Accueil | Qui sommes-nous? | Numéros parus | Se procurer la RiLi | S'abonner | Newsletter | Contacts | Liens | La toile de la RiLi

Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais (Anthologie établie et préfacée par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan)(trad. Laurence Allard, Pierre-Armand Canal, Marie-Hélène Dumas, Delphine Gardey,Charlotte Gould, Nathalie Magnan et Denis Petit)

par Elsa Dorlin

à propos de

Donna Haraway

Manifeste cyborg et autres essais

Anthologie établie et préfacée par Laurence Allard, Delphine Gardey et Nathalie Magnan

trad. Laurence Allard, Pierre-Armand Canal, Marie-Hélène Dumas, Delphine Gardey,Charlotte Gould, Nathalie Magnan et Denis Petit

Le recueil d’articles de Donna Haraway publié récemment en France sous le titre Manifeste cyborgdevrait constituer un événement comparable à la traduction en 2005 de Gender Troublede Judith Butler, et ainsi contribuer à redéfinir notablement les termes des débats qui animent la mouvance féministe.





Le recueil d’articles de Donna Haraway publié sous le titre Manifeste cyborg, en référence à son texte le plus connu, constitue, en France un événement comparable à la traduction en 2005 de Gender Trouble de la philosophe Judith Butler. Soutenue par des politiques éditoriales courageuses, volontaristes ou tout simplement lucides, la pensée féministe anglophone contemporaine a désormais droit de cité en France. Au gré des slogans, des notes de bas de page, des références théoriques, des problématiques inédites et des « acclimatations » disciplinaires des oeuvres de quelques grandes figures de la théorie féministe d’outre-Atlantique, les contours d’un « style de pensée » renouvelé se dessinent dans la pensée féministe française contemporaine. À partir de ce que nous percevons, saisissons, importons du féminisme anglophone (états-unien, mais aussi, entre autres, caribéen ou indien), les problèmes, comme les luttes, face auxquels, ou dans lesquelles, nous nous situons ici et maintenant, ont trouvé sinon des solutions, du moins des problématisations qui déplacent les anciens clivages. Donna Haraway demeurait jusqu’ici en France une référence étonnamment discrète. L’accès facilité à son oeuvre constitue tout autant un événement éditorial qu’un événement intellectuel pour qui s’interroge sur le devenir d’une perspective matérialiste et féministe dans la postmodernité.



Savoirs situés et épistémologie du point de vue



Cette postmodernité, Haraway la pense avant tout en philosophe féministe des sciences : la postmodernité, chez elle, désigne une certaine vision technoscientifique du monde. Elle renvoie dos-à-dos un certain néopositivisme, arc-bouté sur sa définition de l’objectivité, et un « constructionnisme suprême », qui considère d’un oeil moqueur toute référence à la réalité des rapports de pouvoir. C’est là l’un des apports majeurs de l’oeuvre de Donna Haraway : identifier sur l’échiquier contemporain le jeu effectif des antagonismes et des alliances, l’état exact des rapports de force qui lient ensemble science et politique. Elle incarne ainsi une position philosophique et féministe originale, à la fois rigoureusement inventive et ironiquement flamboyante, proposant un arsenal théorique et pratique des plus utiles. La traduction des écrits de Haraway arrive donc à point nommé pour nourrir les débats qui ont cours en philosophie sur les gender studies, considérées, au mieux, comme une menace épidémiologique dont il faudrait préserver la « discipline », au pire, comme un brouhaha militant.



Le « Manifeste cyborg » est certainement le texte le plus connu de Donna Haraway. Il a été publié en français pour la première fois en 1992 par Futur antérieur, puis retraduit au début des années 2000, notamment par Nathalie Magnan qui a largement contribué à sa diffusion en France. La publication de Manifeste cyborg et autres essais s’inscrit dans la continuité de cette initiative. L’unité de cet ensemble de textes « canoniques » n’est pas immédiatement perceptible : les six textes ne sont ni organisés de façon thématique ni de façon chronologique, et une édition « critique » eût été utile, compte tenu des très nombreuses références implicites à l’oeuvre dans les textes de Haraway. Toutefois, si unité il y a, elle renvoie à la posture à la fois biographique, théorique et pratique de Donna Haraway, posture mise en valeur par les préfaces des éditrices.



Née en 1944 à Denver, Donna Haraway poursuit des études de zoologie et de philosophie, avant de s’engager dans l’écriture d’une thèse de biologie portant sur les fonctions de la métaphore dans les recherches en biologie développementale au XXe siècle, thèse qu’elle soutient en 1972 à l’université de Yale. Après avoir enseigné dans les facultés de science et de women’s studies de l’université de Hawaii, puis de Johns Hopkins, elle obtient la mythique chaire de history of consciousness,à l’université de Californie à Santa Cruz. Faculté emblématique, atypique, repère de philosophes marxistes, influencés par la French theoryet plus largement par la philosophie dite « continentale », mise en minorité dans les facultés de philosophie, représentant l’héritage britannique des cultural studies aux États-Unis (c’est-à-dire de l’école de Birmingham de Stuart Hall), enfin, refuge d’une Angela Davis, cette faculté symbolise à elle seule le concept de « savoirs situés » cher à Haraway. C’est probablement par ce concept de « savoirs situés » qu’il est le plus aisé d’aborder la pensée de Donna Haraway. Il renvoie à tout un courant de la pensée féministe matérialiste anglophone que désigne l’expression « épistémologies du point de vue », ou « épistémologies du positionnement » (standpoint epistemology), dans lequel Donna Haraway occupe une position centrale.



Si les recherches féministes en sociologie des sciences analysent le faible nombre de femmes dans les secteurs à forte valeur sociale ajoutée, comme le champ de la recherche scientifique, les travaux féministes en philosophie des sciences se sont plus particulièrement intéressés depuis une trentaine d’années aux implications épistémologiques de la division sexuelle du travail intellectuel.



Les sujets de connaissance, en grande majorité masculins, ont une représentation biaisée, partielle, du réel. Ils ignorent, disqualifient ou délaissent totalement des pans entiers du réel qui touchent au travail de reproduction . Dans les premiers travaux d’épistémologie féministe, la division sexuelle du travail, l’assignation des hommes au travail de production et des femmes au travail de reproduction, rend compte du privilège épistémique accordé à des représentations, à une vision du monde déterminée par les seules conditions matérielles d’existence des hommes. Moins aux prises avec la réalité prosaïque du monde, mais aussi avec le corps, au centre du travail reproductif dont ils sont déchargés, les hommes développent une vision du monde qui implique la production de dichotomies hiérarchiques (culture/nature, raison/corps, abstrait/concret, rationnel/intuitif, objectif/subjectif, penser/ressentir…) et la promotion d’une posture de connaissance désincarnée. Nancy Hartsock, l’une des plus importantes féministes matérialistes américaines, définit cet idéal de neutralité par l’expression de « masculinité abstraite  » du sujet connaissant, dans le cadre d’un projet épistémologique qui entend développer un autre « positionnement » ou « point de vue » (standpoint). Loin de promouvoir une perspective subjectiviste ou relativiste en science, elle considère au contraire que les normes de l’objectivité scientifique en vigueur sont déterminées par des positionnements matériellement, et donc socialement, situés. Dans ces conditions, le point de vue « féministe » n’est en rien plus « partial » ou « militant » que le point de vue prétendument « neutre » ; il offre, au contraire, une perspective inédite de recherche.



Donna Haraway s’inscrit dans ce débat de philosophie féministe des sciences en privilégiant l’expression de « savoirs situés », en mesure de renouveler la définition même de l’objectivité scientifique. Les « savoirs situés» constituent un modèle épistémologique qui problématise la relation entre sujet et objet de connaissance en vue d’une « meilleure science ». Autrement dit, contre le binarisme classique sujet/objet de connaissance, elle prône une posture de connaissance davantage relationnelle. Sa critique porte sur la construction historiquement déterminée de « l’homme de science » comme « témoin modeste ». « Le fait d’être invisible à soi-même est la forme spécifiquement moderne, professionnelle, européenne, masculine, scientifique de la modestie comme vertu […]. Elle garantit que le témoin modeste est le ventriloque légitime et autorisé du monde objectif, n’ajoutant aucune opinion ni rien de sa corporéité biaisée. Il est doté d’un pouvoir remarquable d’établir les faits. Il témoigne ; il est objectif ; il garantit la clarté et la pureté des objets. Sa subjectivité est son objectivité. Ses récits ont un pouvoir magique – ils perdent toute trace de leur histoire comme narrations, comme produits de projets partisans, comme représentations contestables, comme documents construits capables de définir les faits » (p. 311). Ainsi, la figure de « l’homme de science » s’est historiquement constituée au cours de la Révolution scientifique, initiée par Boyle, selon deux mouvements : l’auto-invisibilité, qui permet de transformer une représentation en fait par l’intermédiaire d’une position épistémique fondée sur la transparence (transparence qui permet au récit scientifique de se présenter comme un discours « neutre », « pur », qui n’est pas déformé par la corporéité, la subjectivité, l’interprétation, la partialité…) et la virilité (Haraway parlera en ce sens de figure de « la modestie virile »), qui, en même temps qu’elle institue un sujet connaissant traversé par les normes de genre (la « virilité modeste » devenant l’équivalent de la neutralité), institue un objet de la connaissance – la Nature – toute entière ramenée à la matérialité. Le sujet de la connaissance se désincarne par le fait même qu’il objective les corps : « les hommes modestes se doivent d’êtres invisibles à eux-mêmes, transparents, de façon à ce que leurs rapports ne puissent être pollués par la corporéité. C’est la seule façon de garantir les descriptions qu’ils produisent sur les corps des autres et de minimiser l’attention critique portée sur leurs propres corps » (p. 319).



Queeriser le témoin modeste



Dans ce contexte, on comprend comment une certaine philosophie féministe a développé toute une critique de la science moderne en dénonçant la masculinisation de la raison cartésienne. Pour Susan Bordo, par exemple, « [se] rendre comme maître et possesseur de la nature » marque l’entreprise techno-scientifique moderne tout autant que l’exclusion des femmes, renvoyées du côté de la Nature – corps objectivés, ressource exploitée .



Pourtant, si Donna Haraway, depuis une approche critique néomarxiste, parvient à un diagnostic similaire, elle s’élève contre ce qui constitue alors une position dominante dans le féminisme : une position qui est passée d’une critique du phallogocentrisme à la « technophobie ». Le problème pour Haraway est plutôt de construire un autre « témoin modeste ». Autrement dit, elle propose de crédibiliser « le témoin modeste » en le « queerisant »en vue de participer à une redéfinition de l’objectivité scientifique, initiée par l’épistémologue et philosophe des sciences Sandra Harding. Queeriser le « témoin modeste » consiste précisément ici à contester la pureté des frontières entre sujet et objet de connaissance : à élucider les conditions matérielles d’existence des sujets de connaissance, à les redéfinir comme des sujets incarnés, « encorporés ». De la même façon, il s’agit de redéfinir les objets de connaissance comme des objets traversés de langage, de récit, de métaphore. Cela implique notamment que le corps des femmes n’est pas cet Autre de la Science ou de la Raison ; il n’est pas un bastion, menacé de toutes parts, par la technoscience : il est toujours déjà un mixte, un produit techno-naturel. « Nous avons consommé beaucoup d’encre toxique et d’arbres réduits à l’état de papier pour décrier ce qu’ils voulaient dire et combien cela nous était préjudiciable. Ce « ils » imaginaire recouvre une sorte de conspiration invisible de scientifiques et philosophes mâles repus de subventions et de laboratoires : et le « nous » imaginaire désigne les autres, les « encorporées », contraintes d’avoir un corps et un point de vue fini, donc inévitablement disqualifié et pollué dans toute discussion sérieuse en dehors de notre petit cercle, où une revue de « masses » c’est un petit millier de lectrices qui, dans leur majorité, détestent la science » (p. 107). La théorie féministe ne doit donc pas rester en dehors du champ scientifique : un champ éristique où se négocient depuis des positions matériellement déterminées les visions du monde autorisées et, partant, les médiations, les prismes, par lesquels le réel advient comme réel pour nous.



Un « témoin modeste queer» renvoie ainsi au potentiel épistémique des « objets-sujets » de connaissance, au pari gnoséologique que représente une science en train de se faire depuis des « objets » scientifiques (les femmes, par exemple) devenus agents, générateurs de visions scientifiques du monde : en un mot, aux promesses de « scientificité » que renferme le féminisme. Cela ne veut pas dire que le point de vue des assujettis est en soi plus « vrai » : il est tout simplement plus critique. Il produit une vision scientifique du réel, depuis une position qui est d’emblée stigmatisée comme partielle, partiale, mais il interpelle, par là même, les visions scientifiques labellisées « neutres », les visions hégémoniques, comme étant tout aussi situées. Queeriser« le témoin modeste » renvoie donc plus largement au programme philosophique de Donna Haraway sur « les savoirs situés ». Par cette expression, elle entend réaffirmer l’intrication du scientifique et du politique, non pas tant au sens de pluralisme des points de vue, qu’au sens d’une pluralité de relations : pluralité des situations et des intérêts antagoniques qui, une fois élucidés, réintroduisent la question de la responsabilité politique de la connaissance rationnelle, aux dépens du sacro-saint désengagement. Les visions parcellaires, polarisées, connectées, permettent aussi de se prémunir contre les systèmes de saisie totale : elles maintiennent ouverte la possibilité de récits plus justes du monde. Le fondement de la rationalité est donc une « discussion située » qui réengage la science. Pour Haraway, l’écoféminisme détrône alors la physique, comme modèle de scientificité. Cela ne signifie pas que Haraway rejette ou caricature la physique et les mathématiques, bien au contraire, mais ses domaines de prédilection resteront la biotechnologie de la reproduction, la primatologie et la génétique. Or, dans ces trois champs, la pensée féministe n’a pas seulement un rôle de trublion épistémologique à jouer.



« Nous, féministes inscrites dans les débats sur la science et la technologie, nous sommes, dans le monde très fermé de l’épistémologie, où ce qui compte traditionnellement comme savoir est contrôlé par des philosophes qui codifient le droit canon de la connaissance, ce que sont « les groupes de pression » de l’ère Reagan. Évidemment, un groupe de pression est, selon la définition reaganoïde, tout sujet historique collectif qui essaie de résister à l’atomisation dépouillée de la Guerre des étoiles, à la citoyenneté d’hypermarché, postmoderne, réduite au simulacre médiatique » (p. 108). Le décor du « Manifeste cyborg » est planté. Haraway définit ici l’enjeu d’une posture féministe sur les sciences à un double point de vue : la critique antisexiste et antiraciste de « l’objectivité » scientifique telle qu’elle fonctionne dans les savoirs hégémoniques, d’une part, et la refondation matérialiste de la problématique du « constructionnisme social », d’autre part. Le féminisme de Haraway sera, contre toute tentation de repli essentialiste (Homme/Femme, Technique/Nature…), ou, au contraire, contre toute addiction euphorique à la déconstruction postmoderne totale et déresponsabilisante, un féminisme cyborg. Rien à voir avec une plaisanterie à la Bricmont et Sokal, quoique Haraway use volontiers d’ironie irrévérencieuse, voire blasphématoire. Le féminisme cyborg désigne plutôt un programme aux dimensions « épistémologique », théorique et politique, qui refuse la matrice néolibérale de la science (« there is no alternative »), qui réifie la naturalité des corps (par la « race », le « sexe », l’« espèce »), pour mieux breveter les identités et exploiter les « objets » de connaissance animés ou inanimés, sans tomber dans « la démonologie de la technologie ». Elle invite donc le féminisme socialiste à un autre « mythe politique » que la victimisation. Elle part du constat que le corps des femmes est loin d’être une matière « pure », un objet naturel ontologiquement distinct, que la techno-science observe ou exploite. Le corps des femmes est déjà gros de technicité : il est sémiologiquement codé, surchargé de métaphores comme de prothèses en tout genre , saturé de récits comme d’hormones chimiques. Le corps des femmes, comme tout corps, est socialement construit comme féminin, dans et par une division sexuelle – et raciale – du travail. En ce sens, le féminisme de Donna Haraway est une plongée dans le réel, et ce réel ressemble déjà aux utopies les plus catastrophistes qui hantent nos imaginaires, nourris de blockbustershollywoodiens : nous sommes toutes des lieutenants Ripley , luttant, incorporant ou donnant naissance à des aliens.



Le genre cyborgien



Il se peut que « la fiction courante de l’Homme et de la Femme » (p. 79), contre laquelle nous nous sommes élevées, mais aussi dans laquelle nous avons appris à parler, biaise notre compréhension des conditions matérielles effectives par et dans lesquelles nous devons stratégiquement nous « régénérer » comme sujets politiques. « Après tout, malgré sa large et profonde inscription historique, le genre pourrait bien ne pas être l’identité globale » (p. 80). Autrement dit, les femmes sont dans – et par – la logique historique des rapports de pouvoir de genre, de classe et de couleur de véritables mutantes. Et elles devraient en être convaincues, au moins depuis qu’une féministe, ancienne esclave, a interpellé les assemblées abolitionnistes de la fin du XIXe siècle en s’écriant : « Mais toute cette parlote, de quoi ça cause ? Cet homme-là, il dit qu’il faut aider les femmes à monter en voiture et les porter à franchir un fossé, et qu’il leur faut les meilleures places partout… Personne ne m’aide jamais à monter en voiture ou à traverser une flaque de boue, personne ne me donne les meilleures places ! Et ne suis-je pas une femme ? Regardez-moi ! » (p. 228) – en référence au discours moderne patriarcal blanc étatsunien, pour qui les femmes noires ne sont pas des femmes, excluant à bon escient des normes genrées dominantes une humanité reléguée. Les femmes ne sont donc pas devenues des « hybrides », des corps techno-naturels, depuis le seul avènement de la postmodernité, marquée par le déploiement sans précédent des biotechnologies. Les techniques scientifico-politiques tout aussi efficaces de la modernité n’ont cessé de travailler le corps des femmes pour mieux distinguer celles qui incarneront parfaitement le mythe de « La Femme », et celles qui en seront exclues.



La figure de la militante abolitionniste et féministe Sojourner Truth est la première incarnation du mythe cyborg pour Haraway. Elle en surdétermine même la puissance subversive dans une lecture postmoderne : singularité oxymorique (femme/noire), pur produit des technologies sexistes et racistes de la domination et, en même temps, mythe cyborg fondateur : « [Sojourner Truth] s’est saisie de son discours et de son corps pour transformer la « différence » dans unorganonqui met les réalités douloureuses et les pratiques de la dé-construction, de la dés-identification et de la dislocation au service d’une nouvelle articulation de la notion d’humanité » (p. 232).



Haraway veut sortir le féminisme de son sommeil dogmatique car le féminisme a sa carte à jouer dans la postmodernité. « On pourrait voir le monde cyborgien comme celui avec lequel viendra l’imposition définitive d’une grille de contrôle sur la planète, l’abstraction définitive du corps des femmes dans une orgie guerrière masculiniste […]. D’un autre point de vue, le monde cyborgien pourrait être un monde de réalités corporelles et sociales dans lesquelles les gens n’auraient peur ni de leur double parenté avec les animaux et les machines, ni des idées toujours fragmentaires, des points de vue toujours contradictoires. La lutte politique doit prendre en compte ces deux perspectives à la fois car chacune d’entre elles révèle et les rapports de domination et les incroyables potentialités de l’autre » (p. 38).



La thèse de Donna Haraway consiste à débusquer ce qui dans nos grands récits contemporains, qu’ils soient apologétiques ou critiques, participe d’une matrice commune, dont ils manquent la logique, grevant l’efficacité même de nos luttes. Articulant ensemble la science contemporaine et le capitalisme avancé, Haraway définit cette logique matricielle comme étant celle d’une vaste « informatique de la domination » (p. 52). Tout cela n’empêche pas le mariage heureux entre capitalisme et technoscience de se parer de « systèmes mythiques et sémantiques » (p. 52) qui, à leur tour, codent efficacement nos imaginaires à coup de marques déposées. Homme/Femme sont des produits de luxe sous copyright, qui rapportent de l’argent : « Dans une monde où l’artificiel et le naturel ont implosé, la nature elle-même – à la fois idéologiquement et matériellement – a été très évidemment reconstituée » (p. 265).



La cartographie dressée par Haraway est une carte d’état-major : elle pense en stratège et non en épistémologue, en évangéliste ou en scénariste. Elle ne fait pas de la science-fiction, mais « de la politique-fiction (politico-scientifique) » (p. 33) qui défie les frontières de nos anciens mythes : nous sommes déjà des cyborgs. Le problème politique du féminisme est que nos corps cyborgiens se pensent encore dans les termes des mythes essentialistes hégémoniques. Les cyborgs sont « les rejetons illégitimes du militarisme et du capitalisme patriarcal » (p. 33), prévient Haraway : « rejetons », parce qu’ils sont leurs purs produits, « illégitimes » parce qu’ils ne sont jamais reconnus comme tels. Avec le « Manifeste cyborg », Donna Haraway entend donc prendre à revers l’« informatique de la domination », en construisant un mythe politique depuis nos conditions matérielles d’existence : un mythe cyborgien, qui va à l’encontre des intérêts de la classe dominante. « Nous » n’avons pas choisi d’être des cyborgs, mais si la figure cyborgienne constitue notre condition, elle doit nécessairement aussi constituer notre identité politique. Les « féministes cyborgiennes » n’ont plus besoin d’un « nous » homogène et unitaire, (ce « nous » de Nous les femmes). Dans « la matrice de dominations complexes » (p. 81) qu’est l’ère postmoderne capitaliste et son encodage techno-scientifique de Guerre des étoiles, « la machine n’est pas un « ceci » qui doit être animé, vénéré et dominé. La machine est nous […]. Le genre cyborgien est une possibilité partielle de revanche globale » (p. 80).



Elsa Dorlin
Maître de conférences de philosophie à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne, elle est co-fondatrice et présidente (de 2002 à 2004) de l'association EFIGIES, association des jeunes chercheuses et chercheurs en études féministes, genre et sexualités. Elle est membre des comités de rédaction de L'Homme et la SociétéRaisons PolitiquesLes Cahiers du genre et Actuel Marx. Elle est notamment l'auteur de La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française et a dirigé l'édition de Black Feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000.
Pour citer cet article : Elsa Dorlin, « Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=115
Rechercher :
Espace abonnés
Mot de passe oublié ?
Rili, Numéro 4 , mars-avril 2008

Numéro 4

mars-avril 2008


Terry Castle - Maris et femmes, 1e partie : Claude Cahun et Marcel Moore

à propos de
Louise Downie (ed.), Don’t Kiss Me :


Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Anne-James Chaton - Portrait : le guitariste

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


La gauche et Mai 68 : 10 + 20 + 10 ans après

Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Ian Buruma - Berlin Alexanderplatz ou l'impossible honnêteté

à propos de
Rainer Werner Fassbinder, Berlin Alexanderplatz
Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz
Klaus Biesenbach (dir.), Fassbinder :


Laurence Denimal - [Joubor] du 10/02/04

Terry Castle - Maris et femmes, 2e partie : Gertrude Stein et Alice B. Toklas

à propos de
Janet Malcolm, Two Lives :


Artistes invités dans ce numéro



Articles en accès libre

Yves Citton - Foules, nombres, multitudes : qu'est-ce qu'agir ensemble ?

à propos de
Collectif, Local Contemporain n°5
Thomas Berns, Gouverner sans gouverner. Une archéologie politique de la statistique
Pascal Nicolas-Le Strat, Expérimentations politiques
Pascal Nicolas-Le Strat, Moments de l'expérimentation


Philippe Minard - « À bas les mécaniques ! »: du luddisme et de ses interprétations

à propos de
François Jarrige, Au temps des "tueuses à bras". Les bris de machines à l'aube de l'ère industrielle (1780-1860)


Jérôme Vidal - La dernière « intox »
de l’industrie atomique :
le nucléaire, une énergie propre et sûre

à propos de
À propos de Frédéric Marillier, EPR. L’impasse nucléaire,


Charlotte Nordmann - Insoutenable nucléaire

à propos de
À propos de Laure Noualhat, Déchets, le cauchemar du nucléaire,


A l'attention de nos lecteurs et abonnés

La Revue internationale des Livres et des Idées reparaît en septembre !

"Penser à gauche. Figures de la pensée critique" en librairie

Jean-Numa Ducange - Editer Marx et Engels en France : mission impossible ?

à propos de
Miguel Abensour et Louis Janover, Maximilien Rubel, pour redécouvrir Marx
Karl Marx, Le Capital


J. R. McNeill - La fin du monde est-elle vraiment pour demain ?

à propos de
Jared Diamon, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie


Antonio Negri - Produire le commun. Entretien avec Filippo Del Lucchese et Jason E. Smith

Alfredo Gomez-Muller - Les luttes des "indigènes en Bolivie : un renouveau du socialisme ?

Arne Næss et la deep ecology: aux sources de l'inquiétude écologiste

Comment vivons-nous ? Décroissance, "allures de vie" et expérimentation politique. Entretien avec Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

Giovanna Zapperi - Neutraliser le genre ?

à propos de
Camille Morineau, L'adresse du politique


Politiques du spectateur

Partha Chatterjee - L’Inde postcoloniale ou la difficile invention d’une autre modernité

Le climat de l’histoire: quatre thèses

Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro