, autant indiquer sans attendre que le livre de Roland Lardinois, même si ce n’est pas l’objectif qu’il vise directement, ne peut qu’être d’un grand secours pour comprendre l’historicité des représentations qui informent les grandes fascinations médiatiques du jour et les poisons identitaires qu’elles ont vocations à distiller en retour.



Les seconds ingrédients (théoriques, intellectuels) sont à chercher du côté de l’actualité éditoriale. Depuis quatre ans environ, apparaît en France un ensemble de questions relevant d’un champ constitué de longue date chez les Anglo-Saxons, à savoir, celui des études postcoloniales. Le « poco », hors de nos frontières, a déjà ses auteurs, ses concepts, ses ouvrages de référence et ses cursus universitaires. Cette émergence/importation est à mettre sur le compte, pour une part au moins, d’un récent retour du colonial dans le cadre national et ce, sous divers registres, souvent à travers le prisme de la question de l’immigration recodée comme enjeu culturel. On pense, par exemple, et pêle-mêle, à la reconnaissance tardive de la généralisation de la torture pendant les « évènements » d’Algérie (enfin devenus la « guerre »), la révolte des quartiers pauvres de 2005, le « voile », la pétition des Indigènes de la République, la « découverte » de la discrimination massive à l’embauche, mais aussi la parole raciste « libérée » qui s’exprime dans l’émoi d’un idéologue ayant pignon sur rue quant au fait que l’équipe de foot national serait « black, black, black», dans des livres de Stephen Smith (Négrologie, 2004) et Oriana Fallaci (La Rage et l’Orgueil, 2002), ou les oeuvres littéraires d’un animateur de télévision récemment disparu (etc.). On pense encore aux discours présidentiels de Dakar et Tunis, aux projets de législations sur les bienfaits du colonialisme et à la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale. Mais on voit alors bien vite que si, en effet, une actualité relative aux questions post/néocoloniales favorise une réception des problématiques théoriques postcoloniales déjà élaborées dans le monde anglophone, cette réception nécessite une prise en compte des conditions historiques propre à la France et par conséquent une reformulation et une acclimatation de ces problématiques. Afin de se faire une idée du problème, on doit pouvoir se contenter d’observer que l’inertie historique des questions de la citoyenneté, du ou des républicanismes, de la laïcité ou de la nation dans le contexte français sont très éloignées de ce qui peut constituer les trames politiques et idéologiques de l’expérience coloniale britannique, par exemple. Pour le dire de manière un peu abrupte (et malgré les parallèles historiques évidents entre ces grandes nations de l’impérialisme classique de la fin du XIXe siècle), la France n’a jamais eu son « Inde ». Ne pas partir de ce type de constat, c’est présupposer des dichotomies trop larges entre l’Occident colonial et le Reste, qui brouillent les spécificités des formations nationales dans lesquelles s’articulent les projets coloniaux (leurs stratégies, leurs justifications, leurs imaginaires et leurs productions de savoirs propres), et c’est en outre reconduire silencieusement la malfaisance d’un imaginaire des « civilisations » prospérant entre réconciliations extorquées et propagande de guerre. C’est aussi compliquer grandement le travail par ailleurs nécessaire de réception d’un champ (anglophone) d’élaboration et de développement historique propre, souvent lié à la situation postcoloniale de l’Inde, et souvent le fruit d’intellectuels d’origine indienne oeuvrant dans le monde universitaire états-unien, eux-mêmes et elles-mêmes souvent tributaires d’une pensée philosophique, historique et théorique française pour une part non négligeable. D’où la question de savoir à partir de quels présupposés spécifiques, de quels répertoires s’articulent les questions postcoloniales en France et comment ces questions peuvent se nourrir des études postcoloniales anglophones comprises dans leurs conditions propres. D’où les questions corollaires : comment l’Inde (en l’occurrence, hindoue), capitale de l’imaginaire orientaliste a-t-elle été pensée, représentée, mobilisée en France ? par qui ? dans quelles conditions et à quelles fins ? Voilà qui nous porte au coeur du travail proposé dans L’Invention.



Restent les ingrédients institutionnels-académiques. On a déjà indiqué que L’Invention de l’Inde est le résultat d’une recherche de très longue haleine, initialement engagée dans d’autres directions avant d’être soumise aux revirements et aux aléas des découvertes, ainsi qu’aux confrontations quasi fortuites avec les non-dits du champ disciplinaire concerné (voir p. 357-358). Autrement dit, L’Invention illustre parfaitement le principe selon lequel la preuve que l’on a cherché, c’est que l’on s’est perdu. Or, compte tenu du sort réservé à la recherche en général en France aujourd’hui (et au CNRS et aux sciences humaines en particulier), ce livre, issu d’un cheminement de plus de vingt ans, constitue à l’heure actuelle, par sa nature et son existence mêmes, un acte de désobéissance civile exemplaire, un refus tangible de voir les chercheurs et la recherche convertis en « experts » et « rapports d’experts », et une puissante affirmation de la spécificité du temps de la recherche.



« Entre ésotérisme et science », ou le retour du refoulé dans l’autonomisation



L’analyse de Roland Lardinois se joue sur les trois niveaux distincts que représentent une durée historique et ses périodes (de la fin du XVIIIe siècle à nos jours), un champ de pratiques discursives, et une figure emblématique, Louis Dumont. À chacun de ces niveaux correspond une grande section du livre même si, bien entendu, la question du champ disciplinaire est omniprésente dans la première partie historique qui en fait apparaître les processus de formation, de séparation et d’autonomisation, avec ses cadres institutionnels d’enseignement, ses réseaux de diffusion et ses protocoles scientifiques ritualisés. Les étapes de cette histoire sont en outre scandées par ces autorités qui viennent à incarner et articuler la parole reconnue. En portant sur une période plus restreinte (l’entre-deux-guerres), la deuxième section s’attache à reconstituer la cartographie sociologique du champ de déploiement des discours et pratiques de l’indologie, et la manière dont s’y démarquent et s’y recroisent les pratiques savantes de la science et les réponses aux demandes mondaines de prophétisme proto-politique (bord sur lequel émerge notamment la figure de René Guénon). Reste la centralité de Louis Dumont avec lequel L’Invention de l’Inde commence et s’achève (après un dernier chapitre consacré au monde anglophone, avec l’apparition aux États-Unis des area studies dans le contexte de la Guerre froide, et des études indiennes dans le champ des études postcoloniales). Toute l’analyse converge vers cet auteur dont on comprend qu’il est l’incarnation la plus aboutie du processus historique d’autonomisation disciplinaire décrit par Lardinois (processus qui, à ce stade, se déploie et s’institutionnalise bien au-delà du seul cadre national), mais qu’en même temps, il est le lieu d’un retour du refoulé où la pratique savante se laisse rattraper par son « inconscient disciplinaire » pré-, voire, anti-scientifique. Car le livre de Roland Lardinois n’est pas tant, pourrait-on dire, l’histoire d’une autonomisation disciplinaire que l’histoire de la contradiction qui persiste au sein de ce processus (« entre ésotérisme et science » précise le sous-titre) et dont René Guénon et Louis Dumont sont les deux versants, inséparables et paradigmatiques au moment où la division du travail dans le champ de ce savoir semble pleinement aboutie.



L’indologie comme site privilégié de la nostalgie catholique d’Ancien Régime



Cette histoire (au risque d’une simplification qui est entièrement la mienne) s’agence entre un pôle savant privilégiant le primat scientifique d’un objectivisme descriptif et un autre pôle qui s’attache à faire valoir l’immanence d’un ordre explicatif d’emblée fondé sur la vision indigène (brahmanique) du monde. Dans cette seconde perspective hindouiste, c’est la « civilisation » indienne tout entière qui en vient à être confondue avec l’ordre religieux brahmanique alors compris comme facteur d’unification dont le sens et le principe de cohérence est situé hors du monde social. À l’évidence, un tel mode de connaissance était l’occasion d’une identification et d’une contemplation de l’habitus lettré et de l’habitus de classe dans le miroir brahmanique de l’ordre social des castes. En outre, pour la réaction catholique nostalgique de l’Ancien Régime, les spéculations textualistes sur le langage et la parole comme expression de l’absolu offrait une possibilité appréciable de retrouvailles avec les langues du sacré, qui autrefois garantissaient la permanence des hiérarchies, l’accès à la vérité et interdisaient l’interchangeabilité désacralisante des documents rendue possible avec le capitalisme de l’imprimé.



Cette dernière observation renvoie plus généralement à un autre élément central de cette histoire ; l’indologie comme site privilégié de la nostalgie catholique d’Ancien Régime. Sans se voir attribuer de chapitre particulier, la question recoupe les périodes et les trois principaux niveaux de l’analyse. Pour l’auteur, de manière récurrente et souvent explicite, « il s’agit de comprendre comment le facteur confessionnel catholique a pu contribuer, dans un état historique du champ de production des discours sur l’Inde, à une dénégation du monde social hindou des castes et des rapports de domination qui le constituent, au profit d’une valorisation quasi spiritualiste des religions de salut orientées vers la fusion dans le tout unitaire » (p. 144-145). Ainsi, c’est autour de « l’Inde » que l’on voit s’enrouler toute une filiation de l’anti-modernité contre-révolutionnaire, une tradition d’anti-Lumières qui à la fois va contribuer à l’élaboration des discours réactionnaires, voire, d’extrême droite sur l’ensemble de la durée historique étudiée, mais aussi à inscrire au coeur de l’entreprise scientifique un principe d’anhistoricité primordiale qui pourra alors se préserver comme tel dans le glissement du religieux au biologique (l’« anthroposociologie », p. 237), entre la fin du XIXe siècle et l’entre-deux-guerres, le second prenant le relai du premier dans le travail de justification objective de l’inégalité sociale. De ce point de vue, « l’Inde » devient l’incarnation type du rabattement du temps historique sur l’espace géographique et, à ce titre, ne fait que prolonger l’imaginaire comparatiste nourri aux récits des grands voyages de découverte de la deuxième moitié du XVIIIe siècle qui tendaient à l’Europe « civilisée » le miroir de son passé « sauvage », « primitif » ou « barbare », passé lointain dans un temps alors spatialisé. Aussi, l’Inde comme trace d’un moment primordial fossilisé put-elle être mobilisée à la fois comme justification du fait colonial (au nom du progrès et de la nécessaire réinsertion de l’Orient dans le cours téléologique de l’histoire) et comme hébergement métaphorique de l’ordre d’Ancien Régime perdu, de ses légitimations extra-mondaines et de son organicité sacrée.



On devine que cette filiation de l’hindouisme catholique s’inscrit, au-delà de la Révolution française, dans le cadre plus large d’une critique
romantique de la modernité comme inorganicité, dont Michael Löwy et Robert Sayre ont établi le répertoire de motifs (entre désenchantement, quantification et mécanisation du monde, abstraction rationaliste et dissolution des liens sociaux). Dès lors que s’y articulent à la fois nostalgies d’Ancien Régime (catholiques, aristocratiques, mais aussi, souvent de manière politiquement plus ambivalente, anti-urbaine agraire) et anticipations révolutionnaires, cette critique devient à même de se dédoubler. Face à l’inorganicité radicale du capital, de la valeur d’échange et du travail abstrait, les unes et les autres formulent des projets d’organicités restituées (communautaires-aristocratiques) ou inédites (universalistes- démocratiques), et sans doute trouve-t-on chez un William Morris (bien plus que chez un Carlyle ou Ruskin, pour rester chez les Anglais) l’une des expressions les plus poussées et créatives d’une telle tension entre restitution, en l’occurrence médiévaliste, et anticipation révolutionnaire-démocratique utopique. Dans ce cadre (c’est du moins l’une des questions implicitement soulevées par ce livre), «l’Inde» n’est-elle pas une métaphore possible d’une organicité par ailleurs également contemplée dans le vocabulaire du médiévalisme, ou du rapport (anti-urbain) à la nature, par exemple ? Question dont le corollaire consiste à se demander dans quelle mesure Roland Lardinois, avec ce livre, n’a pas aussi écrit une histoire de l’Inde comme métaphore qui alors déborde sur le versant utopique la question par ailleurs restrictive de la production de connaissance sur l’Inde comme instrumentalité au service du projet colonial dans son ensemble.



Dans tous les cas, c’est toute une filiation critique de la modernité qui passe par le champ des études indiennes et contribue en partie à sa constitution. Au-delà de son inspiration catholique (mais aussi le plus souvent à partir d’elle), cette critique draine avec elle une hostilité lancinante à l’encontre de la démocratie, de l’égalité, entre autres, et trouve son moment de cristallisation le plus marquant dans l’illuminisme réactionnaire de René Guénon. On tient là le nom de ce refoulé de la sociologie dumontienne dont la conclusion du livre organise l’encombrant retour, au coeur même de l’argument scientifique, par le détour de la critique de la modernité que proposa Louis Dumont lui-même. Dans une analyse disséminée sur plusieurs parties (fin du chapitre VIII, chapitre IX, conclusion et postface), Roland Lardinois retrace de manière passionnante quelque chose comme ce que l’on serait tenté d’appeler le projet dialectique mort-né de Louis Dumont, entre « savoirs indigènes » et « connaissance savante qu’il faut construire pour prendre compte du point de vue indigène » (p. 280), projet qui finit par confier l’ensemble du travail de compréhension de l’organisation sociale indienne aux catégories du paradigme hindouiste lui-même. Formulé contre les réductionnismes matérialistes, sociologiques, le tournant de type ethnométhodologique, en s’en remettant à l’ordre de l’extra-mondain hindouiste, ouvre la voie à une essentialisation, brahmanique cette fois, de l’inégalité sociale et des rapports de domination. Mais ce décrochage spiritualiste ressemble aussi singulièrement à l’ombre portée du coup de force pré-critique par lequel le savant s’est lui-même affranchi de tout ancrage dans le monde de domination sociale dont il est aussi l’agent et la caution scientifique. Aussi voit-on la « totalité sociale » se muer en « Tout universel », le « principe de hiérarchie » devenir la norme anhistorique universelle « normale », reléguant « l’idéal égalitaire », jugé « artificiel », au rang de « négation volontaire dans un domaine restreint d’un phénomène universel » (citations de Dumont, p. 297). Aussi voit-on encore comment la référence inavouable au prophétisme anti-rationaliste de Guénon se présente sous le nom de code plus respectable d’« Alexis de Tocqueville » (p. 307-308). Le savant consacre ainsi l’abolition de sa propre science dont le prophète lui prédisait déjà la disparition nécessaire.



À ce stade, il paraît assez clair que la sociologie historique d’inspiration bourdieusienne pratiquée par Roland Lardinois n’est rien moins que le relevé de ce parasitage prophétisant dans lequel l’élan scientifique dumontien se défait, se déconstruit. Mais on comprend également que c’est, peut-être, tout le sol sociologique qui pourrait se dérober sous les pieds de cet autre sociologue et historien, spécialiste des études indiennes qu’est Roland Lardinois lui-même. C’est bien ce qu’implique le renversement opéré dans le titre de la conclusion (« la sociologie à l’épreuve de l’Inde ») et qui nous suggère sans grand détour que la sociologie de l’Inde ne peut sortir indemne de cette longue et minutieuse exposition déconstructive aux marginalisations fondatrices de la discipline (voir « L’inconscient disciplinaire », p. 343).



On voudrait terminer cette lecture par deux ensembles de questions, portant sur l’amont et l’aval de la durée historique couverte par l’Invention de l’Inde. En aval, on se demande jusqu’où l’auteur souhaite établir l’homologie qu’il note entre les positions radicales formulées par la théorie postcoloniale d’une part et, d’autre part, celles du traditionalisme antimoderne. Si « il est alors difficile de [les] distinguer » (p. 341), que penser de cette difficulté ? S’agit-il tout à fait des noces de la science indigène des uns et de l’auto-exotisation théorisante des autres, réunis dans une conspiration contre la Raison tout court ? Et dans ce cas, peut-on envisager la possibilité que des positions autrefois anti-impérialistes dans le champ des études postcoloniales soient aujourd’hui devenues les cautions académiques de l’inégalité propre au régime néolibéral, légitimée et paradoxalement re-essentialisée au nom de la « différence » ? Ou bien, de manière politiquement moins déterminée, faut-il voir dans l’un et l’autre cas des expressions différentes de résistance à l’inorganique qu’engendre l’indifférence écrasante du capital? Auquel cas, même si c’est « difficile », comment et où situer ces distinctions ? Sans doute la réponse à une telle question nécessiterait-elle un autre livre.



Alexandre et le jardin d’Eden



Le deuxième questionnement fait suite aux remarques sur la place et l’importance de la référence à l’anti-modernité catholique dans ce livre. L’auteur observe que de manière générale, la vision mythologique, contre-révolutionnaire de l’histoire « attribue à l’Orient en général, et à l’Inde en particulier, les caractères d’une société stable, voire immobile, que tout oppose à la mobilité des peuples d’Occident » (p. 85). Mais si « l’Orient en général » et « l’Inde en particulier » ont valeur de métaphores de l’organicité perdue, d’où vient la puissance d’attraction qui est la leur ? Serait-il possible de rapporter cette Inde – capitale de l’Orient imaginé – comme lieu d’investissement des affects à une histoire beaucoup plus ancienne, dans laquelle c’est en Orient-Inde que nombre de spéculations théologiques et récits merveilleux situent l’emplacement du modèle utopique par excellence, à savoir, le jardin d’Eden ? Autrement dit, dans quelle mesure n’a-t-on pas affaire, à l’époque moderne, avec cette Inde sécularisée et en même temps, toujours déjà re-spiritualisée, à la réitération de ce topos, consacré au XIIe siècle par le Roman d’Alexandre, et dans lequel Alexandre trouve le paradis terrestre sur les bords du Gange, dans cet « Orient, qui, nous dit Ernst Bloch, est l’utopie propre au Moyen Âge  » ? Topos consacré par le Roman d’Alexandre, ou encore, toujours au XIIe siècle, par la légende du Prêtre Jean dont la « magnificence domine sur les trois Indes et [le] territoire s’étend de l’Inde ultérieure où repose le corps de saint Thomas jusqu’au désert de Babylone proche de la tour de Babel» ? « On ne saurait surestimer l’influence de ce roman, insiste Ernst Bloch, Alexandre, les Indes, le paradis, ces trois concepts géants s’étayaient mutuellement » ; « le Moyen Âge chrétien éclaircit le mystère du paradis terrestre grâce à l’Inde, à travers toutes les mers de varech . » L’Inde édénique médiévale pose donc l’archétype utopique même, archétype utopique qui, par cette « extraordinaire faculté d’extension » que lui confère le Moyen Âge, vient alors constituer le matériau paysager fondamental des affects de l’attente et du souhait, bien au-delà de la période médiévale elle-même. En cela, il y a quelques raisons de soupçonner que, dans ces ardeurs nostalgiques réactionnaires et organicistes de l’époque moderne, persiste (outre la violence du ressentiment de classe, bien sûr) quelque chose de cette énergie critique provenant du ferment utopique, tournée « vers l’avant », quand bien même elle parlerait la langue du restitutionnisme le plus sénile. Bref, la renaissance orientale moderne, surtout dans ses versions les plus nostalgiques, ne se caractérise-t-elle pas aussi par une réfraction du puissant rêve édénique médiéval ? Ne parle-t-elle pas aussi la langue héritée de ce paradigme utopique indianisé ? Ce qui voudrait dire que le livre de Roland Lardinois appelle peut-être à son tour une histoire de la formation de « L’Inde » comme pôle magnétique de l’imaginaire utopique (et dont on ne pourrait d’ailleurs séparer la dimension érotique tant il est vrai que dans l’attrait pour l’Orient circulent bien des accents d’utopies sexuelles latentes. Mais c’est là, encore une fois, une autre histoire).


Thierry Labica
Thierry Labica est maître de conférences en études anglo-américaines à l'université Paris 10-Nanterre où il dirige un cours sur le syndicalisme et les relations au travail en Grande-Bretagne. Il collabore régulièrement à la revue ContreTemps (« À quels saints se vouer ? Espaces publics et religions » ; « Postcolonialisme et immigration », « Mozart écologiste » et « Un inédit de Michel Henry »). Il a écrit dans les numéros 1, 5 et 6 de la RiLi : « Le grand récit de la postmodernité », « La culture n'est pas une marchandise : c'est un gouvernement » et « L'Inde, ou l'utopie réactionnaire ».
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Le grand récit de la postmodernité
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Fredric Jameson, Le postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
La culture n'est pas une marchandise : c'est un gouvernement
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Pour citer cet article : Thierry Labica, « L’Inde, ou l’utopie réactionnaire », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 16/07/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=246
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Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro