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Proust et l'antisémitisme

A propos de Alessandro Piperno, Proust antijuif (trad. Fanchita Gonzales Batlle)

par Stéphane Chaudier

à propos de

Alessandro Piperno

Proust antijuif

trad. Fanchita Gonzales Batlle

En octobre 2007 sortait la traduction d’un livre au titre provocateur,Proust antijuif, écrit par Alessandro Piperno. Stéphane Chaudier saisit cette opportunité pour rendre justice à toute la complexité et l’ambiguité des rapports de Proust à la judaïté.





Antijuif, Proust ? On souhaiterait pour les Juifs qu’ils n’aient jamais eu d’ennemis plus dangereux. N’est-ce pas Proust, en effet, qui écrit dans La Recherche : « Qu’au lieu de l’affaire Dreyfus il fût survenu une guerre avec l’Allemagne, le tour du kaléidoscope se fût produit dans un autre sens. Les Juifs ayant, à l’étonnement général, montré qu’ils étaient patriotes, auraient gardé leur situation … » (I, p. 508 ). En 1919, les lecteurs qui découvraient À l’ombre des jeunes filles en fleurs savaient à quoi s’en tenir sur le comportement des Juifs pendant la guerre. Le locuteur montre ainsi l’ineptie du préjugé antisémite à l’origine de cet « étonnement général » malicieusement souligné par le texte. Dans le volume qui suit, le lecteur entendra Charlus expliquer, avec un large sourire, que Dreyfus « aurait commis un crime contre sa patrie s’il avait trahi la Judée, mais qu’est-ce qu’il a à voir avec la France ? » (II, p. 584) : pour peu qu’il ait un peu de mémoire et de finesse, le lecteur de Proust n’aura guère de peine à prendre cum grano salis les tirades et autres traits antisémites dans La Recherche.



Antisémite, Proust ? Qu’on en juge : « Pour les Juifs en particulier, il en était peu dont les parents n’eussent une générosité de coeur, une largeur d’esprit, une sincérité à côté de laquelle la mère de Saint-Loup et le duc de Guermantes ne fissent piètre figure morale par leur sécheresse, leur religiosité superficielle qui ne flétrissait que les scandales, et leur apologie d’un christianisme aboutissant infailliblement … à un colossal mariage d’argent » (II, 702). Qui chérit l’argent plus que tout ? Qui se révèle dénué de toute profondeur morale ? Les Juifs ? Non. Les Guermantes. Ils incarnent la fine fleur de l’aristocratie française. Si le snobisme contraint à fréquenter des nobles antisémites, à leur faire bon visage, il n’oblige pas à être dupe, et à leur donner raison.



Est-ce à dire que l’essai de Piperno est sans intérêt ? Bien au contraire. Une fois écartée la thèse affichée par le titre, ce livre propose un extraordinaire parcours dans La Recherche – car les représentations ambiguës des Juifs sont l’un des postes d’observation les plus fascinants pour saisir l’art du romancier, et son sens de la complexité. Mais ces ambiguïtés ne permettent pas de dire que Proust est antijuif ; comme Piperno lui-même le montre avec subtilité, elles s’expliquent sans qu’il soit besoin d’invoquer un antisémitisme d’ailleurs bien difficile à définir. Mais alors pourquoi ce titre ? Pourquoi ce désir de suspecter le romancier, de l’accuser ou de le disculper ? En ce sens, le livre de Piperno éclaire les contradictions de notre temps. Nous louons La Recherche d’être une oeuvre polyphonique, ouverte, labile et ambiguë ; mais dès que cette ambiguïté relativise ce qui nous tient à coeur et que nous considérons comme nos valeurs fondatrices, nous perdons tout sang-froid – et nous éprouvons un curieux sentiment de gêne ou de trahison. Nous aimons l’histoire plus que tout (car qui aujourd’hui oserait argumenter contre le « sens historique » ?) ; mais nous souffrons de voir que Proust n’a décidément pas le même regard que nous sur les Juifs et sur l’antisémitisme. « Il juge, et le plus souvent il blâme les comportements juifs » (p. 65), rappelle Piperno. Sans doute, mais au nom de quoi ? Non d’un préjugé antijuif mais parce que Proust constate, représente et accepte en partie l’opposition mondaine entre un pôle élégant, désirable (la vieille aristocratie française, qui n’est pas toujours antisémite) et un pôle inélégant (les Juifs soucieux de plaire et accumulant gaffes, maladresses et ridicules). Dans La Recherche, celui qui aime (quels que soient son sexe ou ses origines) n’est presque jamais aimé ; et celui qui désire doit s’attendre à être humilié par l’objet de son désir, et en raison même de ce désir.



Ainsi s’expliquent les ambiguïtés savamment distillées dans le roman ; je reconnais qu’elles ne rendent pas la tâche facile à celui qui veut prendre appui sur La Recherche pour lutter contre l’antisémitisme. Mais une tâche facile n’est sans doute pas d’un grand intérêt intellectuel ; et il n’est pas sûr que les ambiguïtés de Proust ne rendent pas service au militant en lui permettant d’éviter des erreurs ou des naïvetés dont ses adversaires intelligents (car il en est, malheureusement) pourraient à bon droit se gausser.



Un titre, une thèse, des contradictions



Il le faut avouer, le livre commence assez mal. Dans son « Introduction à l’édition française », Piperno avoue sans ambages : « Comment vous sentiriez-vous si quelque feu intérieur vous contraignait à calomnier l’écrivain que vous idolâtrez plus que tout autre ? » (p. 9). La réponse n’est que trop aisée : de l’idolâtrie, il ne peut rien sortir de bon. Proust et la Bible seraient d’accord sur ce point. Un peu agacé, le lecteur se prend à relever, crayon en main, toutes les contradictions non de Proust mais de Piperno. Proust serait « un homme d’une mauvaise foi manifeste » (p. 13). La Recherche masque « sa vie d’homosexuel salonnard et insatisfait » (p. 11) ; ce roman est « un chef-d’oeuvre de dissimilation » (p. 12). La thèse se profile : humilié par ses origines juives, Proust aurait écrit un roman antijuif. Or si Proust se sent honteux d’être juif, c’est bien parce que la société française, antisémite, lui a instillé ce sentiment. C’est donc elle qui est coupable ; d’abord accusé, Proust redevient, à notre grand soulagement, victime « du privilège et du malheur d’avoir vécu une des périodes les plus subliminalement violentes et fascistes de l’histoire de France » (p. 16). Pauvre Proust ! Le génie est pitoyable qui perd le seul combat qui vaille : celui qui le met aux prises avec les tares de son époque.



Piperno me semble mieux inspiré quand il fait de Proust un maître de l’« ambiguïté » (p. 15) ; mais le prédicat « Proust antijuif » ne témoigne guère de cette « ambiguïté » qui caractérise l’auteur de La Recherche. Dans la lettre magnifique où Proust explicite pour Montesquiou son rapport à la judéité, Piperno discerne « une honnêteté exemplaire, qui annonce déjà ce souci de la vérité qui est l’inspiration fondamentale de La Recherche » (p. 32). Et un peu plus loin : « il se peut que son idéologie et sa poétique puissent se réduire à une tension implacable vers la recherche de la vérité » (p. 63). Que croire ? « Honnêté exemplaire » ou « chef-d’oeuvre de dissimulation » ? La perplexité augmente quand on lit « qu’il n’appartient pas au critique littéraire de porter un jugement moral sur un auteur (pas même si celui-ci est un véritable criminel) » (p. 16). Or être antisémite est aujourd’hui un crime en France ; mais qu’importe, si le critique littéraire ne doit pas émettre de jugements moraux. C’est pourtant bien un point de vue moral qu’exprime ce constat de Piperno : « il n’est pas facile d’accepter l’idée que, dans le fond, Proust avait aussi adhéré à une doctrine raciste, qui n’a naturellement rien de violent ni de discriminatoire, mais qui … avait pour lui la clarté de l’évidence » (p. 61-62). On se demande ce qu’il reste d’une doctrine raciste qui ne serait ni violente ni discriminatoire. Mais très vite, la perspective change encore : « … ses convictions intimes sur le racisme au fond nous intéressent peu … » (p. 63). Dénégation ?



Comme chacun d’entre nous, Piperno commence par faire allégeance à l’histoire. « Le fait est qu’au temps de Proust le préjugé démocratique n’existait pas » ; « démocratie et libéralisme n’étaient pas ces fétiches irremplaçables qu’ils sont aujourd’hui dans le monde occidental » (p. 23). Il est certes nécessaire de lever tout « obstacle à une compréhension plus large de l’histoire » (p. 23) ; mais c’est pourquoi le rapprochement entre Swann et Zweig me semble historiquement peu fondé et partant, peu convaincant : « la découverte que fait Zweig de la souffrance de la discrimination, suivie de son adhésion tardive au judaïsme … est en tous points semblable au dreyfusisme ultime de Swann qui à la fin de sa vie … comprend qu’un mur infranchissable le sépare des membres de ce milieu » (p. 74). Ce parallèle paraît difficile à soutenir quand Piperno lui-même rapporte, page 162, ce jugement du narrateur sur Swann : « Le dreyfusisme avait rendu Swann d’une naïveté extraordinaire et donné à sa façon de voir une impulsion, un déraillement plus notables encore que n’avait fait autrefois son mariage avec Odette » (II, p. 869-870). Certes, cette phrase si sévère n’épuise pas la richesse du dernier Swann, qui redécouvre son identité juive avec l’affaire Dreyfus. Mais elle interdit, je crois, de comparer Proust et Arendt : « elle reconnaissait en outre dans l’attitude passive que ce Juif Zweig a adoptée vis-à-vis des autorités nazies et dans son sort tragique une image de l’ambiguïté et de l’irrésolution typiques de cette génération (n’était-ce pas exactement ce que Proust reprochait aux Juifs de nombreuses années avant la Shoah ?) » (p. 74). Il n’est pas sûr que Proust, dans La Recherche, reproche quoi que ce soit aux Juifs de son temps. Et il me semble encore plus difficile encore de soutenir qu’un Proust « antijuif » fût tenté de se faire le moniteur d’une communauté qu’il aurait exécrée. Son ton est presque toujours celui du constat, plus ou moins ironique, parfois sévère ou injuste, parfois coloré d’une affection pudique : « il est probable que ce milieu devait renfermer comme tout autre, peut-être plus que tout autre, beaucoup d’agréments, de qualités et de vertus. Mais pour les apprécier, il eût fallu y pénétrer. Or, il ne plaisait pas, le sentait, voyait là la preuve d’un antisémitisme contre lequel il faisait front en une phalange compacte close où personne d’ailleurs ne songeait à se frayer un chemin » (II, p. 98). Le début est empreint de sympathie ; la chute, plus mordante.



Antisémitisme et histoire



Le livre de Piperno aborde une question cruciale : l’antisémitisme est-il un objet historique ? Piperno le définit comme « une malformation des viscères ». « Il n’existe pas d’argument pour le vaincre parce qu’il n’en existe pas non plus pour le défendre, du simple fait qu’il n’est autre qu’un choix irrévocable de l’estomac, du coeur et des nerfs » (p. 34). Ce point de vue essentialiste interprète l’antisémitisme comme une pathologie. C’est peut-être l’opinion de Sartre ; je ne suis pas sûr que ce point de vue soit le mieux à même de nous introduire à la complexité des représentations que nous offre La Recherche. M. Bloch père, juif et dreyfusard, « avait trouvé Mme Sazerat charmante » ; il « était particulièrement flatté de l’antisémitisme de cette dame qu’il trouvait une preuve de la sincérité de sa foi et de la vérité de ses opinions dreyfusardes » (II, 585). Mme Sazerat, « seule de son espèce à Combray », est en effet convaincue de l’innocence de Dreyfus ; elle est pourtant antisémite. Il faut donc s’y résigner : La Recherche peint une époque où l’antisémitisme n’est pas encore ce qu’il est devenu pour nous, un objet de scandale et de réprobation quasi unanime. Pour faire l’éloge du prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen, Mme de Marsantes s’exclame : « Ah ! je sais qu’il est très bien pensant, … et c’est si rare parmi les étrangers. Mais je suis renseignée. C’est l’antisémitisme en personne » (II, 553). Le narrateur montre la rencontre entre une classe sociale et un discours politique, et de cette collusion, il fait un objet de satire ; c’est au lecteur qu’il incombe de retrouver, en archiviste de l’intime, l’humour aujourd’hui difficilement compréhensible du texte. En aucun cas Mme de Marsantes n’est décrite comme un monstre. Pourquoi cette retenue ?



Piperno nous aide à le comprendre. Proust se méfie des indignations faciles – de la pose théâtrale de celui qui aime à dénoncer le mal : « Et croyez-vous que la mère de Robert c’est-à-dire Mme de Marsantes, une femme pieuse, dit qu’il faut qu’il reste à l’île du Diable, même s’il est innocent, n’est-ce pas une horreur ? » (II, 462). Qui parle ainsi ? Rachel, comédienne juive, qui a ce jeu de mots ignoble lorsque son amant lui refuse le bijou qu’il finira par lui offrir : « C’est bien ce qu’on dit : Marsantes, Mater Semita, ça sent la race ! » (II, 476). Rachel n’est pas antisémite, elle est inconséquente. Et Proust ? Piperno montre qu’il est un analyste perspicace de l’antisémitisme. Pour Charlus, la « vente d’un château aristocratique à une riche famille juive n’apparaît pas comme une transaction légitime entre deux parties, mais au contraire comme une sorte d’appropriation indue » (p. 57), une sorte d’expropriation. Piperno rapporte aussi un passage peu cité de La Prisonnière : c’est à partir du moment où il contracte un prêt auprès de Nissim Bernard, l’oncle de Bloch, que Morel devient antisémite. Il menace son créancier d’un procès « et comme il n’y a plus de justice en France, surtout contre les Juifs », du moins, à ce que prétend Morel, il ne sort plus qu’« avec un revolver chargé » (III, 563). Dénoncé comme un cliché, le propos antisémite sur l’impunité supposée des Juifs est ridiculisé par cette histoire grotesque de « revolver chargé ».



Pour tirer tout le profit du livre de Piperno, il me semble qu’il faut se garder de deux tentations auxquelles l’ouvrage lui-même ne résiste pas toujours. La première est de lire La Recherche à la lumière de la catastrophe qui a suivi – et de faire de la Shoah le point à partir duquel réinterpréter toute l’histoire des représentations des Juifs et de l’antisémitisme en Occident. On l’a vu avec Rachel : au temps de Proust, l’antisémitisme est une rhétorique si commune que presque tous s’en servent, y compris des Juifs. Voilà qui définit la « Belle Époque » : s’il y a des antisémites convaincus, il y a aussi des discours antisémites sans portée – et qui ne prouvent rien d’autre qu’un défaut d’esprit critique, une perméabilité assez bête à un climat ambiant qui aujourd’hui paraît délétère. Le lien entre l’antisémitisme et les menaces qui pèsent sur les Juifs n’apparaît presque jamais dans La Recherche – et le passage très ironique où « une dame catholique dit à une dame juive que son curé blâme les violences contre les Juifs en Russie et qu’il admire la générosité de certains Israélites » (II, 407, cité p. 152) est le seul à ma connaissance où il soit question des pogroms. Faut-il conclure de cela à l’aveuglement de Proust ? Je crois plutôt que La Recherche permet de mesurer l’épaisseur de l’histoire, puisque, d’une génération à l’autre, et jusqu’au sein d’une même époque, la perception des périls et la hiérarchie des préoccupations varient de manière très notable.



La seconde tentation à surmonter est celle de construire une sorte d’ethos proustien, une forme de « caractère » qui expliquerait la manière dont Proust (se) représente les Juifs. La Recherche est un roman ondoyant, à propos duquel on peut affirmer tout et son contraire quand on veut y trouver le portrait de son auteur pour expliquer l’oeuvre. C’est ainsi que Piperno dresse d’abord le portrait d’un écrivain insensible : « son effort tend à ne pas se laisser aller à la colère de l’indignation, à regarder la réalité à une distance suffisante pour qu’elle lui garantisse la plus grande compréhension possible. Il veut être intelligent à tout prix, quitte à mettre en péril toute compassion humaine … » (p. 16). Mais il offre ensuite une image toute différente, celle d’un Proust incapable de prendre le moindre recul face à ses propres passions : « la compassion pour la condition juive coexiste en lui d’une manière incroyable avec l’antisémitisme. … Il existe (et Proust en est une preuve vivante) une psychologie dans laquelle prennent place en même temps un orgueil caché et profond de faire partie d’une caste de différents, et le sentiment de l’insuffisance de cette condition. Et cela amène par moments de violentes colères contre soi-même, contre son peuple, contre ses propres atavismes incontrôlés » (p. 80-81).



La complexité de Proust



Le livre de Piperno pose une question décisive : celle du passage de Jean Santeuil à La Recherche. Militant dreyfusard, se peignant lui-même dans Jean Santeuil comme passionné par l’Affaire, Proust refuse de défendre avec chaleur et conviction la cause des dreyfusards dans La Recherche : « pourquoi Proust ne finit-il pas par refuser avec indignations les arguments du baron ? », demande Piperno (p. 61). De fait, face à l’erreur et à l’ignominie, La Recherche ne fait pas entendre la voix d’un porte-parole autorisé qui rétablirait la vérité et la justice. La question de Piperno me semble importante : priver les valeurs les plus légitimes du droit de paraître avec crédibilité sur la scène d’un roman est un choix problématique. On peut savoir gré à Piperno de ne pas avoir évacué la question de l’engagement de Proust au nom du droit imprescriptible du roman à la polyphonie ou à l’ambiguïté. Pourquoi le jeune militant dreyfusard se transforme-t-il en ce romancier dont le chef-d’oeuvre manifeste tant de réticences à l’égard de la cause dreyfusarde ? « Le seul à montrer un désintérêt complet pour l’Affaire est le narrateur …. Son non-engagement est absolu » (p. 150-151) ; or cette prise de distance du narrateur semble approuvée par le romancier – qui y voit la seule manière d’éviter les pièges et les ridicules de l’esprit de parti.



Dès 1896, dans l’échange épistolaire entre Proust, apprenti homme de lettres, et son prestigieux aîné, le comte de Montesquiou, Proust montre un tact qui étonne. « Pourquoi n’avoir pas manifesté cette ardeur caractéristique des jeunes libéraux ou des petits Juifs pour faire comprendre au défenseur d’un camp adversaire et hostile, au besoin avec une violence ridicule, les raisons essentielles de la tolérance ? » (p. 33), demande Piperno. Le fait est que Proust est prudent, subtil, soucieux de ses intérêts mondains ou littéraires, quand les enjeux nous paraissent appeler un engagement plus ferme, plus net – et osons le dire, plus courageux. Force est de constater que, face aux antisémites, Proust n’a pas la rhétorique et l’attitude qui plaisent à notre époque. Pour apprécier le riche nuancier des positions de Proust sur ses origines juives et plus généralement sur la situation des Juifs à son époque, Piperno propose des pistes qui me semblent excellentes.



La première consiste à rappeler le piège identitaire dans lequel est enfermé le jeune Juif qui veut (et qui peut) faire une carrière mondaine. Deux possibilités s’ouvrent à lui : soit il se nie comme Juif, et il s’élève ; soit il revendique comme Juif, et la porte des salons se ferme (p. 39). En Swann, Proust illustre (et ce faisant révèle) la loi que Piperno résume très bien : « s’il est une chose que les hommes du grand monde ne peuvent pas pardonner à un Juif c’est de défendre dans un salon d’autres Juifs ou le judaïsme en général » (p. 148). Ce malaise identitaire, Proust le représente en Bloch, en Swann, en Rachel, mais aussi en Gilberte Swann, devenue Gilberte S. de Forcheville, et qui renie par cette majuscule sibylline l’héritage juif qui lui vient de son père. Mais cela n’autorise pas à penser que Proust prône pour les Juifs la voie d’une redécouverte et une réappropriation de la culture juive, comme le suggère Piperno (p. 65-67). À l’égard du salon aristocratique, Proust se garde bien de la tentation qui consiste à vouloir le réformer ou l’amender : les salons sont ce qu’ils sont ; l’impétrant juif accepte ou refuse les règles du jeu mondain, que nul ne le contraint à jouer. Or si hostiles qu’ils soient au jeune Juif, les salons aristocratiques représentent pour lui la chance, notée par Proust, mais rarement soulignée par ses commentateurs, d’échapper aux pesanteurs du milieu juif :



« Bloch étant mal élevé, névropathe, snob, et appartenant à une famille peu estimée supportait comme au fond des mers les incalculables pressions que faisaient peser sur lui non seulement les chrétiens de la surface, mais les couches superposées des castes juives supérieures à la sienne, chacune accablant de son mépris celle qui lui était immédiatement inférieure. Percer jusqu’à l’air libre en s’élevant de famille juive en famille juive eût demandé à Bloch plusieurs millions d’années. Il valait mieux chercher à se frayer une issue d’un autre côté » (II, p. 103).



Du côté de Guermantes, précisément – où Bloch finit par être reçu, sous le nom de Jacques du Rozier.



Pour éviter les pièges qui guettent le jeune snob ou l’ambitieux d’origine juive, Proust invoque face à Montesquiou le principe de « suprême convenance ». Obligé de définir son identité, il explique : « si je suis catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est juive » (cité p. 31). Que signifie concrètement ce principe ? Il détermine le comportement suivant : Proust peut discuter avec un antisémite, mais il ne saurait « adhérer » aux « idées de politique sociale » que le comte voudra bien lui exposer. À la fin de son livre, Piperno rend compte avec une grande subtilité de cette complexité proustienne : « il n’existe pas pour lui de communauté d’appartenance » (p. 177). De cette position inconfortable, Proust a tiré tout le parti souhaitable car, comme le dit très bien Piperno, il est « plus aisé de se sentir exclusivement du côté de la raison et de la justice […]que d’essayer de comprendre les motivations des autres en se penchant avec un esprit libre sur leurs souffrances particulières » (p. 181). Pour mener à bien cette tâche morale, Proust dispose d’un « don de l’esprit » : il est « le prince du mimétisme » (p. 76). Cette qualité si nécessaire à qui veut s’assimiler n’est pas seulement une arme de défense ; c’est aussi une vertu dès lors qu’en elle parviennent à s’unir sympathie et lucidité, compassion et capacité d’analyse.



Proust n’aide pas à trancher le débat entre le partisan de l’engagement, qui met en avant son propre courage et sa générosité, et le tenant du non-engagement, très sensible à la vanité, aux dangers et aux aveuglements de la passion politique. Dans les pages les plus brillantes de son essai (« L’écran de l’ironie », p. 133-156), Piperno cerne très bien l’évolution de Proust ; d’abord épris de rhétorique, croyant que les valeurs suprêmes peuvent à la fois s’inscrire et triompher au tribunal et dans la cité, Proust finit par se déprendre de ce qu’il estime être des illusions. L’affaire Dreyfus n’est plus selon lui que le prétexte à des querelles vaines, des débats stériles, des manoeuvres indignes. Proust n’est pas opposé à la politique en tant que telle, et il ne cessera pas de s’y intéresser ; mais il observe qu’elle est la propriété quasi exclusive des habiles et des médiocres. D’où cette déprise – qui ne va pas jusqu’au dégoût. De cette mise à distance des passions politiques, la littérature, valeur refuge, profite sans doute : car c’est elle qui finit par accueillir le pôle éthique du Bien, du Désirable ; c’est elle qui fournit la certitude d’une conduite droite, noble, conforme aux exigences de la « vraie vie ». Est-ce à dire que Proust ne peut en rien aider le militant soucieux de se construire une éthique ? Je ne le crois pas – et j’en veux pour preuve ce texte magnifique que rapporte Piperno (p. 161) :



« Je causai un instant avec Swann de l’Affaire Dreyfus et je lui demandai comment il se faisait que tous les Guermantes fussent antidreyfusards. « D’abord parce qu’au fond tous ces gens-là sont antisémites » répondit Swann qui savait pourtant par expérience que certains ne l’étaient pas mais qui, comme tous les gens qui ont une opinion ardente, aimait mieux, pour expliquer que certaines personnes ne la partageassent pas, leur supposer une raison préconçue, un préjugé contre lequel il n’y a rien à faire, plutôt que des raisons qui se laisseraient discuter » (II, p. 868).



Ce texte est un trésor : finesse, sagesse, sérénité. Le militant dreyfusard ou antidreyfusard est invité à se montrer à la fois subtil et humain : respecter l’adversaire (surtout quand il ne paraît pas respectable) ; préférer au propos essentialiste (stérile, réversible) les « raisons qui se laissent discuter ». Proust rejoint ainsi le conseil d’Arendt, qui disait : « si l’on veut détruire les préjugés, il faut toujours en premier lieu retrouver les jugements passés qu’ils recèlent en eux, c’est-à-dire en fait mettre en évidence leur teneur de vérité  ».



Brève bibliographie



– Brun, Bernard, « Sur quelques plaisanteries antisémites dans les manuscrits de rédaction de Proust », dans Marcel Proust 4, Proust au tournant des siècles, Minard, Lettres modernes, Paris-Caen, 2004, p. 41-52.



– Brun, Bernard, Marcel Proust, Le Cavalier bleu, coll. « Idées reçues », Paris, 2007.



– Compagnon, Antoine, « Le Narrateur en procès », in Marcel Proust 2, Nouvelles directions de la recherche proustienne, Minard, Lettres modernes, Paris-Caen, 2000, p. 309-334.



– Hassine, Juliette, « Judéité », article de synthèse dans le Dictionnaire Marcel Proust, Annick Bouillaguet et Brian G. Rodgers (dir.), Champion, Paris, 2004, p. 537-540.



Stéphane Chaudier
Stéphane Chaudier est maître de conférences en langue et littératures françaises à l'université de Saint-Étienne. Il est notamment l'auteur de Proust et le langage religieux : la cathédrale profane.
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Pour citer cet article : Stéphane Chaudier, « Proust et l'antisémitisme », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 05/04/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=126
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Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro