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Sémites, ou la fiction de l’Autre

A propos de Gil Anidjar, Semites: Race, Religion, Literature

par Warren Montag

à propos de

Gil Anidjar

Semites : Race, Religion, Literature

Selon un très vieux préjugé, Juifs et Arabes, juifs et musulmans, s’ils sont «ennemis», sont avant tout des «frères» partageant un rapport commun au monde, à la religion et aux texte sacrés. Cette unité se manifeste dans la fiction du «Sémite». Se fondant sur une lecture deSemites: Race, Religion, Literaturede Gil Anidjar, Warren Montag soutient que, si cette unité fictionnelle est avant tout le fruit de l’opération par laquelle le christianisme - dont la laïcité ne serait que l’un des derniers avatars - s’est construit un Autre, elle est peut-être également susceptible d’une récupération politique, problématique mais féconde, par ceux qu’elle est censée désigner.

Dans une réflexion récente sur l’état du monde aujourd’hui, publiée sous un titre à l’humilité désarmante : « Notes sur la conjoncture » , Perry Anderson affirme que l’on ne peut rendre compte de la complexité du monde qu’à partir du « calcul rationnel de l’intérêt national». Les espoirs révolutionnaires du siècle passé se sont envolés, et avec eux la notion de surdétermination de toute conjoncture historique que ce projet, dans son existence pratique, exigeait. L’analyse d’Anderson est une illustration élégante des principes de ce que l’on appelle communément la théorie du choix rationnel, laquelle postule qu’à de rares exceptions près, les acteurs sont les seuls États souverains. Ainsi, tous les épiphénomènes de l’époque pourraient être déduits du jeu d’intérêts nationaux autonomes ; la violence, en particulier, et sa plus formidable manifestation, à savoir la guerre, se réduiraient à un calcul rationnel. La violence, aussi regrettable soit-elle, serait donc parfaitement intelligible, comme un moyen mis au service de l’intérêt national, sans excès ni reste qui mettrait en cause la rationalité de cette conjoncture historique – ou de toute autre. Cette vision, qui est à la fois rassurante, en ce qu’elle rend le monde intelligible et prévisible, et déprimante, du fait qu’elle interdit toute perspective de changement révolutionnaire, est toutefois assortie de deux exceptions significatives.



La première est la guerre en Irak. Si d’aucuns ont pu affirmer que la guerre était motivée par la volonté de contrôler des réserves pétrolifères et d’étendre la domination politique et militaire des États-Unis, Anderson y voit une action spectaculairement autodestructrice de l’État américain. Comment explique-t-il l’«irrationalité circonstancielle » (p. 15) de la plus puissante nation du monde, une nation dont la puissance semble lui conférer la capacité de défendre ses intérêts sans être arrêtée par aucun autre facteur ? La réponse d’Anderson est si simple que seule la «pusillanimité générale de la gauche américaine» (p. 15, note) face à un « tabou » qu’il n’identifie jamais explicitement a pu empêcher qu’elle fût ouvertement et franchement reconnue. Les États-Unis se sont en quelque sorte laissés (notez bien le verbe employé) « habiter par un intérêt alternatif et supplémentaire » (p. 15), celui de l’État d’Israël. Mais comment une petite nation a-t-elle réussi à prendre le contrôle d’un pays dont elle dépend totalement pour sa «fourniture illimitée en armes et en fonds » (p. 15) ? Pour une raison évidente : les États-Unis sont sous l’« emprise » (le mot est répété deux fois dans ce contexte, p. 15 et 17) du lobby israélien, un lobby qui n’aurait sans doute pas une telle emprise « sur le système politique et médiatique états-unien » (p. 15) s’il ne tirait pas sa « force de la puissante communauté juive vivant aux États-Unis» (p. 15) . Cette « communauté puissante » se fait donc le complice du lobby israélien – si tant est, d’ailleurs, que l’on puisse l’en distinguer – en maintenant une « emprise » sur le système politique et, comme on le dit souvent, sur les médias, qui lui permet de tromper les faibles et les crédules. On reconnaît ici l’image même du parasite : une communauté dont l’intérêt est contraire à celui de son hôte d’accueil, beaucoup plus puissant qu’elle, l’« habite » et l’exploite, au point d’en faire l’ennemi de son propre bien-être. Anderson utilise plus loin le terme d’« incube » (p. 21), ajoutant ainsi une dimension surnaturelle, voire démoniaque, au pouvoir du lobby israélien/communauté juive, désigné comme une entité simultanément extérieure et intérieure au corps politique. Comment expliquer autrement que la nation la plus puissante du monde se soit éloignée de façon si extraordinaire, sinon miraculeuse, de son propre intérêt ? Plus important encore, peut-on imaginer à quel point le monde se porterait mieux si les États-Unis avaient poursuivi leur véritable intérêt rationnel, s’ils avaient soumis l’usage de la violence à un calcul réfléchi des coûts et des bénéfices, et donc limité son emploi (comme le montre à l’envi l’histoire de leurs relations avec le monde en dehors du Moyen-Orient) ? Comment ont-ils pu se laisser « habiter » et diriger par une force si inférieure à la leur dans tous les domaines, et comment pourront-ils se libérer de l’emprise de cet « incube » ?



Mais la guerre en Irak n’est pas seulement un exemple de la manière dont une irrationalité exceptionnelle peut venir perturber le cours normalement rationnel des affaires mondiales ; il faut y ajouter la spectaculaire éclosion de l’islam militant en Europe, en Afrique et en Asie. Anderson aborde cette question en s’aventurant dans le domaine de ce que l’on nommait naguère idéologie, et en évoquant l’effondrement du nationalisme arabe. Mais l’idéologie n’avait de sens que par rapport à des « conditions matérielles », qu’Anderson n’entreprend même pas de définir. Au lieu de cela, il va directement au coeur du sujet et nous livre une leçon d’histoire sur l’interprétation des Écritures islamiques. Les personnes qui se lancent dans le « djihad » (les « jeunes combattants fanatiques contre « l’incrédulité mondiale », qui, au Moyen-Orient, transforment en réalité le clash des civilisations ») (p. 18) agissent ainsi « sur la base des textes » (p. 18), littéralement déterminés par la parole du prophète, et cette littéralité ne souffre ni ambiguïté ni interprétation. Il est vrai qu’Anderson ne nomme ici aucun texte ni aucun philosophe particulier. Il n’est, de son point de vue, pas utile de le faire. « Le monde islamique ne s’est jusqu’ici développé qu’à partir d’une très faible tradition d’explication des Écritures originelles – du genre : peut-être ont-elles été mal interprétées, ou peut-être faut-il les comprendre de manière métaphorique, ou peut-être encore doivent-elles être mises à jour, etc. ? – tradition herméneutique depuis longtemps familière aux juifs comme aux chrétiens ; une lecture littérale du Coran a donc une force morale beaucoup plus grande que celle de la Bible ou de la Torah » (p. 18). L’émergence du fondamentalisme islamique s’expliquerait ainsi par la seule force de la lettre des textes qui, du fait de l’absence de médiation par une tradition interprétative, conduiraient les âmes et les corps au fanatisme, c’est-à-dire au sacrifice de leur propre intérêt, individuel et national, à la gloire de Dieu, selon le commandement du prophète.



Il n’y a rien de bien nouveau dans la manière dont Anderson analyse ces deux exemples ; elle est même très banale, et ne fait que reprendre des théories très répandues dans les médias internationaux. Mais ce qui est frappant dans cette analyse, c’est que les juifs et les musulmans, si souvent considérés comme représentant des « civilisations en conflit », unies seulement par une inimitié mutuelle, sont supposés avoir aussi en commun de provoquer un même dérèglement de la rationalité propre aux États-nations. En permettant à des attributs identiques de circuler librement entre et au sein de parties apparemment opposées, Anderson laisse entrevoir l’unité sans cesse niée de ce qui continue d’être pensé sous la forme d’une opposition : la richesse excessive et corruptrice (le banquier juif et le cheik pétrolier arabe), la violence « fanatique » (Tsahal et les djihadistes, dont la violence irrationnelle – ou plutôt super- et sub-rationnelle – diffère par essence de celle de l’armée des États-Unis, ni fanatique, ni prédatrice), et une soumission totale aux Écritures, comme Augustin (qui ne lisait d’ailleurs ni l’hébreu ni le grec) le disait déjà des juifs , fournissant ainsi des armes théologiques aux attaques à venir contre l’islam, dont les philosophes éclipsaient à l’époque ceux du monde chrétien.



Comment théoriser alors l’unité de ceux qui se situent en dehors de l’universel rationnel qui gouverne le monde ? Une figure presque oubliée attendait en coulisse, une figure dont le nom même ne survit aujourd’hui que sous une forme négative : le Sémite . C’est à cette figure, à ce concept, aussi polyvalent qu’on puisse l’imaginer, que Gil Anidjar consacre son dernier ouvrage, Semites: Race, Religion, Literature . Le terme peut paraître appartenir à un autre âge, en particulier au XIXe siècle, au cours duquel le grand orientaliste que fut Ernest Renan consacra sa vie à montrer l’unité fondamentale des peuples sémitiques. Si cette idée était loin d’être originale (il suffit de relire les discours qui accompagnent et suivent la Première Croisade pour voir qu’un lien thématique a déjà été noué entre l’ennemi intérieur et l’ennemi extérieur), le travail de Renan se présente comme laïc et antichrétien. Dans L’Ecclésiaste, ouvrage remarquable (mais incontestablement « antisémite », aussi bien au sens étroit qu’au sens large du terme), Renan écrit que, pour les commentateurs chrétiens, «il était totalement indifférent qu’un texte signifiât ceci ou cela », ajoutant qu’en tout état de cause, « on ne peut que mal lire quand on s’agenouille  ». Anidjar a analysé, à la suite de Saïd, la façon dont le laïcisme militant peut, à son corps défendant, et sans pour autant céder à une théorie biologique de la différence raciale/ethnique, très facilement reproduire le schéma selon lequel l’universalisme – tant celui de la Bonne Nouvelle que de la raison humaine – doit toujours se confronter à ceux qui rejettent délibérément son appel, soit parce qu’ils s’accrochent à des idées devenues caduques, soit parce qu’ils adhèrent à de nouvelles perversions de la vérité. Le Sémite était le nom de ceux qui étaient exclus de l’universel, non par ignorance (comme dans le cas des « peuples sauvages »), mais du fait de leur propre entêtement.



Mais Anidjar ne se satisfait pas de la réduction du Sémite à une représentation imposée aux juifs et aux musulmans par un impérialisme prédateur, ou à une désignation massive par laquelle les divers peuples issus du « Moyen-Orient » (terme assez large pour inclure les juifs de Galicie et les Hausas) étaient identifiés. Il se demande si, précisément au moment où il a perdu sa force, sauf sous la forme négative qui signifie « anti-juif », le terme « sémite » ne pourrait pas être utilisé à de tout autres fins. La possibilité que ce mot, considéré généralement comme un reliquat du racisme génocidaire, puisse être récupéré par ceux à qui il a été imposé mérite d’être examinée, suggère Anidjar. Ne renvoie-t-il pas à une longue histoire, bien antérieure au siècle dernier, au cours de laquelle « Juif et Arabe » ou « juif et musulman » ne pouvaient pas si facilement être distingués et séparés ? Et tout comme leur réduction à un même « peuple du désert » a servi une forme d’impérialisme, leur séparation absolue en Juifs et en Arabes en sert une autre. À cet égard, Anidjar nous demande de revisiter « Al-Andalus », Maïmonide et Averroès, le Zohar et les maqâmât. L’ouvrage majeur de Maïmonide, Le Guide des Égarés, écrit en arabe transcrit phonétiquement dans l’alphabet hébreu, constitue le symbole de ce moment et de l’irréductible diversité qui donna à cette culture son extraordinaire fécondité .



La réintroduction et la réappropriation du concept de sémite permettent de poser la question autrement impensable de « ce qui devient l’ennemi, de l’histoire de l’ennemi (religieux, politique, ethnique et racial) qui est inscrite dans et entre les identités polarisées du Juif et de l’Arabe » (Semites, p. 34). Elle fait aussi apparaître l’histoire des Sémites, des « religions du sublime » de Hegel (p. 32) à la transformation de l’Arabe en ennemi « ancien » (et principal) des Juifs, en passant par la « politique messianique » de Rozenzweig à travers le « sionisme politique ». Les explications conventionnelles du « conflit au Moyen-Orient » ne considèrent pas seulement comme allant de soi l’inimitié des parties en présence ; elles sont également incapables de mettre en question – et donc de s’appuyer sur – la stabilité et la permanence d’entités comme « l’Europe », « l’Arabe » (ou le musulman) et le « Juif », entités dont les frontières et les limites sont pourtant tout sauf données une fois pour toutes, que ce soit en théorie ou en réalité. Si l’on prend par exemple la notion de « communauté juive », qui fonctionne non seulement comme un marqueur démographique, mais aussi, et surtout, comme l’agent principal de la guerre en Irak, qui peut en être déclaré responsable et par conséquent coupable, toute une série de problèmes apparaît. L’expression se réfère-t-elle aux organisations qui se reconnaissent comme juives (par exemple l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee], encore qu’un partisan de la thèse de la culpabilité juive ait recensé quelque cinquante-deux organisations de ce type ) ? Ou aux organisations et aux individus qui y participent, la forme de cette participation fût-elle minimale et indirecte ? Mais cette population pourrait ne représenter qu’un petit sous-ensemble d’une communauté juive plus large. En outre, donner à cet agent l’unité dont il a besoin pour s’assurer rien de moins que la domination de la politique des États-Unis soulève une difficulté de taille : si l’on en croit tous les sondages qui ont été réalisés, une large majorité des personnes s’identifiant comme juives s’est opposée à la guerre en Irak, bien plus, proportionnellement, que la population américaine dans son ensemble ; de même, le pourcentage de juifs (c’est-à-dire de personnes s’identifiant comme telles) opposés à une attaque contre l’Iran est bien supérieur au pourcentage d’opposants non juifs. Un commentateur a proposé une curieuse solution à ce paradoxe. Les juifs, et même les juifs progressistes, croient qu’ils sont opposés à la guerre et au militarisme ; mais leur incapacité à contrôler les chefs des cinquante-deux organisations juives révèle à la fois une acceptation inconsciente des positions israéliennes et une complicité culpabilisante à l’égard des politiques qu’ils prétendent condamner. De la même manière, le nombre disproportionné de juifs participant au mouvement anti-guerre n’est qu’une manoeuvre destinée à faire en sorte que le mouvement ne critique pas Israël . Sous toute chose se cache donc un attachement inconscient mais essentiel à Israël, qui est peut-être le seul attribut susceptible de rassembler une population aussi hétérogène.



Mais ce scénario d’une indéniable ingéniosité repose toutefois sur une question qui n’est pas posée et à laquelle aucune réponse n’est fournie, une question qui est à l’intersection du politique (ou du biopolitique) et du théologique : quels sont les critères en fonction desquels on peut affirmer que certains individus font ou non partie de la « communauté juive » ? Qu’est-ce qui permet de dire que tel financier et milliardaire est un juif ? Peut-on en limiter la définition aux personnes qui consentent à être désignées comme juives pour les sondages d’opinion ? Qu’en est-il de celles qui « refusent de se prononcer » et qui sont d’origine juive ? Et à quoi peut-on reconnaître un « juif progressiste », au-delà de l’auto-identification, qui a ses limites, en particulier s’il ne fait partie d’aucune organisation juive et s’il n’observe pas les rites ? À son nom de famille ? À un usage plus fréquent que la moyenne de mots et de schémas syntaxiques issus de l’hébreu ou du yiddish ? Tous ces critères sont largement subjectifs ; ne serait-il pas préférable d’identifier la communauté juive de façon « objective », en désignant les personnes qui ont des parents « juifs » (ce qui ne fait que reporter la difficulté théorique) – voire un parent ou même un grand parent ? Peut-être devrait-on adopter la solution qui fut celle de l’Espagne du XVIIe siècle, après l’expulsion, à savoir la théorie de la « goutte de sang », dont frère Francisco de Torrejoncillo disait qu’une seule suffit à faire naître des penchants judaïsants chez le plus dévot des convertis (Sémites, p. 113, note 30) ?



Si le concept de « sémite » permet de problématiser plusieurs notions généralement considérées comme évidentes, cela n’est pas, dirait Althusser, partout visible. Anidjar a consacré trois livres non seulement à une archéologie du concept, mais encore à une analyse des conditions qui l’ont rendue possible. Le premier obstacle, majeur, à l’appréhension du mot « sémite » est le sionisme sous toutes ses formes (y compris celui qui s’étend au-delà de la « communauté juive »). Il est intéressant d’observer que les partisans de la thèse de la culpabilité juive partagent avec le sionisme (et avec des pratiques antérieures dirigées contre les Juifs) une même préoccupation : différencier le Juif du non-Juif, distinguer une culture et une psychologie juives du reste du monde, et asseoir la théorie et la pratique qui entourent cette distinction sur la notion d’identité juive essentielle . Anidjar ne s’intéresse pas seulement à la collusion bien connue du sionisme (en théorie et en pratique) et de l’antisémitisme organisé. Le sionisme, qui n’est devenu dominant, même chez les juifs ashkénazes, qu’après la grande « irrationalité circonstancielle » que fut le génocide hitlérien (ainsi, à un moindre degré, que l’obsession de l’URSS contre les « cosmopolites sans racines »), visait précisément à réduire les Juifs (auparavant «témoins vivants », condamnés à l’exil et à la dispersion perpétuels) à un(e) (État-)nation parmi d’autres, qui devait prendre sa place au sein du calcul rationnel des relations mondiales, à savoir la communauté universelle. Ce projet ne pouvait être bâti que sur les ruines de l’idée du « sémite ». L’État sioniste, depuis l’origine, a dû faire face au problème esquissé plus haut : celui de la définition du Juif, devenue évidemment une nécessité absolue pour un État « juif ». Cette définition, rappelée plus haut, est aujourd’hui plus insaisissable que jamais ; elle est condamnée à demeurer floue, suspendue entre des références religieuses et biologiques ; elle est en réalité indéterminable, puisque ni les définitions raciales, ni les définitions religieuses, ni même les définitions culturelles ne peuvent satisfaire aux exigences biopolitiques de l’État sioniste. Anidjar souligne à plusieurs reprises le fait que le Juif qui fut le sujet et l’objet du sionisme politique ne coïncidait absolument pas avec les formes irréductiblement plurielles du Juif tel qu’il existait réellement. Il fallait arracher brusquement et violemment le Juif du sionisme non seulement à un dialecte diasporique (et pathologique) comme le yiddish, mais plus encore à toute forme de mélange avec les cultures arabes et perses, comme si cette séparation était possible sans une rupture radicale avec l’histoire de la culture juive, sans une « coupure » qui confère au mot « juif » quelque chose d’absolument différent de ce qu’il signifiait auparavant. Anidjar cite les mots du rêve sioniste, « devenir une nation comme toutes les autres nations » –, littéralement, en hébreu, une (nation) « goy » comme toutes les autres (nations) « goyim ». Le Juif meurt et, à sa place, naît Israël – un schéma étrangement similaire à l’idée christiano-sioniste selon laquelle le Juif ne s’accomplit que dans la mort et la renaissance en Christ.



Pour Anidjar, rien n’éclaire plus l’imaginaire juif supposé être à l’origine du sionisme que la littérature hébraïque moderne. Écrasée par la tâche de détruire la diversité du passé juif afin de créer un présent absolument original, la volonté de créer une nouvelle littérature nationale en hébreu demeurait hantée par les sons et les rythmes des langues détruites, en particulier le yiddish, mais aussi l’arabe, le farsi, le ladin ou l’araméen. Le projet de fabrication d’une littérature nationale fut en même temps une tentative pour abolir la distinction entre juif et sioniste, entre juif et hébreu (Sémites, p. 69). Plus récemment, écrit Anidjar, certains des spécialistes les plus importants de littérature moderne hébraïque (il cite Dan Miron) en sont venus à reconnaître qu’« il n’existe pas de littérature juive unifiée » (Sémites, p. 70). Cette reconnaissance en a produit à son tour une autre : à savoir que certains des plus grands monuments de la « pensée juive » (Anidjar songe ici à Maïmonide et au Zohar) pourraient avoir un lien plus étroit avec la philosophie et la littérature arabes qu’avec d’autres ouvrages identifiés comme « juifs » – hypothèse qui n’est tenable que si l’on rejette l’idée qu’il existe, sous l’apparente diversité de la culture juive, une unité originelle. Il fallut une très grande violence, discursive autant que physique, la violence de l’expulsion et de l’exclusion, pour former l’espace imaginaire de la culture israélienne, puis en faire le seul dépositaire de ce qui est authentiquement juif.



Toutes ces observations nous amènent à la préoccupation qui est sans doute au coeur de l’analyse d’Anidjar : la question de la laïcité, qu’Edward Saïd fut le premier à formuler sous cette forme. Si le concept de sémite est suspendu entre le racial et le religieux, si le juif (comme figure d’une identité religieuse permanente, obstinée, même, dont les membres restent des juifs, au moins en eux-mêmes, même s’ils ont cessé de pratiquer le « judaïsme »), et que l’Arabe/musulman (qui occupe la place du religieux en soi, et donc celle du fanatisme, dont chacun sait qu’il est dangereux et destructeur) est opposé à toute société laïque, on ne peut qu’être frappé par l’aspect théologique de cette laïcité. Ne s’agirait-il pas, comme Saïd l’écrit de l’orientalisme, d’« un ensemble de structures héritées du passé, sécularisées, redéfinies et reformées par des disciplines comme la philologie, qui furent à leur tour des substituts (ou des versions) naturalisés, modernisés et laïcisés du surnaturalisme chrétien  » ? Anidjar reprend l’argument en l’approfondissant : la laïcité sous sa forme actuelle (car il peut y en avoir d’autres) n’est pas seulement d’origine chrétienne ; elle reste également activement chrétienne ; elle correspond à la division, par le christianisme lui-même, du religieux et du laïque, ce dernier étant lui-même la marque du triomphe du christianisme, un triomphe si total qu’il n’a pas besoin d’être avoué. Si « la critique du christianisme a à peine commencé », comme l’écrit Anidjar , le premier concept qu’il faudrait questionner est celui de laïcité ou d’opposition entre la religion et la laïcité. Un tel questionnement n’a rien d’aisé : quelles pourraient être les implications de l’idée selon laquelle l’ensemble des critiques de la religion ne seraient qu’autant de versions du christianisme ? Il en offre un exemple intéressant et très actuel : « Le christianisme est arrivé à se faire de plus en plus oublier en considérant la religion comme une catégorie générique et un objet de critique (il n’est que d’observer aujourd’hui toutes les bombes intelligentes qui visent un monothéisme générique et nivelé) » (Sémites, p. 55). Il est vrai que si l’on en croit les travaux de Jan Assmann, le monothéisme intolérant, avec sa détestation de l’adoration des idoles, a supplanté un polythéisme inclusif, dont l’universalisme résidait dans sa capacité à traduire l’autre en soi, dans son propre idiome pluraliste. Assmann, qui fait de l’ouvrage de Freud, Moïse et le monothéisme, son point de départ théorique, ignore la remarque répétée de ce dernier selon laquelle le christianisme n’était plus, dès l’origine, un monothéisme, et fut capable d’assimiler un nombre étonnant de déités et de totems des cultures qu’il convertissait. Certes, ces traductions, qui étaient également des trahisons, permettaient de supplanter ce qui se trouvait à l’extérieur du christianisme en l’intériorisant et en le plaçant dans une position subordonnée dans son économie théologique. Ainsi le monothéisme est-il principalement associé au judaïsme et à l’islam. Les anciens Hébreux, en particulier, cherchaient moins à convertir les polythéistes qu’à détruire leurs idoles (et, quand cela était possible, leurs populations – il n’est que de songer aux dix plaies appelées sur les Égyptiens, qui culminèrent avec la mort des premiers-nés), et cet enthousiasme pour la destruction est largement présent dans les annales de l’islam. Selon cette interprétation, l’intolérance a commencé avec ceux qui ne pouvaient plus être tolérés : leur seul refus d’être traduits (convertis ?) constituait une attaque contre les valeurs d’inclusion. La véritable question n’était donc pas de savoir pourquoi ils étaient persécutés, mais ce qu’ils avaient fait pour s’attirer les persécutions .



Le christianisme, demeuré invisible dans ce récit, n’est rien d’autre, en réalité, que la norme à partir de laquelle les autres, et notamment les autres religions, sont jugés défaillants. Cet universel qui n’exclut personne, qui frappe à toutes les portes avec la Bonne Nouvelle, ne regarde personne comme un autre ; personne, sauf l’autre qui reste l’autre (pour citer Levinas) et qui, ce faisant, devant la ferveur d’un évangélisme ne connaissant pas de limite, ne peut être considéré que comme une souillure, comme le mal. Ainsi, la permanence du christianisme apparaît-elle au grand jour, non seulement sous la forme du laïcisme bourgeois, mais aussi sous les formes historiques du socialisme et du communisme : les équivoques (pour ne pas dire plus) de la Deuxième Internationale sur la question coloniale, et l’incapacité du mouvement communiste à traiter la question des nationalités et de l’oppression nationale (quand la ferveur prosélyte alternait avec la violence et la coercition). Il n’y a pas si longtemps, une partie de la gauche célébrait encore l’invasion soviétique de l’Afghanistan, qu’elle considérait comme une croisade contre la tyrannie islamique. Il est attristant de constater que cette même gauche (ou ce qu’il en reste) a délégué ses espoirs à un impérialisme libéré des influences juives/israéliennes, et que, si son universalisme s’est peut-être affaibli, il n’a pas disparu. On peut être tenté de voir dans cette évolution un manque de courage ou d’intelligence ; or, loin d’être une défaillance, ce phénomène témoigne en réalité d’une identification avec le vainqueur de l’histoire, contre laquelle Benjamin – autre penseur sans doute aveuglé par une loyauté ethnique inconsciente – nous avait précisément mis en garde.



Certains diront que le livre d’Anidjar est une manifestation du « retour du religieux » qui dérange tellement l’ordre laïque. Mais il ne s’agit nullement d’un livre « religieux » ; Anidjar nous demande seulement de considérer d’autres démarcations que celles qui séparent la religion de la laïcité, et de soumettre cette distinction elle-même à la critique. Il offre au monde les textes juifs, déclarant qu’ils ne sont pas la propriété des seuls juifs, et que leur intérêt de les concerne pas uniquement, tout en nous invitant à réfléchir à ce qui est en jeu dans les tentatives répétées du sionisme et de ses prétendus ennemis pour définir et délimiter à la fois le Juif et l’Arabe. Anindjar montre surtout que nous ne pouvons pas ne pas pénétrer sur le terrain du théologique, ou de la théologie politique, pour la simple raison que, en dépit de tous ceux qui jurent le contraire, nous ne l’avons jamais quitté. C’est ici, jusqu’à présent, que la bataille doit être menée.



■ Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet


Warren Montag
Warren Montag est professeur de littérature comparée et de philosophie à l'Occidental College de Los Angeles. Il a publié notamment :Bodies, Masses, Power: Spinoza and his Contemporaries (Verso, Spring 1999) ;Louis Althusser (Palgrave, 2002). Il est aussi éditeur de la collection The New Spinoza.
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Pour citer cet article : Warren Montag, « Sémites, ou la fiction de l’Autre », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/09/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=216
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Jérôme Vidal - La dernière « intox »
de l’industrie atomique :
le nucléaire, une énergie propre et sûre

à propos de
À propos de Frédéric Marillier, EPR. L’impasse nucléaire,


Charlotte Nordmann - Insoutenable nucléaire

à propos de
À propos de Laure Noualhat, Déchets, le cauchemar du nucléaire,


A l'attention de nos lecteurs et abonnés

La Revue internationale des Livres et des Idées reparaît en septembre !

"Penser à gauche. Figures de la pensée critique" en librairie

Jean-Numa Ducange - Editer Marx et Engels en France : mission impossible ?

à propos de
Miguel Abensour et Louis Janover, Maximilien Rubel, pour redécouvrir Marx
Karl Marx, Le Capital


J. R. McNeill - La fin du monde est-elle vraiment pour demain ?

à propos de
Jared Diamon, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie


Antonio Negri - Produire le commun. Entretien avec Filippo Del Lucchese et Jason E. Smith

Alfredo Gomez-Muller - Les luttes des "indigènes en Bolivie : un renouveau du socialisme ?

Arne Næss et la deep ecology: aux sources de l'inquiétude écologiste

Comment vivons-nous ? Décroissance, "allures de vie" et expérimentation politique. Entretien avec Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

Giovanna Zapperi - Neutraliser le genre ?

à propos de
Camille Morineau, L'adresse du politique


Politiques du spectateur

Partha Chatterjee - L’Inde postcoloniale ou la difficile invention d’une autre modernité

Le climat de l’histoire: quatre thèses

Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro