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à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation (trad. Françoise Bouillot)

par Frédéric Neyrat

à propos de

Arjun Appadurai

Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation

(trad. Françoise Bouillot)

Une présence morne et répétitive de la violence semble traverser l’histoire. À croire que sa substance est immuable. Pourtant, la violence ne prend véritablement son sens que dans des contextes précis, en situation. Conclure à la simple réitération du Mal, c’est se rendre incapable de penser ce qui nous arrive, la singularité de l’époque. C’est précisément le sens actuel de la violence qu’Arjun Appadurai tente d’identifier dans ce dernier ouvrage : Géographie de la colère.




Si l’on veut saisir cette actualité, selon lui, il nous faut l’inscrire dans le contexte de la globalisation. Arjun Appadurai fait partie de ces anthropologues qui ont compris à quel point la globalisation devait être envisagée comme une matrice configurant tous les phénomènes historiques et s’imposant à l’ensemble des acteurs de cette histoire – qu’ils soient hégémoniques ou non, peuples « premiers » ou derniers des hommes, minoritaires ou majoritaires. Le sens de la violence à l’âge de la globalisation présuppose la compréhension de ce que la globalisation fait à la violence. Car la violence « ne concerne pas les vieilles haines et les peurs primordiales. C’est plutôt une tentative d’exorciser le nouveau, l’émergent et l’incertain, dont l’un des noms est la globalisation » (p. 75). Et ce sont « les aspects les plus sombres de la globalisation» que tente de décrire Géographie de la colère.




De quoi s’agit-il ? Des violences « à grande échelle » : d’une part, les génocides, les épurations ethniques, l’humiliation et la persécution de certaines minorités ; d’autre part, le terrorisme, les attentats-suicides et les décapitations filmées – celle, par exemple, de Daniel Pearl. La thèse d’Appadurai est qu’une même logique emporte les phénomènes de violence extrême, qu’ils soient internes aux sociétés ou qu’ils semblent – à tort – opposer des civilisations. Quelque chose relie le génocide et le terrorisme, et permet d’expliquer l’existence d’un surplus de fureur, d’un excès de haine qui se donne à voir dans le spectacle quotidien des mutilations, viols, attentats-suicides, etc. (p. 25). La violence globale déborde les formes génocidaires nationales-étatiques.




À l’intersection de tous ces débordements, Appadurai identifie une peur, la peur des « petits nombres ». Tout se passe comme si la globalisation avait rendu effrayantes les minorités. Pourquoi ?




Des majorités incomplètes…




La thèse d’Appadurai est que l’ethnocide est la tendance naturelle de toute nation, et, à la limite, la question politologique fondamentale devrait être : comment faire pour empêcher une nation de se livrer à un nettoyage ethnique, par quel miracle certaines d’entre elles ont-elles pu éviter l’extermination ? Il faudrait d’ailleurs faire la liste de ces pseudo miracles, et constater à quel point les ethnocides intestins n’ont parfois pu être évités qu’au prix de massacres – coloniaux, impériaux – perpétrés dans le lointain.




Cette tendance ethnocidaire tient sans doute à la production des discours qui fondent l’existence d’une différence absolue entre nation et ethnie : la nation ne se dit politique, culturelle, élevée, progressiste, etc., qu’à définir une ethnie comme ce qui ne s’est pas élevé au-dessus de soi-même, ce qui manque à la Culture, ce qui a encore les deux pieds dans la gadoue de la Terre-Mère, etc. Contre cet artifice, Appadurai soutient, d’une part, que l’ethnie est d’ores et déjà, et originellement, une « construction consciente et imaginative des différences » entre plusieurs groupes, « et leur mobilisation » décidée ; d’autre part, et à l’inverse, que la « souveraineté nationale est bâtie sur une sorte de génie ethnique », et qu’un « chemin » mène du « génie national à une cosmologie totalisée de la nation sacrée, et de là à la pureté et au nettoyage ethnique» (p. 16-17). Le problème est que la prétention à la totalité est une prétention intenable, qui ne peut être satisfaite. Sur l’identité plane toujours une incertitude : qui sommes-nous vraiment, qu’est-ce qui « nous » appartient en propre et qui n’appartient pas à « eux ». Appadurai nommera « incertitude sociale » le rapport nécessairement déficient de l’identité d’un Soi collectif à un non-Soi. Un nettoyage ethnique pourra dès lors être considéré comme une « vérification » d’identité (p. 18), dans un sens ici absolument performatif et, pour ainsi dire, totalement délirant : « Nous sommes nous et seulement nous, et en cela nous ne sommes en rien eux et nous ne l’avons jamais été ; vérifions dans les faits que cela est vrai, passons de cette tautologie en discours à une tautologie dans le réel, en exterminant les autres. »




La conséquence de cet axiome d’incertitude, c’est que le rapport à l’autre est d’abord profondément travaillé par un rapport inaugural à soi, à un certain idéal du Soi. C’est ce rapport qui est décisif pour Appadurai, qui critique la tradition sociologique lorsqu’elle ne cherche qu’à expliquer le « processus de fabrication du « nous » » comme « sous-produit mécanique de la fabrication du « eux » » (p. 79). L’anthropologue met l’accent sur les procédures autoréférentielles par lesquelles se forment les Soi collectifs. Or le collectif national est en prise avec une image de la totalité qu’il ne parvient jamais à rejoindre. Et c’est dans cet écart entre une population et cette totalité fantasmatique qu’Appadurai identifie l’existence d’une « angoisse d’incomplétude ». Cette angoisse concerne les populations qu’un faible écart sépare de cette totalité imaginaire, autrement dit des collectifs « majoritaires ».




On comprend ici qu’une majorité ne se définit pas en termes de quantité, mais plutôt de ce qu’il faudrait nommer une quotité, ou un montant (il faut lire ce mot et comme substantif et comme participe présent). L’angoisse d’incomplétude est l’effet du « faible écart » existant entre la « condition » de majorité et «l’horizon d’une totalité nationale non souillée » (p. 23). La majorité n’est pas en définitive une affaire de nombre, car aucune quantité ne parviendra à annuler ce faible écart, et le montant sera toujours soumis à une volonté d’ascension sans fin – en ce sens, « l’idée même de former une majorité est frustrante» (p. 82).

On dira que le montant majoritaire dénie sa finitude, son incomplétude essentielle, son inachèvement constitutif. On précisera de plus que ce déni est meurtrier.




… aux minorités effrayantes




Ce qui rappelle à la majorité l’existence d’un écart identificatoire, c’est la présence d’une minorité. Présence coextensive à l’idée de majorité : toutes deux émergent avec l’époque moderne, avec l’idée même de nation, de population, de recensement et de représentation – avec, pourrait-on dire à la manière de Foucault, la naissance de la « biopolitique ». Mais au-delà encore de la question numérique, il faut saisir la fonction de la minorité dans le dispositif identificatoire de la majorité : si la majorité est un montant, la minorité apparaîtra comme ce qui tire vers le bas, le lest du réel. Car plus l’écart entre la majorité et la totalité est fortement ressenti, plus la minorité devient insupportable aux yeux de la majorité. Une identité, nous dit Appadurai, devient « prédatrice » lorsqu’elle se prend à vouloir annuler l’écart entre ce qu’elle est et ce qu’elle croit pouvoir être.




Cette annulation va s’effectuer sur le dos d’une minorité. Laquelle ? Ceci est, pour partie au moins, contingent, au sens où il n’y a aucune naturalité du fait génocidaire : que la minorité soit une fonction de l’identité que croit se donner la majorité signifie que la minorité est soumise à un traitement, qu’elle est produite comme telle. La minorité peut être dite traitée en deux sens. Elle est, d’abord, nommée et identifiée comme ce qui va, par la suite, devoir être exterminé afin d’annuler l’écart entre la majorité et la totalité. Appadurai rappelle à ce propos à quel point l’antisémitisme inhérent au nazisme est une construction, l’effet d’une « ingénierie idéologique et politique », et non un fait qui appartiendrait en propre au « peuple » allemand : il a fallu déployer une « extraordinaire quantité d’énergie » pour transformer certains citoyens allemands en « instruments de la solution finale » (p. 84-85). C’est bien aussi ce qui a lieu aujourd’hui, nous allons y revenir, avec les minorités musulmanes. Appadurai affirme ici, comme il l’avait déjà fait dans son ouvrage précédent, son rejet de tout naturalisme en politique, du « primordialisme », cette « tendance à indexer les représentations identitaires sur ce qui constituerait un fondement primitif et intangible  ».




On peut dès lors comprendre le titre original de son livre : Fear of Small Numbers (la peur des petits nombres). La menace que ressent une majorité en tant que majorité tient son origine de son angoisse d’incomplétude. S’opère alors un mécanisme de projection, ou de détournement, par lequel un petit nombre d’individus est constitué comme ce qui doit être traité pour résoudre l’angoisse : l’incomplétude alimente l’incertitude. Si nous sommes incomplets, c’est que notre majorité est insuffisante ; si cette majorité est insuffisante, une minorité peut prendre notre place. Lorsque l’incomplétude alimente l’incertitude, monte la peur de perdre sa place, la peur de l’« échange des places » (p. 81). Plus la minorité se pense, se conçoit ou est conçue comme substantielle, plus elle pourra être déclarée dangereuse. Appadurai montre que la formation des droits des minorités dans la seconde partie du XXe siècle, fondée sur l’extension des droits de l’humain, a fait passer le concept de minorité d’une conception procédurale (une minorité comme ce qui s’agrège temporairement au moment d’un désaccord avec une majorité) à une conception substantielle et permanente (une minorité devenant cette minorité culturelle et sociale-là) (p. 95-99).




Ainsi expliquée, la peur qu’inspirent ces petits nombres n’a rien à voir avec la réalité de ces minorités : leur capacité séditieuse est purement imaginaire. La chose semble évidente ; mais l’affaire est plus complexe qu’elle ne paraît.




La phobie de l’échange




Car les déterminants que nous venons de mettre en lumière sont propres aux logiques nationales. Or Appadurai soutient que les dispositifs propres à l’époque des États-nations sont à la fois traversés et emportés par une logique différente, décrite dans Après le colonialisme, qui est celle de la globalisation. Mais la fluidité des richesses, des armes, des peuples et des images, autrement dit le brouillage de toutes les frontières, ne peut qu’accentuer, « exacerbe[r] » l’incertitude sociale (p. 21) et « fournir » ainsi de « nouveaux stimulants » à « l’idée de purification culturelle », qui ne l’a pas attendue pour exister. De la même manière, la globalisation ne peut que renforcer l’angoisse d’incomplétude : plus la maîtrise du national échappe à l’État, plus le montant majoritaire s’avère déficient. Appadurai affirme cependant davantage. La globalisation provoque selon lui une « collusion potentielle » entre la logique d’incertitude et la logique d’incomplétude (p. 23-24). Pourquoi ?




Après tout, la rencontre désastreuse de ces deux logiques identitaires peut tout à fait s’effectuer dans un cadre national : l’Idéal du Soi collectif apparaît hors de portée, mais comme de surcroît un autre, une minorité, semble prétendre atteindre ce même objectif, on en viendra, funeste méprise, à considérer cette prétention infondée comme la cause même du ratage identificatoire. Avec la globalisation, l’incertitude et l’incomplétude ne sont pas seulement accentuées, ce n’est pas seulement que les frontières se troublent, c’est aussi que la majorité a de plus en plus de mal à s’identifier à une totalité nationale qui de toute façon et quoi qu’il arrive se trouve marginalisée dans le cadre mondial. Il faut du reste distinguer cette marginalisation, qui affaiblit la souveraineté nationale au point de la remettre en cause, de l’interdépendance étatique qui a toujours existé à l’âge des États-nations. Une souveraineté limitée, telle qu’elle s’est mise en place au XVIIIe siècle, n’est pas la même chose qu’une souveraineté élimée. La conséquence directe de cette situation, c’est l’augmentation sans limites de la crainte liée à l’échange des places: la crainte de devenir minorité à l’intérieur est comme déjà anticipée à l’extérieur, réalisée par la marginalisation globale, qu’elle soit effective ou prospective.

Cette réalisation par la marginalisation globale de la crainte de devenir minoritaire a sa contrepartie du côté des minorités. Dans Après le colonialisme, Appadurai avait analysé la formation des « sphères publiques d’exilés » (p. 42), ces collectifs transnationaux qui se forment en interprétant de façon inventive les données mass-médiatiques, culturelles, techniques et économiques de la mondialisation, qui se « glisse[nt]sans arrêt dans et à travers les fissures entre États et frontières » (p. 81) – États qui se pensent encore comme des terres d’immigrants, alors qu’ils sont devenus des « nodule[s] dans un réseau postnational de diasporas » (p. 249). Il analyse désormais la façon dont ces minorités à caractère transnational peuvent constituer des variables anxiogènes. Car la majorité est toujours au risque de penser la minorité intérieure comme rattachée organiquement, quoique de manière dissimulée, à une majorité extérieure. Ici encore, l’on retombe sur une donnée somme toute classique, qu’Appadurai analyse à travers le cas de l’Inde et l’accès au pouvoir, dans les années 1990, d’une coalition de mouvements populaires et de partis politiques menés par le BJP, le Parti indien du peuple, qui avait pour ambition fondamentale d’« identifier l’Inde aux hindous et le patriotisme à l’hindutva (l’hindouité) ». Les musulmans ont fait les frais de cette politique, on les a accusés d’être des « agents secrets du Pakistan sur le sol indien et des instruments de l’islam global » (p. 158), plus loyaux envers leurs frères musulmans qu’envers l’Inde. L’on connaît bien cette forme d’inquisition, elle fut et est encore appliquée aux juifs. « Ainsi, pour dire les choses crûment, le nombre relativement faible de musulmans en Inde » fut perçu « comme un masque dissimulant le grand nombre de musulmans dans le monde entier » (p. 105).




Mais Appadurai nous a appris à quel point les quantités sont toujours vécues et ressenties comme des quotités, des tendances, de façon toujours dynamique, à tort ou à raison. Car la globalisation, entendue comme échange généralisé, intensifie la possibilité de l’échange entre majorité et minorité : la minorité n’est plus un cheval de Troie, puisque, à la limite, ce cheval de Troie, c’est le monde. Et c’est au coeur même de l’animal mécanique que semble désormais se situer la bataille. En ce sens, en effet, « dans un monde qui se globalise, les minorités sont un rappel constant de l’incomplétude de la pureté nationale » (p. 124). C’est cette constance qui pose problème, c’est le fait qu’il ne semble plus possible de former une frontière fixe. Dans un contexte aux frontières stables, il est toujours possible de surévaluer et de protéger une identité. Lorsque la valorisation de sa propre différence semble insuffisante pour affirmer son identité, on passe alors au mécanisme de l’« extrusion mécanique de minorités indésirables ». Mais ce mécanisme en interne s’avère désormais insuffisant : en effet, aucune extrusion ne suffira désormais à combler l’incomplétude, « la minorité est le symptôme, mais le problème sous-jacent est la différence même ». Voilà le fond de la pensée d’Appadurai : « le projet d’élimination de la différence[est]fondamentalement impossible dans un monde de frontières brouillées, de mariages mixtes, de langues partagées et d’autres profondes connectivités, il tend à produire un ordre de frustration qui peut en partie rendre compte des excès systématiques qui font chaque jour les gros titres des journaux » (p. 27).




C’est cette confrontation à l’impossible qui conduit aux violences extrêmes, c’est parce qu’il est impossible de s’en tenir à une extermination en interne que la violence est redoublée, comme si ce redoublement était la signature même de cette impossibilité. Si l’impossible, comme le soutenait Lacan après Bataille, c’est le réel, alors la globalisation est une « confrontation » au réel.




Terrorisme global




Incertitude sociale, angoisse d’incomplétude, trouble identitaire, marginalisation des majorités, transnationalisation des minorités : ces phénomènes touchent tous les individus, et c’est dans ce cadre qu’Appadurai tente d’expliquer l’existence du terrorisme. C’est de nouveau du côté des petits nombres qu’il faut se tourner pour tenter d’expliquer ce « phénomène extrême » (J. Baudrillard).




Le problème est tout d’abord celui de l’identification des terroristes. Première plongée dans l’incertitude : qui sont-ils, que veulent-ils exactement ? Le terrorisme doit d’abord et avant tout être considéré comme un brouilleur d’identités, il « brouille les limites entre guerresdela nation et guerresdansla nation » (p. 32), entre soldat et espions (p. 134), espaces et temps de la guerre et de la paix (p. 54). Il suppose un monde « où les civils n’existent pas ». Figure la plus pure du terrorisme, la bombe humaine « annule complètement la limite entre le corps et l’arme de la terreur», ainsi qu’entre son corps et celui de l’autre. Elle annule la différence entre individu et masse (sous la forme d’un « exemple de la foule ou de la masse fanatisée »), entre vie quotidienne et vie sous tension, entre état d’urgence et état permanent (p. 115-116). Cette incertitude se cristallise avec les attentats du 11 septembre 2001, qui auraient produit une sorte de coalescence potentielle entre minorité et terrorisme.Les majorités incomplètes qui démasquent un terroriste penseront désormais démasquer une minorité entière, et, réciproquement, terrible réciprocité, s’attaquant aux minorités, elles déclareront lutter contre le terrorisme – « dans le repos de la mort ou l’immobilité de la reddition, les corps terroristes deviennent des mémoriaux silencieux à l’ennemi intérieur, des preuves de trahison dans leur pathétique ordinaire même » (p. 155). Un continuum s’installe peu à peu entre les petits nombres et le corps singulier du terroriste, entre les incertitudes sociales internes aux États et celles qui touchent le rapport des États entre eux.




Il ne suffira pourtant pas de simplement dénoncer la folie des majorités. C’est au fond toute la pensée d’Appadurai qui se joue ici : la peur qu’inspirent les petits nombres repose certes sur une forme de délire, mais un délire construit, qui répond au réel de la globalisation – pas seulement à son imaginaire. Après tout, la structure du terrorisme est la même que celle de la globalisation, c’est une structure « cellulaire », en réseau, qu’Appadurai distingue de la structure « vertébrée » des États-nations. Cette ressemblance n’est pas superficielle, « les formes de terrorisme global que nous avons le plus à l’esprit depuis le 11 septembre ne sont que des exemples d’une transformation plus profonde et plus vaste de la morphologie de l’économie et de la politique globale ». En ce sens, le terrorisme est l’« aspect violent et asymétrique » de cette transformation. Et si Oussama ben Laden et Al-Qaïda sont des « noms terrifiants » pour dire le choc entre systèmes cellulaires et systèmes vertébrés, ce choc « excède de beaucoup la question du terrorisme ». En définitive, le terrorisme est seulement la « face cauchemardesque de la globalisation » (p. 50-55).




Ce qui veut dire deux choses : d’une part, que le terrorisme est l’effet de la globalisation ; d’autre part, qu’il est aussi son agent. Le terrorisme n’est pas qu’une conséquence de la globalisation, il la fabrique dans la mesure où, comme nous l’explique Appadurai, le terrorisme est un facteur d’hybridation, de croisements entre des flux de capitaux, de technologies et de religions. Une telle imbrication de phénomènes rend vaine et aporétique la solution qui consisterait à vouloir purement et simplement éliminer les terroristes.




Civilisation des chocs




Cette imbrication doit être pensée jusqu’au bout. Il nous faut maintenant, comme le dit Appadurai, « boucler la boucle ». Car si les majorités délirent avec leurs minorités, si la lutte contre le terrorisme se trompe sur la nature de l’ennemi, certaines minorités en viennent elles-mêmes à vouloir lutter contre cette lutte, ou, à défaut de cette lutte, développent une profonde aversion pour... mais, au fait, pour qui ?




Quand les États-Unis d’Amérique désignent un responsable « vertébré » (Afghanistan, Irak) aux attentats du 11 septembre, il s’agit d’un véritable forçage épistémologique. Pour éviter les problèmes d’identification du terrorisme global-cellulaire qui obligeraient à interroger les fondements du monde qu’ils participent à produire, les U.S.A. ont préféré répondre au niveau étatique, dans un véritable déni de la globalisation. C’est d’ailleurs ce même déni qui innerve les pratiques ethnocidaires lorsqu’elles se dirigent contre un supposé ennemi intérieur ce qui, en définitive, relève d’une causalité globale et pour le moins externe. Par temps de globalisation, « les minorités sont le site par excellence où déplacer les angoisses de nombreux États quant à leur propre minorité ou marginalité (réelle ou imaginée) » (p. 68). Et c’est ce même rejet du réel global qui explique les formes d’apartheids légaux que les États-nations européens exercent sur leurs ressortissants d’origine étrangère. Quand la souveraineté nationale devient défaillante parce qu’elle est attaquée ou transférée à des niveaux supérieurs, elle se venge, littéralement, sur le dos de certaines populations. C’est ce qui se passe aujourd’hui en France, avec – entre autres – les musulmans : quand l’économique échappe aux États-nations, reste le contrôle violent et parfois sanguinaire du culturel : « la perte quasi complète de la fiction d’une économie nationale […]ne laisse plus guère que le champ culturel comme domaine où puissent se déployer les fantasmes de pureté, d’authenticité, de frontières et de sécurité » (p. 41-42).




Mais ces dénis se paient au niveau même qui est dénié. Analysant les attentats à la bombe de juillet 2005 à Londres, Appadurai montre comment de jeunes musulmans « qui ont grandi en tant que Britanniques diasporiques dans un monde multiculturel où ils ne sont en aucun cas des citoyens de plein droit », qui peuvent d’ailleurs provenir du Pakistan comme de l’Inde, peuvent se sentir appartenir en réalité « non à une minorité terrifiée, mais à une terrifiante majorité – le monde musulman lui-même ». À force de subir un racisme légal, institutionnel, ou de voir les minorités musulmanes persécutées dans le monde, en Palestine, en Afghanistan, voici apparaître, en effet, « une minorité dont on peut avoir peur, parce que c’est la voix solitaire d’une majorité globale offensée » (p. 158-159). On comprendra que certains préféreront au bout du compte « s’identifier au monde cellulaire de la terreur globale plutôt qu’au monde isolant des minorités nationales » (p. 162). Et haïr l’Occident. De façon massive, ou ambivalente.




Appadurai identifie des processus de clivage, qui affecteront aussi bien des musulmans britanniques que des chauffeurs de taxi américains, ou que des personnes issues des élites indiennes qui auront été formées selon les normes américaines telles qu’elles sont dispensées par les organismes internationaux de haut niveau : on verra apparaître à la fois une valorisation de la vie américaine et une critique radicale de l’American way of life, une poursuite du rêve américain par tous les moyens possibles et le rejet de la politique américaine. « Ceux qui rêvent et ceux qui haïssent ne forment pas deux groupes », nous dit Appadurai. Les raisons de cette haine, ce sont bien entendu les pratiques historiques de la violence nord-américaine, aussi bien sur le territoire américain lui-même qu’à l’extérieur. Nous n’en ferons pas ici la liste (p. 172-179).




Un tel degré de complexité, d’hybridation et de clivage rend totalement improbable la thèse de Huntington relative au choc des civilisations . Si Appadurai pense, comme Huntington, que nous sommes entrés dans une « nouvelle phase de la guerre au nom de la seule idéologie », il lui reproche de soutenir que cette guerre oppose des civilisations représentées comme des « glaciers culturels avançant lentement, avec des fronts bien découpés et peu de variété interne », d’avoir « spatialisé » la culture sur fond de « primordialisme » et d’effacement des hybridations, dialogues et débats qui innervent lesdites civilisations. Ce que Huntington a complètement raté, c’est donc le fait que ces guerres peuvent parfaitement se dérouler à l’intérieur des civilisations, selon des lignes de fractures mouvantes qui ne peuvent être ramenées aux logiques de civilisations fixes sur lesquelles seraient implantés d’immuables États-nations. Autrement dit, Huntington a purement et simplement raté la globalisation (p. 163-167). Et manqué la formation de cette « haine à distance » qu’Appadurai voit se former : à distance géographique, comme il nous l’explique, mais aussi, on le comprend, à distance de soi-même, lorsqu’une personnalité soudain se clive entre ce qu’elle a adopté des valeurs américaines et ce qu’elle en rejette violemment. La haine à distance développe une nouvelle possibilité de massacre qui n’est plus, tel l’ethnocide ou le génocide, dirigée vers l’intérieur mais vers l’extérieur : l’« idéocide » ou le « civicide ». L’idéocide tend à diriger la haine vers l’extérieur, « ses cibles ne sont plus des États ou des régimes politiques spécifiques, mais des idées de civilisation » (p. 166-168). Le civicide est le massacre adéquat au régime global, il ne doit pas être pensé comme un choc des civilisations, mais comme une « civilisation mondiale des chocs » (p. 35).




De l’identité aux pratiques politiques transnationales




Appadurai nous avait prévenus, son objet est plutôt « sombre ». Mais pour une raison plus projective que descriptive. Car un civicide est condamné à l’échec. Parce qu’il est impossible de s’en prendre à une civilisation en croyant pouvoir la localiser spatialement, qu’il s’agisse de l’Occident, de la civilisation musulmane ou du monde hindou. Comme l’a parfaitement montré Naoki Sakai, l’« unité putative » de l’Occident doit être pensée comme West-and-the-rest, « configuration bipolaire  », c’est-à-dire comme rapport. S’en prendre à l’Occident, c’est aussis’en prendre à soi-même. De même que s’en prendre à des civilisations supposées autres et spatialement assignables, c’est aussi s’en prendre aux « traces » de ces autres en nous.




À l’ère globale encore plus qu’auparavant, un civicide est une auto-amputation sans sédatif. Après s’en être pris aux autres hors de soi, on ne pourra que s’en prendre à l’autre en soi, celui-là même qu’on ne voulait pas reconnaître, et c’est pour cela que toute épuration ethnique, tout génocide est condamné à terme au suicide – mais à terme seulement. Or ce qu’on appelle la globalisation change le rapport à l’espace-temps, et c’est directement, immédiatement, sans délai que la violence ayant pour but de « vérifier » une identité expose à l’autodestruction, parce que les divisions qui traversent le monde passent au coeur des identités individuelles et collectives, parce que les fictions identitaires qui laissent croire à l’étanchéité des sphères d’existences sont obsolètes. Si donc les violences identitaires sont dangereuses, ce n’est pas à cause de leur réussite possible, mais de leur échec programmé, que l’on peut vérifier aux moments mêmes de leur effectuation.




Il faut donc prendre acte du fait que les civicides dont parle Appadurai n’ont pas vraiment l’extérieur pour objet, puisque l’extérieur est à l’intérieur. C’est pour cette même raison que nous proposons de décrire le monde comme un ruban de Möbius. On pourrait peut-être reprocher à Appadurai de n’avoir pas interrogé le rapport entre ces massacres dans le lointain que furent les exterminations coloniales et ce qu’il nomme « idéocide ». Mais on accordera le fait que ce sont de nouveaux racismes qui se forgent aujourd’hui, prenant la culture comme l’un de leurs objets. Ce sont peut-être même des formes d’exophobie qui apparaissent aujourd’hui, des phobies du dehors, et des tentatives consistant à exterminer tout ce qui pourrait rappeler l’existence de ces dehors. La culture ne serait alors que le contenant du dehors qu’il faut conjurer. D’où l’importance, en définitive, de l’analyse géographique, ou mieux encore topologique des phénomènes politiques. Sur le ruban de Möbius global, « nos terroristes » ne « peuvent être simplement exorcisés comme de mauvais esprits, ou amputés comme des membres gangrénés » (p. 157).




Il nous faudrait ouvrir notre étude en direction d’un autre penseur, qui a lui aussi poussé à bout l’analyse de la « violence du global » et le lien intime du terrorisme et de la mondialisation, Jean Baudrillard. Pour ce dernier, le terrorisme est en définitive une sorte de combat du monde avec lui-même : « n’importe quel être inoffensif n’est-il pas un terroriste en puissance ? » écrivait-il, non pour justifier les enquêtes de police, mais pour affirmer à quel point la globalisation informe, travaille en profondeur tous les êtres. Avec Baudrillard, l’on pourrait radicaliser un peu plus encore l’hypothèse de cette conformation globale. Et s’il fallait, de façon symétrique, montrer l’avantage sur un point au moins de la pensée d’Appadurai sur celle de Baudrillard, ce serait sur celui-ci : là où Baudrillard pense directement et sans médiation le rapport du globe à ses composantes, Appadurai rappelle que ce rapport s’effectue sur trois niveaux : celui des individus, celui du globe et celui des collectifs. Des collectifs nationaux dans la tourmente, déformés, angoissés, décomplétés, mais sans lesquels la logique de la violence et ses modalités concrètes demeureraient incompréhensibles.




Dans Après le colonialisme, Appadurai montrait l’émergence des « sphères publiques diasporiques » sur fond d’« ethnoscape », ce « paysage formé par les individus qui constituent le monde mouvant dans lequel nous vivons » (p. 71). Dans Géographie de la violence, il insiste sur la façon dont cette articulation de l’intériorité nationale à son extériorité peut être intégrée dans des dispositifs d’oppression. Mais la fin de cet essai, à la manière d’un troisième temps dialectique, donne voix aux réseaux d’activistes transnationaux qui ne se définissent pas tant par une identité que par une pratique politique. C’est bien en effet en sortant de la logique des identités autoréférées, et en favorisant la création de collectifs transnationaux ayant des objectifs politiques d’émancipation précis que l’on pourra éviter les idéocides. Le reste sera vain – ou pire.



Frédéric Neyrat
Frédéric Neyrat est docteur en philosophie, directeur de programme au Collège international de philosophie. Il a notamment publié Fantasme de la communauté absolue ; L'Image hors-l'image ; Surexposés : le monde, le capital, la terre ; L'Indemne. Heidegger et la destruction du monde ; Biopolitique des catastrophes ; Instructions pour une prise d'âmes. Artaud et l'envoûtement occidental; ainsi que Le Terrorisme. La tentation de l'abîme.
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Pour citer cet article : Frédéric Neyrat, « à l’ombre des minorités séditieuses », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 06/05/2010, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=18
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Rili, Numéro 1, septembre-octobre 2007

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septembre-octobre 2007


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


David Laitin - Creusets Caucasiens

à propos de
Georgi Derluguian, Bourdieu’s Secret Admirer in the Caucasus


Stuart Hall - entretien avec Stuart Hall (1re partie)

Emilie Bickerton - Emilie Bickerton

Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Mathieu Potte-Bonneville - Ombres d’utopie

à propos de
Orson Scott Card, La Saga des ombres et Le Cycle d’Ender


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Sandrine Lefranc - Le partage de la méfiance

à propos de
Jean Hatzfeld, La Stratégie des antilopes
Scott Strauss et Robert Lyons, Intimate Enemy


Jim Endersby - Le mythe du darwinisme

à propos de
Charles Darwin’s, Origin of Species et The Correspondance of Charles Darwin, vol. xiv et xv


Perry Anderson - La London Review of Books : un portrait

Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History




Articles en accès libre

Yves Citton - Foules, nombres, multitudes : qu'est-ce qu'agir ensemble ?

à propos de
Collectif, Local Contemporain n°5
Thomas Berns, Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique
Pascal Nicolas-Le Strat, Expérimentations politiques
Pascal Nicolas-Le Strat, Moments de l'expérimentation


Philippe Minard - « À bas les mécaniques ! »: du luddisme et de ses interprétations

à propos de
François Jarrige, Au temps des "tueuses à bras". Les bris de machines à l'aube de l'ère industrielle (1780-1860)


Jérôme Vidal - La dernière « intox »
de l’industrie atomique :
le nucléaire, une énergie propre et sûre

à propos de
À propos de Frédéric Marillier, EPR. L’impasse nucléaire,


Charlotte Nordmann - Insoutenable nucléaire

à propos de
À propos de Laure Noualhat, Déchets, le cauchemar du nucléaire,


A l'attention de nos lecteurs et abonnés

La Revue internationale des Livres et des Idées reparaît en septembre !

"Penser à gauche. Figures de la pensée critique" en librairie

Jean-Numa Ducange - Editer Marx et Engels en France : mission impossible ?

à propos de
Miguel Abensour et Louis Janover, Maximilien Rubel, pour redécouvrir Marx
Karl Marx, Le Capital


J. R. McNeill - La fin du monde est-elle vraiment pour demain ?

à propos de
Jared Diamon, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie


Antonio Negri - Produire le commun. Entretien avec Filippo Del Lucchese et Jason E. Smith

Alfredo Gomez-Muller - Les luttes des "indigènes en Bolivie : un renouveau du socialisme ?

Arne Næss et la deep ecology: aux sources de l'inquiétude écologiste

Comment vivons-nous ? Décroissance, "allures de vie" et expérimentation politique. Entretien avec Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

Giovanna Zapperi - Neutraliser le genre ?

à propos de
Camille Morineau, L'adresse du politique


Politiques du spectateur

Partha Chatterjee - L’Inde postcoloniale ou la difficile invention d’une autre modernité

Le climat de l’histoire: quatre thèses

Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro