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A bord des Négriers

A propos de Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History

par Antonio Mendes

à propos de

Marcus Rediker

The Slave Ship. A Human History

En prenant pour objet central de son étude historique le lieu clos du navire négrier, Marcus Rediker rompt avec les traditions historiographiques de la traite, généralement focalisée sur les seules questions de chiffres. Se fondant sur des milliers d’archives et sur un travail d’historien minutieux, il nous propose au contraire de vivre une expérience empathique en nous plongeant au coeur de l’horreur tapie au fond des cales des navires négriers.



Marcus Rediker est un auteur reconnu. Ses derniers ouvrages ont été unanimement plébiscités dans et hors des frontières états-uniennes, par le grand public comme par le monde des spécialistes de l’histoire atlantique. Une reconnaissance unanime, rare à ce niveau, qu’il doit à la fluidité de son écriture, mais aussi et surtout à cette capacité peu commune chez les historiens actuels à placer la vie des hommes au centre du récit. Après plusieurs études remarquables sur les hommes de la mer – capitaines, marins, flibustiers et pirates –, Marcus Rediker nous livre avec The Slave Ship. A Human History une vision détonante autant qu’édifiante de la traite transatlantique, avec sa succession de brutalités innombrables et innommables. Une histoire de la traite différente de celle qu’on a pour habitude de lire chez les historiens professionnels, moins technique, moins scientifique, mais plus « humaine ». Si, au XVIIIe siècle, la traite s’inscrivait dans une normalité, si sa pratique ne soulevait pas de contestations, l’histoire de la traite négrière n’est pas une histoire comme les autres et l’on ne doit jamais oublier que derrière les « pièces », l’activité marchande, les catégories, les flux, les taux… il y eut des êtres vivants. Il ne suffit pas de chercher à comprendre comment de tels actes purent être commis, encore faut-il décrire au plus près de l’horreur, en mettant des noms sur les victimes et sur leurs « bourreaux ». En un mot, témoigner pour l’Histoire et maintenir vivace le souvenir des crimes du passé.



Dès l’introduction, Marcus Rediker ne cache pas combien la confrontation directe avec les archives manuscrites l’a traumatisé, le conduisant à une réflexion longue et profonde sur la nature humaine : tout homme condamne la traite négrière et ne peut ressentir qu’un sentiment de dégoût à lecture de tant d’horreurs : enfants, femmes et hommes enchaînés, battus, amputés, torturés, marqués au fer rouge, jetés par-dessus bord, échangés comme du bétail. Si beaucoup de livres et d’articles ont été publiés ces dernières années sur la traite et l’esclavage, avec The Slave Ship. A Human History nous avons l’un des premiers sinon le premier livre dont le navire négrier est l’objet central et quasi exclusif ; pas un navire ou un voyage en particulier, mais l’univers de ces milliers de navires qui transportèrent des millions d’êtres humains entre les littoraux d’Afrique et d’Amérique. Le singulier du titre, The Slave Ship [Le Navire négrier], n’est pas qu’un effet de rhétorique ; il traduit la volonté de décrire l’horreur depuis l’intérieur du navire et à partir de ses « locataires », de mettre des noms sur des visages de marins et d’esclaves, de situer et de nommer afin d’humaniser ces millions de victimes noires oubliées dont il ne reste aujourd’hui qu’une brève mention manuscrite, quand il en existe une.



À l’intérieur du navire



À la fin du XVIIIe siècle, les abolitionnistes anglais avaient choisi de mettre l’accent sur des cas emblématiques, des figures choisies, dans l’optique de susciter l’émotion et la compassion des foules. La diffusion de la représentation de l’intérieur du navire Brooks, avec ses rangées d’esclaves alignés et serrés les uns contre les autres, fit à l’époque le tour des grandes capitales occidentales, suscitant l’effroi et l’indignation de la population. Jusqu’alors, la traite était une histoire sans images ; pour la première fois, une figure capturait la logique froide et brutale de l’économie négrière capitaliste et exposait au grand jour la détresse des esclaves. On ne captait pas encore la voix des esclaves, mais on pouvait se représenter la souffrance de ces hommes, passés soudainement du statut de « nègres » au rang d’hommes. Deux siècles révolus, le dernier ouvrage de Marcus Rediker reprend à son compte cette démarche, en replaçant les horreurs de la traite britannique des Noirs au coeur d’un débat historique dominé ces trois dernières décennies par le débat sur les « nombres » : le lecteur est immergé dans la profondeur des cales ; le temps d’un voyage, il partage le quotidien des « personnages ». Le livre est constitué de dix chapitres construits autour d’une galerie de portraits d’hommes et de femmes, de récits de marchands, de marins. Ces fragments de vie mis sur le papier sont tout sauf anecdotiques : ils nous font vivre la « barbarie » au quotidien et laissent percevoir la complexité et la singularité des expériences individuelles : ces hommes blancs qui participaient à la traite n’étaient pas au départ des êtres asociaux, des brutes ou des sadiques ; ils venaient de tous les milieux sociaux, culturels, géographiques ; leurs vies furent tout sauf linéaires.



Trois figures sont en bonne place dans le récit de Marcus Rediker. Le marchand James Field Stanfield fut l’un de ces marins impliqués dans le commerce du bois d’ébène qui mirent par écrit leur expérience personnelle de l’horreur. En septembre 1774, il quitta Liverpool à bord de l’Eagle, un navire négrier qui se rendit à Gato (Bénin). En 1775, James Field Stanfield arrivait à la Jamaïque avec 190 esclaves. Les 32 membres d’équipage avaient pour la plupart été engagés de force, parfois pour payer une dette contractée dans une taverne, souvent pour assurer la survie de toute une famille restée en métropole. Les rationnements en eau et en nourriture, la maladie, la brutalité du capitaine, les mauvais traitements, les abus, la saleté, la promiscuité à bord du navire, dont chaque recoin était occupé par les articles de la traite, le voisinage avec la mort, tout cela faisait de chaque voyage un moment surhumain. Beaucoup de marins n’étaient encore que des enfants et des adolescents, plus exposés que d’autres aux violences.



John Newton effectua quatre voyages négriers entre 1748 et 1754. Auteur prolifique, il laissa les récits de ses voyages, mais aussi 127 lettres adressées pour la plupart à sa femme. En 1749, lors de son premier voyage en tant que pilote, il fut le témoin d’une révolte à bord du navire. Seuls 156 sur les 218 esclaves embarqués en Afrique arrivèrent à Charleston. À la fin de sa vie, Newton embrassa la cause abolitionniste, suivant l’exemple de John Riland, fils d’un planteur de la Jamaïque, qui avait fait fortune dans le commerce des esclaves avant de faire siennes en 1801 les idées abolitionnistes de Wilberforce.



Le corpus documentaire est essentiellement composé de témoignages de marins et de capitaines. Les récits d’esclaves, directs ou indirects, n’en prennent que plus de valeur. La figure d’Olaudah Equiano est connue et a donné lieu à de nombreuses études. Le cas de Hyuba Boon Salumena, fils d’un chef musulman de Haute-Guinée, est moins connu. Capturé par les Anglais au Fuuta Jaloo alors qu’il trafiquait des esclaves, il fut envoyé au Maryland puis retraversa l’Atlantique vers la Grande-Bretagne où sa liberté fut rachetée. Il put retourner en Afrique et finir ses jours dans son village natal.



À plus d’un titre, le livre Marcus Rediker nous conduit à considérer d’un oeil nouveau le processus de la rencontre euro-africaine dans l’Atlantique, mais aussi à changer de focale.



Penser au pluriel les Européens et les Africains



Comprendre comment les horreurs de la traite ont pu être perpétrées au nom du profit implique d’abandonner une approche binaire qui met face à face acteurs européens et acteurs africains, Blancs versusNoirs, mais aussi un récit téléologique qui pose la domination occidentale en point d’arrivée nécessaire. Il faut intégrer le local dans le global, penser les Européens et les Africains au pluriel, réfléchir à une possible « collaboration » entre des personnes aux parcours les plus divers, mais qui partagent un même espace et des modèles collectifs. Dans le monde imbriqué et mondialisé de la traite atlantique, où les quatre parties du monde se trouvaient connectées et insérées dans une activité économique et sociale convergente et frénétique, l’individu se déterminait sans doute moins par rapport à l’ordre du donné, à savoir son identité génétique ou historique, qu’en fonction de l’ordre du faire, à savoir ses actes et ses rencontres. Ce qui ne veut pas dire que les distinctions sociales, raciales ou les rapports de domination avaient cessé d’être opératoires. Le défi consiste donc à se libérer des représentations traditionnelles européocentriques et du misérabilisme pour édifier un schéma cohérent qui prenne en compte la difficulté et l’ambiguïté des rencontres entre les différentes sociétés.



La rencontre des mondes, des hommes, des cultures et des savoirs initiée à l’époque moderne avec les grandes « découvertes » européennes des XVe et XVIe siècles s’accompagna pendant cinq cents ans de migrations humaines sans précédent entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Un vaste espace atlantique multiculturel aurait ainsi émergé à la croisée des routes maritimes et de la traite négrière atlantique : un monde « atlantique noir », né des horreurs de l’esclavage considéré comme un système culturel et politique unitaire. La traite négrière atlantique concerna la plupart des communautés africaines et aboutit au déplacement de plus de 12 millions de femmes, d’hommes et d’enfants d’Afrique aux Amériques entre les XVIe et XIXe siècles. 1,8 million ne survécut pas au passage du milieu. Un autre million et demi mourut moins d’une année après avoir été introduit aux Amériques. Les mécanismes de ce « commerce des vivants » ont été bien étudiés dans leurs contours démographiques et économiques, ainsi que du point de vue des stratégies individuelles et collectives de résistance. Le travail de recensement initié par Philip Curtin dans les années 1960 a été poursuivi, notamment par David Eltis. La mise en ligne de la deuxième version de la base de données « The transatlantic slave trade », constituée de plus de 30 000 voyages transatlantiques, a révolutionné notre connaissance des connexions transatlantiques en autorisant un regard nouveau sur l’histoire atlantique. Marcus Rediker mobilise d’ailleurs ces documents à de nombreuses reprises dans le corps de son texte. Si les chiffres, les courbes, les flux ou les taux de mortalité rendent comptent de l’ampleur de l’horreur de la machine négrière, ils sont selon lui « froids », et ont de plus le défaut de faire l’économie des mentalités collectives et de la texture de l’expérience quotidienne. En un mot, ils manquent d’« âme ». Ce sont moins les aspects idéologiques, sociaux, économiques que les fluctuations des comportements individuels qui sont ici intégrées dans une réflexion plus large sur les migrations forcées de millions d’hommes à travers le monde et la plasticité de nos sociétés. The Slave Ship prétend s’immiscer dans cet espace tout à la fois clos et mouvant que constitue le navire négrier. Nous sommes alors invités à être les témoins de vies chaotiques et fragmentées dont il ne reste qu’une menue trace dans la documentation européenne.



Le grand inventaire de l’horreur



Le livre s’ouvre par un vaste inventaire des horreurs pratiquées en mer, loin du cadre policé de la « civilisation » ; il s’achève sur l’image du navire Brooks, symbole extrême de la violence, de la cruauté et de l’inhumanité du navire négrier. Pendant plus de 400 pages, Marcus Rediker a choisi de nous faire revivre du fond de cale, presque caméra au poing, les destins tragiques d’hommes et de femmes qu’il arrache à l’anonymat. On suit ainsi le périple de cette jeune femme noire que l’on retrouve allongée dans une pirogue avec plusieurs compagnons d’infortune. Arrachée à son village natal dans l’intérieur de l’Afrique, elle a été vendue et revendue à plusieurs reprises, passant de mains en mains, d’intermédiaire en intermédiaire, jusqu’à son arrivée à la côte. Ce jour-là, son terrible périple en terre africaine arrive à son terme. Les coups de pagaie des rameurs africains coupent l’eau, le vent ramène du large une odeur putride – l’odeur de la mort, des corps malades – de plus en plus obsédante au fur et à mesure que la frêle embarcation s’approche du navire européen qui mouille au large de la baie et se dresse tel un « caisson de bois surmonté de trois mâts ». Le Coocoo, navire négrier anglais, attend sa cargaison humaine pour l’emporter définitivement vers l’autre rive ; une rive dont on ne revient pas. La jeune femme tente une fois encore d’échapper à son destin funeste en plongeant dans le fleuve au risque de sa vie. Rattrapée par un marchand africain, elle est conduite à bord du navire et confiée aux Blancs. Nous perdons dès lors sa trace. Fut-elle au nombre de ces nombreuses jeunes filles qui occasionnèrent des révoltes à bord des navires, fut-elle une énième victime d’abus sexuels ?



Les femmes et les enfants jouèrent un rôle central à bord des navires négriers : moins surveillés que les esclaves masculins, certains bénéficièrent d’une plus grande marge de liberté, purent prendre les armes, se suicider en se jetant par-dessus bord ou se laisser mourir en refusant de s’alimenter ; d’autres jouèrent un rôle capital dans les insurrections.



Le navire était une fabrique d’esclaves-marchandises, de bourreaux et de violence. Les requins suivaient le sillage des navires négriers à travers l’Atlantique, à l’affût des cadavres lancés par-dessus bord à intervalles réguliers, au rythme des décès. Il ne s’agira pas avec The Slave Ship d’une étude statistique, démographique ou économique minutieuse, mais d’une histoire des sensibilités, où la terreur dominera, où l’on pourra sentir les coups de fouet, respirer l’odeur nauséabonde qui déborde des cales, toucher les blessures ou plonger avec les corps jetés par-dessus bord. Et tant pis si la véracité du récit personnel n’est pas toujours respectée à la lettre, s’il a fallu parfois extrapoler ou procéder par juxtaposition pour boucher les lacunes de la documentation. L’image du Coocoo sert de modèle reproductible à l’infini.



Si le navire est le décor de tout le livre, c’est son sous-titre qui lui donne sa force : « une histoire humaine». La traite est d’abord l’histoire collective de la masse des exclus, des silencieux et des laborieux de toutes les nations, non pas celle des riches et des puissants, des grands marchands et riches banquiers qui dirigeaient leurs affaires depuis Liverpool, mais celle des gens ordinaires qui sont souvent les victimes de l’histoire et de la mondialisation.



En définitive, que sait-on de la vie des hommes, blancs ou noirs, embarqués à bord des navires négriers du XVIIIe siècle ? Très peu de choses, sinon que la traite négrière fut au quotidien une succession de drames, de violences et de traumatismes, avec en son coeur des individus d’origines et de statuts divers, engagés dans des processus de transformation et pénétrés par le monde extérieur, plutôt que des individus figés dans une identité une, pensée du point de vue de la couleur, de la religion ou des origines. Plus qu’une histoire d’esclaves, il est question ici d’histoires humaines au pluriel, des instants de vies d’hommes et de femmes ordinaires pris dans l’engrenage de cette machine infernale que fut le système organisé de la traite. Des trajectoires individuelles d’hommes, de femmes et d’enfants que rien ne prédisposait à se rencontrer sinon l’espace confiné, « claustrophobique », du navire négrier.



L’histoire du navire négrier est parallèle à l’essor du capitalisme et au processus de brassage culturel et biologique de l’époque moderne. Le navire négrier mit en contact des mondes étrangers, il permit de redistribuer des populations à l’échelle mondiale, d’organiser leur mobilité et de construire un nouvel ordre économique. Il fut aussi, à l’échelle locale, l’espace privilégié de la rencontre et confrontation entre « l’Européen » et « l’Africain », une machine à produire de la différence et de la « race ». À leur arrivée sur les littoraux d’Afrique de l’Ouest, les équipages bigarrés, composés de marins issus de toutes les parties de l’Occident, se muaient aux yeux des populations africaines en « hommes blancs », vils et brutaux. À bord des navires, enfermés à fond de cale, les Africains devenaient des « Noirs » et étaient progressivement préparés à la condition d’esclave qui les attendait dans les plantations américaines. La culture afro-américaine était dans toute sa diversité en gestation à bord de ces navires : des Africains issus des ethnies les plus diverses et des Européens des différentes nations de l’Europe étaient forcés et contraints de se comprendre, d’apprendre des rudiments de la langue de l’autre. De leurs expériences en terre africaine et de leurs contacts plus ou moins prolongés avec les esclaves, hommes et femmes, les marins et marchands avaient acquis une connaissance plus ou moins poussée des langues africaines. Ainsi, Henry Tucker, marchand mulâtre installé en Haute-Guinée au milieu du XVIIIe siècle vivait entouré de six ou sept femmes africaines et maîtrisait plusieurs langues africaines. La rencontre, même forcée, rendait inévitable une certaine découverte de l’autre et de sa culture. Le navire négrier fut de ce point de vue un espace mondialisé où des hommes, des femmes et des enfants différents par les origines, la couleur, le statut et la culture se retrouvèrent.



Richesse et limite deThe Slave Ship



En s’attaquant à certains des préjugés qui entourent l’un des plus grands « drames humains » qu’a connu l’histoire mondiale – à commencer par la participation massive des Noirs au commerce négrier –, Marcus Rediker fait oeuvre d’historien, mais il revendique aussi l’écriture d’une histoire qui fait écho aux préoccupations politiques et économiques contemporaines. Marcus Rediker se définit lui-même comme un « historien du peuple et des classes laborieuses », partisan d’une histoire décentrée, écrite du point de vue des subalternes, dans une perspective qui est celle de « l’histoire d’en bas» [from below]. Pour Marcus Rediker, la « race » ne fut qu’un des moteurs de l’esclavage des Noirs et des constructions sociales atlantiques. La traite négrière n’est pas ici conçue comme l’aboutissement de siècles de racisme, mais elle préfigure une lutte des classes avant l’heure. L’économie transatlantique reposa sur une collaboration étroite entre marins blancs, Noirs, Irlandais, Anglais, ouvriers sans travail, paysans privés de terres, contraints de s’embarquer pour survivre, victimes au quotidien de la brutalité de capitaines et de négociants sans scrupule. Refoulé aux limites de l’invisibilité et de l’humanité, le destin de ces hommes et de ces femmes accompagnerait selon l’auteur la croissance et le développement d’une économie-monde où l’argent était maître, où la vie humaine avait peu de valeur. Sur la base des solidarités et des échanges qui s’établirent à bord des navires émergèrent une nouvelle culture et de nouveaux rapports de force. La hiérarchie, les inégalités et les rapports de force à l’oeuvre dans les sociétés modernes du Vieux et du Nouveau Monde se retrouvaient à bord des navires négriers, mais l’expérience de la vie en commun préparait une première mondialisation. Des liens, nés des conditions de captivité et de vie à bord des navires, se nouèrent entre les esclaves issus des « ethnies » les plus diverses, mais aussi entre les marins recrutés aux quatre coins de l’Europe occidentale. Embarqués contre leur gré – pour payer des dettes, pour assurer une rente à leur famille, après avoir parfois été trompés par de fourbes recruteurs –, ils étaient assujettis aux brutalités et aux exactions de capitaines impitoyables et tout-puissants, et, sous-alimentés, ils étaient victimes de la malaria, de la fièvre jaune ou du scorbut. Plus de la moitié des marins embarqués mourraient en mer la première année. Les taux de mortalité des Blancs furent parfois supérieurs à ceux des captifs.



Au final, cette pluralité des voix, des expériences et des origines proposée par Marcus Rediker produit une lecture globale de cette « rencontre » transcontinentale. Elle décompose en grande partie l’image « fantasmée » du négrier blanc comme de l’esclave noir. Cette approche trouve néanmoins ses limites dans une conceptualisation idéalisée du monde de la mer comme communauté soudée et solidaire, déjà présente dans les précédents ouvrages de Marcus Rediker. Comment le temps d’un voyage, en l’espace de quelques semaines, des populations culturellement, racialement et ethniquement différentes pouvaient-elles créer une culture commune ? Pour mieux cerner les figures des esclaves, la diversité des expériences, mais aussi la nature des contacts, il faudrait sans doute mieux cerner les origines ethniques des esclaves, leurs lieux de naissance, leurs statuts d’avant-embarquement. Les esclaves arrivaient à bord avec un vécu et des racines et ils débarquaient aux Amériques avec cet héritage culturel qu’ils adaptaient, contraints et forcés, à la réalité locale.



La démonstration, certes riche en exemples, aurait sans doute gagné à explorer les périphéries américaine et africaine, mais aussi à s’évader du huis clos constitué par le navire pour s’inscrire dans le cadre général historique de l’esclavage, de la traite atlantique et de son économie. Il manque en arrière-fond le « big picture » que dessine un David Brion Davis. Et c’est sans doute lorsque Marcus Rediker s’éloigne du champ de l’histoire stricto sensupour s’engager dans la sphère du politique que son discours est le moins convaincant. La population bigarrée du navire négrier préfigure à ses yeux notre monde mondialisé, multiculturel, multiethnique et multiracial, ainsi que l’économie-monde actuelle. Cette approche idéalise les solidarités de classe au détriment de la fragmentation et produit une vision globalisante et généralisante. Or la traite anglaise du XVIIIe siècle n’est pas la traite portugaise ou française ; les principales puissances européennes impliquées dans le commerce atlantique, les rapports entre marins et esclaves, entre Blancs et Noirs, furent de natures diverses. Il faut certes revenir sur le mythe lusotropicaliste qui proposa une image « douce » de l’esclavage portugais, présenta le Brésil comme un modèle de « démocratie raciale », en raison du caractère métissé de la société ; il n’en reste pas moins que les expériences européennes furent significativement différentes les unes des autres, et que la traite atlantique eut des conséquences irréversibles, à commencer par l’instauration d’un « ordre racial ». Le rapport entre traite et racialisation est au coeur des débats contemporains sur la définition des relations Nord-Sud et affecte également les interactions entre les Sud eux-mêmes. L’esclavage atlantique est devenu un enjeu fondamental pour comprendre la construction historique et l’évolution contemporaine de sociétés marquées par un événement traumatique.



La réflexion féconde qui s’ouvre à la lecture de l’ouvrage de Marcus Rediker se situe dans une actualité, au coeur de la définition des relations Nord-Sud et des rapports entre identité, citoyenneté et nation. Les commémorations qui ont, en 2007 et 2008, marqué le bicentenaire de l’abolition de la traite transatlantique en Grande-Bretagne et aux États-Unis, si elles eurent des portées distinctes de part et d’autre de l’Atlantique, ont contribué à la mise en place d’une mémoire partagée de l’esclavage atlantique.



Antonio Mendes

Pour citer cet article : Antonio Mendes, « A bord des Négriers », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=121
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à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro