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La violence du capital

A propos de Naomi Klein, The Shock Doctrine: The Rise of Disaster Capitalism

par Michael Hardt

à propos de

Naomi Klein

The Shock Doctrine

The Rise of Disaster Capitalism

Quels rapports y-a-t’il entre le coup d’état de Pinochet au Chili, les attentas du 11 septembre, le tsunami en Indonésie, l’ouragan Katrina qui dévasta la Nouvelle-Orléans ou la guerre en Irak ? Dans son dernier ouvrage, Naomi Klein, l’auteur de No Logo, met en évidence la manière dont ces « désastres » et les crises qu’ils engendrent sont traités comme autant d’opportunités économiques pour un néolibéralisme de « choc ».





Naomi Klein a ce talent particulier qui lui permet de saisir ce qui fait l’essence de notre situation politique, et d’esquisser ensuite un point de ralliement à l’usage de la gauche. C’est ce qu’elle fait dans son best-seller No Logo, paru en 2000, et ce qu’elle fait de nouveau dans The Shock Doctrine. Dans ces deux ouvrages, tout comme dans les articles qu’elle a écrits en tant que journaliste, elle insiste sur le fait que le défi politique auquel nous sommes de nos jours confrontés relève d’abord de l’activité économique – et elle affirme qu’il n’est pas nécessaire d’être un expert pour comprendre comment l’économie capitaliste mondialisée fonctionne. L’attrait de sa prose est renforcé par la faculté qu’elle a d’expliquer les fondamentaux des relations économiques dans des termes clairs et accessibles au plus grand nombre.



Le marché profitable des désastres



Dans No Logo, elle éclaire la logique élémentaire de la mondialisation néolibérale et souligne le rôle des sociétés multinationales dans ce processus, offrant ainsi un cadre très utile à l’usage de toute une génération d’activistes, que l’on pourrait désigner comme « génération de Seattle ». Son ouvrage a fourni à leur intention un exposé des raisons de ce pour quoi nous nous battons. Les générations ne durent toutefois pas bien longtemps de nos jours, et le cycle qui portait les mouvements associés aux manifestations contre l’OMC en 1999 à Seattle a été entraîné dans un déclin précipité dès lors que les États-Unis se sont lancés dans leur « guerre globale contre le terrorisme », pour finir définitivement sa course avec l’occupation de l’Irak. Les débats économiques qui avaient auparavant occupé le devant de la scène – sur les régimes d’échanges, la dette, la pauvreté et les profits des multinationales – ont semblé moins urgents face aux horreurs causées par la violence et la destruction. Ces circonstances nouvelles ont fait se muer les mouvements de lutte contre la mondialisation en mouvements antiguerre.



Dans The Shock Doctrine, Klein offre à la gauche un nouveau point de ralliement, fort utile dans notre situation présente, en faisant le lien entre l’analyse de la guerre, des désastres et de la violence, et les débats actuels autour de la mondialisation néolibérale. Son livre ramène les relations économiques au centre des préoccupations, mais, cette fois-ci, ses analyses des profits du capitalisme et du contrôle opéré par celui-ci sont complétées par des recherches sur les appareils d’État et d’entreprise, qui créent et exploitent diverses formes de destruction à grande échelle. Klein invente à cet égard le concept de « capitalisme du désastre » pour désigner ce régime d’accumulation qui traite les désastres comme autant d’opportunités économiques – permettant de privatiser les biens publics, d’élargir les marchés, de restructurer les schémas de production, etc. – et qui a besoin de tels désastres pour continuer à fonctionner. Avec une certaine hardiesse conceptuelle, elle regroupe ici les désastres engendrés par la violence militaire, tels que la « guerre contre le terrorisme » et l’occupation de l’Irak, et ceux qui ont des causes « naturelles », comme les conséquences tragiques du passage du cyclone Katrina ou le tsunami dans l’océan Indien en 2004. D’une certaine manière, selon cette optique, peu importe au capitalisme du désastre ce qui a causé ledit désastre – il suffit que de telles crises se produisent continuellement, permettant au capital d’exploiter la dévastation et la désorientation temporaires qu’elles suscitent afin de remplir les objectifs principaux de l’agenda néolibéral : privatiser la richesse publique, déréguler l’activité économique et réduire les dépenses liées à l’État-providence. Sur cette lancée, Klein éclaire la relation entre violence et capital en retraçant l’évolution de son concept de capitalisme du désastre au cours des trois dernières décennies. En articulant ce concept, elle donne un nom à l’ennemi, en faisant le lien entre ses nombreux versants disparates, et fournit de nouveau une cible contre laquelle organiser la lutte.



La thérapie de choc des réformes néolibérales



Si No Logo a été publié alors que les mouvements altermondialistes étaient en plein essor et s’il a été porté par leur enthousiasme d’alors, The Shock Doctrine arrive quant à lui à un moment bien différent, reflété par son ton plus sombre. L’ouvrage est ainsi moins conçu comme un appel au ralliement des troupes que le précédent, et vise plutôt à poser les bases d’une position intellectuelle et idéologique. Klein s’attelle à cette tâche en déclinant trois niveaux différents, chacun appartenant à un style littéraire particulier, ce qui donne un texte hybride, multigenre. Elle mobilise d’abord superbement les méthodes du journalisme d’investigation afin de faire le jour sur certains événements et certaines personnalités parmi les plus vils au sein de la structure de pouvoir contemporaine, par le biais d’entretiens et de conversations avec des personnes évacuées de Bâton-Rouge, des pêcheurs dans le Sri Lanka de l’après-tsunami et des travailleurs des sweatshops de Manille en plein milieu de la crise financière asiatique. Ces reportages engendrent à la fois une certaine tension dramatique et un puissant sentiment d’indignation envers les détenteurs actuels du pouvoir. Klein écrit à la première personne dans la plupart de ces passages du livre, et se situe de ce fait au centre de la narration. C’est probablement dans ces passages qu’elle parvient le mieux à capter l’attention du lecteur moyen sur son histoire. Selon les règles du genre, c’est sa propre personne qui sert de point d’identification au lecteur. À un second niveau, le projet nécessite qu’elle fasse un travail d’historienne et retrace les grandes lignes de continuité qui aboutissent aux structures actuelles du pouvoir économique et politique dominant, par le biais d’un retour sur les trois ou quatre dernières décennies et en observant un grand nombre de pays du globe. Contrairement à un historien professionnel, elle n’épluche pas les archives, mais, grâce à des recherches minutieuses, elle reconstruit les principaux événements de son histoire avec une clarté et un niveau de détails remarquables. À un troisième niveau, enfin, elle emploie les outils de la théorie économique et politique afin d’analyser la nature de la production et du contrôle capitalistes contemporains.



L’idée directrice de The Shock Doctrine est qu’il y a un lien intrinsèque entre le capitalisme (ou tout au moins un certain mode d’activité capitaliste) et la violence. Son point de départ dans l’exploration de ce lien est la métaphore de Milton Friedman sur la « thérapie de choc » qu’il jugeait nécessaire de mettre en oeuvre afin d’imposer capitalisme et économie de marché. Klein prend d’ailleurs probablement la métaphore plus au sérieux que Friedman. Les psychiatres qui ont mené les expériences de thérapie par électrochocs dans les années 1950 et 1960, explique-t-elle, cherchaient à désorienter les patients et à détruire leurs structures psychiques existantes. Ils pensaient qu’ils pouvaient créer une base vierge sur laquelle des structures nouvelles et plus saines pourraient être construites. De la même manière, Friedman rêvait de détruire les structures sociales et économiques existantes, afin de faire repartir la société sur une nouvelle base qui permettrait la mise en oeuvre des réformes économiques qu’il appelait de ses voeux. Friedman savait qu’en l’absence d’un événement traumatique qui déstabiliserait à la fois les habitudes sociales et les institutions et qui désorienterait les populations, ces réformes ne seraient jamais acceptées. Klein prolonge cette analogie et montre comment certains événements traumatiques, dont les effets sur le corps social sont similaires à ceux d’une thérapie par électrochocs sur un individu, ont été utilisés à de nombreuses reprises, dans différents contextes nationaux, afin d’imposer la vision libre-échangiste de Friedman et, plus largement, un certain nombre de politiques économiques néolibérales.



Klein considère aussi les réformes néolibérales comme des thérapies de choc au sens littéral. Ainsi, comme élément sous-jacent de l’idée principale du livre, elle propose une petite histoire tout à fait remarquable de l’évolution des techniques de torture au cours du dernier demi-siècle. Cette histoire commence dans les laboratoires de l’université McGill qui conduisaient des expériences de thérapie par électrochocs dans les années 1950. La CIA, reconnaissant l’utilité pour les interrogatoires de ces techniques et d’approches expérimentales similaires ayant pour but de désorienter les individus et de briser leurs structures psychiques, a financé ces recherches en psychologie et a en importé les résultats. Klein fait un lien direct entre ces expériences et les manuels d’interrogatoires de la CIA, et entre les techniques employées par les dictatures latino-américaines et celles mises en oeuvre aujourd’hui par les États-Unis et leurs alliés dans leur « guerre contre le terrorisme ». Pour elle, l’utilisation de cette torture est partie prenante du choc souvent nécessaire à la transformation économique néolibérale. En pratique, la torture sert à prolonger le choc initial et à terminer de purger le terrain social afin qu’une nouvelle structure économique puisse voir le jour.



Dans le Chili de Pinochet, érigé par Klein en exemple paradigmatique de la doctrine de choc et auquel tous les autres exemples historiques se rapportent plus ou moins, l’ensemble de ces différents éléments a été rassemblé et mis en forme. Évidemment, les idées libres-échangistes de Milton Friedman étaient déjà bien implantées au Chili dès avant 1973, en partie grâce au programme d’études destiné aux étudiants en économie chiliens dans le département de Friedman à l’université de Chicago, qui deviendront les fameux Chicago Boys. Friedman a lui-même servi en quelque sorte de conseiller informel de Pinochet au début de son règne, lorsque le Général a imposé un plan radical de privatisations et de réformes économiques. Le Chili est par la suite rapidement devenu le porte-flambeau du néolibéralisme en Amérique latine et dans le monde. Les secteurs obstinés de la société chilienne qui résistaient aux transformations politiques et économiques – les communistes, les syndicats, et divers autres groupes – ont été soumis à la torture et à différentes autres formes de brutalités. Ainsi, le Chili de Pinochet rassemble les trois éléments qui font la doctrine du choc : le choc militaire (le coup d’État), le choc économique (les réformes économiques de Friedman), et le choc social, physique (avec la torture, l’emprisonnement, les assassinats, etc.). On peut alors penser la doctrine du choc comme un mode d’activation et de mise en oeuvre du capitalisme du désastre.



Il peut aisément sembler que la notion de capitalisme du désastre proposée par Klein et les différents chocs à travers lesquels cette notion fonctionne reposent sur une théorie du complot assez élaborée. Cette impression est largement liée au fait que Klein concentre son attention sur les actions d’une caste réduite d’individus et sur les rapports que ces individus entretiennent les uns avec les autres, à l’image de la relation personnelle liant Friedman à Pinochet. Le livre regorge ainsi de détails historiques délicieusement scandaleux et accablants sur ce que ces individus ont dit et ont fait. Il nous faut néanmoins reconnaître que l’argumentaire de Klein n’est pas fondé sur une logique de complot, que ce soit sur un plan historique ou bien théorique. L’une des affirmations centrales et tout à fait fascinantes de son travail historique tient au fait que le capitalisme du désastre nécessite un gigantesque travail de préparation économique et politique avant que les chocs ne soient administrés. Une combinaison détaillée de stratégie économique et d’options politiques doit être prête et susceptible d’être mise en oeuvre rapidement, d’un seul bloc, au moment où le désastre frappe. En d’autres termes, il ne s’agit pas de complot, mais plutôt d’organisation. La question est légèrement plus complexe à un niveau théorique. L’apparence de complot est en grande partie liée à la stratégie narrative de Klein – et ici le genre hybride du livre bute sur l’écart significatif qui existe entre les méthodes journalistiques et un argumentaire théorique. L’attention que Klein consacre aux grandes figures individuelles et aux liens interpersonnels permet aux lecteurs d’entrer dans son histoire aisément, mais les processus qu’elle analyse ne dépendent néanmoins par réellement des individus. En d’autres termes, ce qui compte d’un point de vue théorique, ce n’est pas le fait que Pinochet et Friedman se soient rencontrés en personne, mais que leurs idées et leurs projets soient complémentaires et se renforcent mutuellement dans le cadre plus large d’une transformation capitaliste violente. Afin de faire ressortir l’argumentaire de Klein le plus clairement possible, il faudrait ainsi voir en ces individus les porte-drapeaux ou bien la personnification d’idées ou de catégories économiques et politiques.



Après que Klein a posé les bases conceptuelles de la doctrine du choc et de sa mise en oeuvre paradigmatique – avec la rencontre entre la pensée économique de Friedman et la dictature militaire de Pinochet – elle consacre les chapitres centraux de l’ouvrage à une analyse historique détaillée de la manière dont ce modèle a été répété et développé. Du début des années 1970 à aujourd’hui, elle suit l’application de politiques de choc et de politiques néolibérales à travers le globe, présentées comme autant de maillons d’une même chaîne, ou, mieux, comme une série d’éruptions volcaniques en cascade, chacune déclenchant la suivante et ainsi de suite. Après le Chili est venu le tour de l’Argentine, puis de la Grande-Bretagne de Thatcher, de la Bolivie, de la Pologne sous Solidarnosc, de la Chine, de l’Afrique du Sud post-Apartheid, de la Russie d’Eltsine, des économies d’Asie du Sud-Est frappées par la crise de 1997-1998 ; et de là on est passé aux États-Unis avec le 11 septembre, à l’Irak, à la « reconstruction » du Sri Lanka et enfin à la Nouvelle-Orléans.



L’échec des politiques du choc



L’objectif principal de Klein consiste à démasquer la fable « idyllique » des origines du néolibéralisme et de montrer que ces politiques ne sont jamais adoptées démocratiquement ou pacifiquement. Elle affirme également que, malgré des prétentions de succès largement diffusées et acceptées, de telles politiques néolibérales ont toujours échoué, même à l’aune de leurs propres critères économiques. Au cours du processus, l’élément de choc passe progressivement de la violence militaire et de la torture à d’autres formes de désastres, désirées ou non. Le moment historique charnière est ici le choc économique imposé à la Bolivie en 1985 par le gouvernement fraîchement élu de Victor Paz Estenssoro, suivant les conseils prodigués par Jeffrey Sachs qui, au moment où Friedman quitte progressivement la scène, endosse les habits de « docteur choc » en chef dans l’histoire racontée par Klein. Le traumatisme n’est pas ici le fruit d’un coup d’État, même si bien sûr la répression à l’encontre des secteurs sociaux récalcitrants atteignait des niveaux relativement élevés. À la place, un package économique préparé en secret a été imposé par l’administration, d’un seul coup et sans la moindre consultation publique. « La Bolivie a fourni l’exemple d’un nouveau mode, plus acceptable, d’autoritarisme : un coup d’État civil mené par des politiciens et des économistes en costume trois-pièces plutôt que par des soldats en uniformes », note Klein. C’est une violence politique, plutôt que militaire, qui s’acquitte ici de la mission nécessaire au modèle : désorienter la population, déstabiliser ou détruire les institutions et les relations socio-économiques en place, et ouvrir la voie à une transformation néolibérale. Dans tous les exemples cités par Klein de thérapie de choc néolibérale dans les années qui ont suivi, de la Chine et la Pologne en 1989 à l’Afrique du Sud et à la Russie du début des années 1990, certaines doses de violence politique et militaire se sont combinées pour remplir ce rôle.



Cette analyse culmine avec la reconnaissance par Klein de la même logique de choc à l’oeuvre au lendemain du tsunami de 2004 et de l’ouragan Katrina en 2005. Là, la conception du désastre propre à remplir la fonction est résolument élargie. Ces désastres « naturels » ne sont pas directement planifiés ni mis en oeuvre par les décideurs politiques, même si, comme cela a été montré, certaines politiques gouvernementales ont une part centrale de responsabilité en créant des conditions propices à de tels désastres et en rendant certaines populations particulièrement vulnérables. Ces catastrophes arrivent néanmoins de manière inattendue, et les agents de la privatisation et de la transformation néolibérale doivent se tenir prêts lorsque l’opportunité se présente.



De là, on en arrive pour finir à l’Irak, c’est-à-dire à la pièce maîtresse de la démonstration de Klein. D’une certaine manière, le livre prolonge son excellent article publié par Harper’s en 2004, « Baghdad Year Zero », qui est incorporé et développé ici. Klein interprète l’invasion et l’occupation de l’Irak par les États-Unis comme étant guidée par des intérêts économiques, mais pas simplement conçue pour prendre le contrôle du pétrole ou permettre à un petit cercle de groupes industriels d’engranger des profits à court terme. Le projet des États-Unis en Irak est au contraire l’effort le plus soutenu à ce jour d’application de la doctrine du choc, en mettant à plat le tissu social et en construisant de zéro une économie néolibérale. Ici, la tactique du « shock and awe » (choc et effroi) de l’invasion militaire, les diverses structures répressives de la « guerre contre le terrorisme » et les politiques de protection de la sécurité intérieure rejoignent le projet de mondialisation néolibérale. C’est ainsi l’exemple le plus complet proposé par Klein de capitalisme du désastre en action, et à ce titre, il referme le chapitre ouvert par le Chili de Pinochet, bornant ce développement historique dans son ensemble.



Les échecs du projet américain en Irak nous ramènent aussi de manière intéressante à la métaphore originelle de Klein reliant choc économique et thérapie par électrochocs. Les médecins qui conduisaient les expériences par électrochocs étaient immanquablement frustrés de ne pouvoir atteindre leur rêve de tabula rasa. Les anciennes structures psychiques du patient, ses souvenirs et ses habitudes mentales finissaient toujours par réapparaître, malgré le traitement. Les administrateurs américains dans l’Irak occupée, avec Paul Bremer à leur tête, ont de même été frustrés de ne pas parvenir à construire une économie néolibérale en repartant de zéro. Ils ont privatisé les industries d’État, renvoyé les employés de toute une série de secteurs économiques, réécrit le code juridique de l’entreprise et de l’investissement, mais ils ne sont pas pour autant parvenus à la page blanche. Les structures sociales en place, certaines attentes en terme d’emploi et de rémunération, et les peurs face au nouveau régime économique ont obstinément réapparu. Klein donne des éléments fascinants permettant d’identifier les pertes d’emploi et l’accablement économique en Irak comme des sources essentielles au développement de la résistance armée à l’occupation. Là où elle veut en venir, finalement, c’est au fait que les méthodes de la doctrine du choc sont non seulement cruelles et barbares, mais qu’elles ne marchent pas. Les prophètes des révolutions libres-échangistes et des transformations néolibérales prêchent tous que le choc va produire une page vierge sur laquelle les nouvelles structures économiques pourront être fondées – et ils expliquent inévitablement l’échec des tentatives précédentes par un choc insuffisamment complet, une page insuffisamment blanche – alors qu’en fait cette tabula rasa sociale ne peut jamais être réalisée, et au bout du compte, tout ce qu’il reste, c’est une société en ruine.



The Shock Doctrine appelle néanmoins un certain nombre de questions importantes. Certains lecteurs pourraient par exemple se demander quelle est la proportion d’États dans lesquels une restructuration néolibérale de grande ampleur a été précédée ou accompagnée par un choc, par rapport à ceux où les autorités ont procédé de manière cachée, ou par le biais d’un consensus du type « troisième voie ». D’autres voudront savoir comment il est possible de corréler analytiquement des forces climatiques et maritimes qui produisent un ouragan ou un tsunami avec une planification à long terme décidée par des hommes et conduisant à l’invasion de l’Irak. J’aimerais pour ma part plutôt me concentrer ici sur un débat théorique concernant les formes contemporaines de dominations et de contrôles. La théorie de Klein cadre en effet assez bien avec une longue tradition théorique établissant un lien intime entre capital et violence, et il peut être utile de situer son propos au sein de cette tradition, pour offrir des bases plus solides à certaines de ses analyses et pour en souligner l’originalité.



Les référents théoriques du travail de Naomi Klein



Tout d’abord, l’exploration proposée par Klein de la dépendance du développement capitaliste envers la violence correspond aux notions marxistes d’accumulation primitive, et, d’une certaine manière, elle les développe. La création de classes capitalistes et prolétaires n’était pas le fruit de processus pacifiques ou quasi naturels résultant de la prudence et du sens de la mesure des futurs capitalistes ou de la débauche des futurs prolétaires : la naissance du capital a au contraire nécessité une violence extraordinaire, à la fois de conquête, de génocide, de réduction à l’état d’esclavage de populations étrangères, ce qui a permis de rapporter des richesses gigantesques et d’ouvrir de nombreux marchés. Cette violence s’est aussi abattue en interne avec l’expropriation des terres autrefois communes, l’expulsion des paysans des terres féodales et la création de nouvelles lois dont l’effet a été de regrouper les pauvres dans les villes afin de fournir de la main-d’oeuvre. Toutefois, alors que l’histoire de Marx peut inciter à penser que la violence « extra-économique » de l’accumulation primitive n’est nécessaire que pour mettre en marche la machine capitaliste, et que sa discipline et ses propres formes de violence économique sont suffisantes pour la maintenir en place, Klein nous rappelle – elle n’est pas la première à le faire, mais l’idée mérite d’être répétée – que l’accumulation primitive ne se termine jamais, et qu’au contraire elle se poursuit comme complément et soutien constant au fonctionnement du capitalisme.



L’analyse de Rosa Luxembourg de la violence inhérente à l’accumulation du capital est une seconde référence évidente. Luxembourg explique que le capitalisme a un besoin vital d’expansion constante, d’ouverture de nouveaux marchés, de nouvelles ressources, de plus de main-d’oeuvre et de circuits de production sans cesse élargis. L’expansion de ces circuits capitalistes de reproduction ne peut néanmoins pas se faire seulement avec des moyens économiques. Une force extra-économique est nécessaire. De manière spécifique, Luxembourg établit une relation intrinsèque entre les grands impérialismes européens de son temps, c’est-à-dire le début du XXe siècle, et la reproduction élargie du capital : dans cette logique, si l’on veut s’opposer à l’impérialisme, il faut défier le capitalisme. De même, Klein démontre l’existence d’une relation nécessaire et intime entre capitalisme et violence, mais elle étend la catégorie des désastres qui peuvent jouer ce rôle bien au-delà des seuls appareils impérialistes analysés par Luxembourg.



Le troisième point de référence théorique de Klein, et peut-être le plus important, est la longue tradition économique de « théorie de la crise », forte aussi bien dans la pensée marxiste que capitaliste. En particulier, la notion de « destruction créatrice », proposée par l’économiste résolument non marxiste Joseph Schumpeter, résonne fortement ici. C’est un lieu commun de dire que les cycles économiques et les crises offrent des opportunités pour la concentration et le développement du capitalisme ; Schumpeter insiste tout particulièrement sur le besoin du capitalisme de toujours révolutionner ses structures économiques et institutionnelles de l’intérieur. Les crises, qu’elles se produisent du fait de causes purement économiques ou non, renforcent le développement capitaliste en évacuant les anciennes structures d’institutions sociales et de pratiques économiques. Une telle destruction n’est « créatrice » qu’au sens où elle fournit de l’espace à l’innovation, à la formation de nouvelles pratiques et de nouvelles institutions. La notion de doctrine de choc proposée par Klein partage de nombreux aspects avec cette idée, mais elle porte son regard bien au-delà de la sphère économique : elle identifie les sources de désastres potentiellement extra-économiques et révèle la profondeur de leurs conséquences sociales.



Marx, Luxembourg, Schumpeter – la compagnie est excellente et le livre de Klein peut tout à fait être discuté en relation à ces auteurs. Tous trois posent, comme elle le fait, que le développement capitaliste nécessite violence et soutien. Il y a néanmoins une différence fondamentale qui permet de se poser une question supplémentaire au sujet du modèle proposé par Klein. Les autres auteurs inscrivent cette violence dans la logique du capitalisme dans son ensemble, alors qu’elle l’isole comme faisant partie d’un mode ou d’une version « fondamentaliste » du règne capitaliste, ce qui suppose que d’autres modes, moins violents, voire non violents, seraient possibles. Le capitalisme du désastre n’est-il qu’une aberration, un moment d’excès ayant dévoyé une forme plus vertueuse de capitalisme, ou bien est-il en fait au coeur du capitalisme contemporain ? Klein insiste plusieurs fois dans le livre pour soutenir la première hypothèse, mais son argumentaire théorique semble plutôt pointer dans la direction opposée. La question est cruciale parce qu’elle a des conséquences importantes pour tout effort visant à répondre à l’autre question, plus large, qui doit être posée lorsque l’on lit un livre comme celui-ci : quelle est notre alternative au capitalisme du désastre ? Peut-on imaginer un retour vers un agencement des relations sociales et économiques capitalistes plus équitable, régulé et apaisé, ou bien devons-nous nécessairement porter notre regard au-delà du capitalisme, inventer de nouvelles formes sociales? Il n’est pas du ressort de cet ouvrage d’apporter des réponses à ces questions. Le fait qu’il permette de les poser est déjà une contribution importante à un débat qui pourrait marquer le point de départ du rassemblement d’une gauche nouvelle.




■ Traduit de l’anglais par Olivier Ruchet –
Avec l’autorisation de la New Left Review,
copyright © 2007, NLR 48, p. 153-160, (www.newleftreview.org)


Michael Hardt
Théoricien et philosophe politique américain, il enseigne à la Duke University. Il est notamment l'auteur de Gilles Deleuze: An Apprenticeship in Philosopy et co-auteur avec Toni Negri de Labor of Dionysus, d'Empire et de Multitude : Guerre et démocratie à l'époque de l'Empire. Il est également co-auteur avec Paolo Virno de Radical Thought in Italy. Potential Politics et l'auteur de The Jameson reader.
Pour citer cet article : Michael Hardt, « La violence du capital », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=117
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Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro