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Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

par Guillermina Seri

Après son transfert définitif entre des mains civiles, l’État argentin a décidé que l’Esma, la tristement célèbre Escuela de Mecánica de la Armada de Buenos Aires, ou École navale de mécanique, aurait dorénavant pour fonction d’être un important lieu de mémoire. Il accueillera un Musée de la mémoire, un service d’archives ainsi que diverses activités et services consacrés à l’étude de la terreur d’État en Argentine. Surplombant l’Avenida del Libertador à Núñez, un élégant quartier du port de Buenos Aires, ce site a souvent été surnommé l’« Auschwitz argentin ». Dans les années 1970, il était l’un des principaux camps de la mort clandestins : 5 000 personnes y étaient secrètement détenues, et seules quelques centaines en sont revenues. Pour la mémoire de millions d’Argentins, l’Esma est synonyme de terreur d’État. Elle évoque des individus qui, chez eux, dans leur lit, se font enlever au beau milieu de la nuit par des escadrons paramilitaires, avant d’être brutalement battus et torturés, puis gardés en captivité dans des conditions répugnantes, pour finalement être abattus ou jetés vivants dans la mer depuis un avion. L’image de femmes enceintes accouchant dans la clandestinité, se faisant voler leur bébé, se faisant assassiner. Des scènes où un prisonnier voit sa famille se faire torturer sous ses yeux, y compris les nourrissons, aussi bien que l’utilisation imaginative de cannes, de l’eau, de rats et de viols dans le seul but d’infliger d’innommables souffrances, ou la mort, sont parmi la collection d’horreurs de l’Esma. Et ce n’est qu’un rapide aperçu de l’histoire qui hante ce lieu qui, comme l’avoua quelqu’un y ayant travaillé, « donne la chair de poule ».

L’Esma devint un camp peu après le coup d’État de la junte militaire du 24 mars 1976. Le gouvernement d’El Proceso de Reorganización Nacional (Le Processus de réorganisation national) mit en place des centaines de centros clandestinos de detención (CCD) ou centres de détention clandestins. Au nom de la soi-disant croisade occidentale chrétienne contre les communistes, tous les ouvriers, artistes, membres de conseils d’usine, représentants syndicaux, personnels religieux, cadres, étudiants et professeurs à l’université, voire au lycée, pour peu qu’ils soient jugés « subversifs «, étaient kidnappés de leurs maisons, de leurs écoles, de leurs lieux de travail, de leurs universités ou même dans la rue par des grupos de tareas(« groupes de travail »), pour être amenés dans des camps et torturés, avant d’être soit relâchés, soit assassinés. La plupart des camps étaient improvisés dans des commissariats, des bâtiments militaires ou des immeubles de l’État, souvent au centre même des villes, dans des quartiers résidentiels ou des quartiers d’affaires. Certains camps servaient de centre de transfert tandis que d’autres étaient la destination finale. Directement sous les ordres d’un membre de la junte militaire, l’amiral Emilio Massera, l’Esma semble avoir été l’un des camps de la mort ayant accueilli le plus de prisonniers, et fut opérationnel jusqu’à la toute fin de la dictature militaire, en novembre 1983. Des criminels bien connus comme Alfredo Astiz, Jorge « El Tigre » Acosta, Miguel Cavallo ou Adolfo Scilingo étaient à l’oeuvre au sein de l’Esma. Grâce à ce vaste réseau de camps, la terreur d’État était indéfectiblement gravée dans l’espace urbain et dans l’âme des Argentins. Plus de 30 000 Argentins ont « disparus «, et des milliers ont été contraints de s’exiler. Pendant ce temps, la coordination de projets comme l’opération Condor permit d’étendre la terreur au Chili, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie et au Brésil, et même jusqu’en Équateur et au Pérou.

La transformation de l’imposant édifice principal de l’Esma, de ses terrains de sport et d’entraînement, ainsi que des ses autres bâtiments qui courent sur plus de dix-sept hectares, en un espacio para la memoria (ou, comme l’indique la bannière qui ceint le devant du bâtiment, un Espace pour la mémoire et pour la défense et la promotion des droits de l’homme) est le fruit du long combat mené par les organisations de défense des droits de l’homme. Le premier projet de transformation de l’Esma en musée fut présenté en 1990, mais il ne redevint d’actualité qu’après la décision du président Carlos Menem, en 1998, de raser le bâtiment afin d’y construire un parc commémoratif dédié à l’« unité nationale et la réconciliation». Les Mères de la Place de Mai (Madres de la Plaza de Mayo) réagirent immédiatement en engageant des poursuites judiciaires et déclenchèrent une campagne internationale pour préserver le bâtiment, campagne qui soutint finalement la proposition d’en faire un musée. C’est le président Néstor Kirchner qui, en 2004, franchit le dernier pas : à l’occasion du vingt-huitième anniversaire du coup d’État militaire, après s’être excusé au nom de l’État, il annonça la création d’un « musée de la mémoire ». Une commission, composée de représentants de l’État fédéral, de la ville de Buenos Aires et d’organisations de défense des droits de l’homme, fut alors mise en place pour mener le projet à bien.

L’État argentin avait assigné au futur musée la tâche d’enseigner « aux générations présentes et futures les conséquences irréparables qu’entraîne le fait de remplacer l’application de la loi par l’exercice de la violence de ceux qui détiennent le pouvoir d’État». Avec pour charge de coordonner les plans du futur bâtiment, l’organisation de défense des droits de l’homme Memoria Abierta sollicita des propositions qui ont été compilées dans le livre de Marcelo Brodsky Memoria en Construcción. Les propositions allaient d’une stricte reconstitution muséographique des installations du camp à la mise en place de nombreuses activités culturelles ou de sensibilisation aux droits de l’homme n’ayant aucun lien direct avec les années d’El Proceso. Parmi ces dernières propositions, Hebe de Bonafini, au nom des Mères de la Place de Mai, s’inquiétait de la transformation de l’Esma en un « Musée des horreurs » ou un « Musée des victimes » et proposait à la place d’y installer une « université populaire» et une école d’art. De leur côté, le Serpaj (le Service Paix et Justice), dirigé par le prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel, ressentit le besoin de replacer l’Esma dans le contexte des centaines d’autres camps de concentration construits à travers toute l’Amérique latine. Mais ce fut finalement l’association Hijos (Hijos por la Identidad, la Justicia, contra el Olvido y el Silencio), l’organisation des enfants des « disparus », qui avança la proposition la plus radicale en arguant de la nécessité d’appréhender le réseau des camps comme un tout. Repoussant le débat bien au-delà de la seule question de l’Esma, Hijos proposait la fouille archéologique de tous les camps de la mort afin de préserver les preuves susceptibles de servir aux enquêtes policières et aux poursuites judiciaires. Elle exigeait également la création d’un nouveau cadre légal transformant tous les camps en espacios por la memoria gérés par une entité autonome. Alors que ce type de lieux pouvait inclure des reconstitutions ou des collections, Hijos avait prévu de faire de tous les anciens camps des lieux permanents d’escrache (forme de protestation mélangeant des performances de rue, des manifestations et des oeuvres d’art, et ayant pour but de rendre publiques les identités des criminels ainsi que leurs domiciles) visant les responsables de la terreur d’État.

Même si certaines décisions majeures ont été prises concernant l’Esma (préserver le casino des officiers en y indiquant la fonction de chaque partie du camp, assembler une collection illustrant l’histoire de la répression dans l’État moderne argentin) et si ce musée commémoratif est d’ores et déjà une réalité, il y a fort à parier que les débats prendront de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure que le projet s’épanouira. De plus, l’issue des controverses sur la politique de la mémoire et son esthétique aura de lourdes conséquences sur ce qu’il adviendra des autres anciens camps de la mort.

L’Argentine se souvient

Comme un palimpseste, les villes argentines contiennent les traces et les sédiments de la terreur ; même des décennies plus tard, ces traces continuent à resurgir dans nos vies. Leurs tailles, leurs caractéristiques et leurs localisations varient énormément, et il n’est pas rare de lire dans un journal qu’on a identifié un nouveau camp de la mort. Des centaines de camps ont été identifiés ; en 2001, on en dénombrait officiellement 651. Encore récemment, on a découvert un réseau de camps allant de Zarate à Campana au nord de Buenos Aires, un bâtiment fédéral dans le quartier portuaire de Barracas et un ancien camp à Esteban Echeverría, à Buenos Aires, en juillet 2007. Les camps réapparaissent parfois de manière inattendue : lors de l’été 2002, deux survivants reconnurent le lieu de leur captivité à Parque del Faro, un parc d’attractions destiné aux jeunes enfants et construit au-dessus du phare de Mar del Plata, et remarquèrent que le spectacle de marionnettes quotidien que donnait le parc prenait place juste au-dessus de la fosse commune. En 2001, à Santa Fé, une famille vit le sol de son garage s’effondrer, mettant ainsi au jour une chambre secrète : les vestiges d’un autre camp de la mort clandestin. Parfois, ces camps se révèlent être plus que de simples vestiges. Ainsi, en avril 2007, alors que la police enquêtait sur des ateliers clandestins exploitant des « esclaves » étrangers sans papiers, elle découvrit que l’un de ces ateliers était installé à Automotores Orletti, un camp de la mort bien connu d’El Proceso.

Alors que les principaux camps sont transformés en « sites de mémoire », l’issue des débats concernant le destin des autres camps façonnera de manière décisive à la fois l’esthétique urbaine et la politique des années à venir. Un « musée de la mémoire » soutenu par la majorité municipale a déjà ouvert ses portes à Rosario, et certains autres camps sont déjà sans doute destinés à devenir des musées. Un mémorial a été construit sur les ruines du Club Atlético – qui fut détruit en 1977 pour construire une autoroute, puis exhumé en 2002 par une équipe d’archéologues, et d’autres sont prévus dans les installations d’El Olimpo, dans celles déjà citées d’Automotores Orletti et dans une maison à Virrey Cevalos. Des projets similaires ont été annoncés concernant le phare de Mar del Plata. Pendant ce temps, la ville de Buenos Aires et l’organisation de défense des droits de l’homme Memoria Abierta ont établi un programme ayant pour but de localiser et de récupérer les anciens camps secrets. Aussi bien les grands projets, comme le Parc de la mémoire, d’une surface de quatorze hectares, que les places et les mémoriaux consolident la présence des droits de l’homme dans le paysage urbain argentin.

Le 24 mars 2007, jour anniversaire du coup d’État, Kirchner présenta ses excuses en un lieu nommé La Perla, à Córdoba, aujourd’hui une usine d’armement, et autrefois un camp de la mort où entre 2500 et 3000 personnes furent secrètement détenus, et dont seules dix-sept revinrent. Le président a destiné les vingt-cinq hectares de ce terrain à accueillir un espacio para la memoria. Ana, l’une des survivantes de ce camp, s’est vu confier la tâche symbolique de faire une brèche dans la clôture métallique, ce qui permit enfin aux gens, jusque-là condamnés à s’introduire dans les lieux furtivement, par effraction, comme s’ils étaient encore sous un étroit contrôle militaire, de commencer à récupérer à la fois l’Histoire et leur histoire. Se tenant debout, sous la pluie, devant «à peu près dix mille personnes «, Ana décrit » le président, les Grands-Mères [de la Place de Mai], leurs familles, les enfants des « disparus». […] ils étaient tous là […]. C’était vraiment émouvant […] et un peu contradictoire. « Elle se souvient qu’on avait mis en place trois plateformes, une pour le président et les membres de la commission chargée d’administrer le site, une pour les législateurs et les hommes politiques, et une dernière pour les survivants, les familles des « disparus » et les organisations de défense des droits de l’homme. Ana et les autres survivants avaient fabriqué des silhouettes humaines qui, placées derrière la plateforme présidentielle, cherchaient à faire participer les « disparus » à l’événement. À sa grande surprise, ces silhouettes ont été quasiment ignorées par la presse, et elle en est arrivée à la conclusion que l’événement n’avait pas d’autre but officiel que de fournir un gros titre aux médias : « Le Président a visité La Perla. » Sans remettre en cause le caractère révolutionnaire de cet événement, la description d’Ana ramène à la vie les divers acteurs et positions politiques qui font la politique de la mémoire en Argentine. Comme tout puzzle, celui-ci est fait de nombreuses pièces. En m’inspirant librement des travaux de Mark Neoclous sur la politique de la réconciliation et de la rédemption , je vais maintenant tenter d’identifier certaines de ces pièces.

El Cuervo Negro [le Corbeau noir] est le pseudonyme sous lequel un participant d’un forum de discussion sur Internet a envoyé la photographie d’une Ford Falcon verte, symbole des groupes paramilitaires d’El Porceso, accompagnée du slogan « Mantenga limpia Buenos Aires » (« Pour que Buenos Aires reste propre »). À l’évidence, lui et ses amis font oeuvre de mémoire – sans commune mesure, c’est le moins que l’on puisse dire, avec la définition généralement reçue du travail de mémoire. En réduisant les événements politiques argentins des années 1970 à une guerre, les messages postés sur ce forum de discussion justifient la terreur exercée pendant El Proceso et recommandent de « nettoyer » le pays, tout en reprochant aux militaires de ne pas avoir exterminé entièrement les Argentins « subversifs» qu’ils accusent de contrôler l’actuel gouvernement. De telles voix invoquent une communauté nationale organique, don de Dieu, sans cesse obligée de se purger de ses ennemis. Elles prétendent que la démocratie comme les organisations de défense des droits de l’homme humilient les patriotes et soutiennent les « subversifs ». On trouve de semblables opinions, sous une forme atténuée, dans des pamphlets publiés sur Internet. Ces arguments sont, de temps à autre, rendus publics lors de manifestations réclamant la « mémoire entière» ou commémorant les morts « tués par la subversion». En assimilant la politique à une guerre et en défendant ce qu’elles appellent une « guerre sale», ces voix avalisent une politique de la terreur comparable à celle d’El Proceso. C’est précisément sur le refus de cette politique que se fonde l’État démocratique.

Fondé sur l’élimination de la terreur, l’État démocratique met en oeuvre une politique de réconciliation. Aussi abyssal, en effet, que soit le vide qui sépare l’action du président Menem (pardons, amnisties, tentative de destruction de l’Esma) des politiques des droits de l’homme conduites, de manière décisive, par Kirchner, les appels à la réconciliation sont le fil conducteur qui permet de les relier. Sans doute la différence est-elle cruciale, qui oppose l’exigence propre à Kirchner de subordonner la réconciliation à « la justice, la mémoire et la vérité» et, par conséquent, de traduire en justice les auteurs des crimes, de la politique de l’oubli prônée par Menem. Cependant, elles représentent les deux branches de l’alternative à laquelle est contraint l’État démocratique aspirant à transformer les sites d’exécution et les atrocités commises par son prédécesseur autoritaire en récits et en lieux où pourra se rassembler une communauté nationale réconciliée et re-imaginée, pour qu’elle soit capable de « passer à autre chose ». En y incluant des excuses officielles, des procès et des mémoriaux, l’Argentine a connu ces dernières années l’expression la plus progressiste – possible ? – de telles politiques.

Toujours est-il que, même s’il est hors de question de remettre en cause l’engagement de la plus haute autorité exécutive du pays au service de la vérité, de la justice et des droits de l’homme, les deux visites de Kirchner, à l’Esma et à La Perla, ont suscité une polémique. Pourquoi ? Tout d’abord, un certain nombre de problèmes entourent la notion même de réconciliation. Se fondant sur son expérience personnelle, Ana remarque que seuls les individus peuvent se réconcilier, que la réconciliation n’est « pas une chose politique » mais purement personnelle. Si Ana a raison, alors un survivant peut pardonner à son bourreau, mais le peuple ne peut pas se réconcilier avec la terreur d’El Proceso, ce qui impliquerait que l’État démocratique s’est aventuré sur le mauvais terrain. Deuxièmement, l’horizon d’une nation réconciliée ne progresse que par le biais d’une neutralisation du politique. « C’est surprenant,remarque Ana,mais, aujourd’hui encore, c’est comme si le seul témoin [des camps] respectable était celui « qui n’a rien à voir » avec la politique, celui qui était là « par accident ».» Une politique d’État de la réconciliation privilégie la construction morale de victimes et de bourreaux, en favorisant les explications personnelles pour rendre raison des atrocités commises et en rejetant ou en réifiant le politique. Par conséquent, en essayant d’expier sa propre violence génocidaire tout en conservant sa légitimité face aux autres formes de coexistence et de gouvernement, l’État argentin représente de nos jours les « disparus» comme des victimes innocentes, des martyrs, ou au mieux comme des héros mystiques engagés dans une lutte politique impossible. Finalement, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus important, le travail de mémoire, financé par l’État, de la terreur d’État, représente et traite cette terreur comme un accident exceptionnel, pathologique, et occulte du même coup son rôle central dans la formation et la préservation des États modernes. Ou, pour le dire autrement, y a-t-il aujourd’hui un seul État qui puisse prétendre s’être complètement purgé de son recours à la terreur ?

« Souvenir. Le gouvernement a promis que, s’il faisait de la répression à Santa Cruz, il s’engageait à construire dans la foulée un musée à la mémoire des victimes.» Ce titre sarcastique sur la couverture du Barcelonasaisit ce qui est réellement en jeu dans la politique de la réconciliation dans un État démocratique : le rejet de la terreur et, en même temps, la conservation de ses outils. Aucune ironie n’entoure la « disparition » de Jorge Julio López cependant. Témoin clé du procès qui a mené à la condamnation de l’ancien chef de police Miguel Etchecolatz, López est porté disparu depuis septembre 2006, et sa « disparition » matérialise bien les limites que rencontre un État quand il tente d’expier sa violence passée tout en continuant à accueillir en son sein les agents mêmes de cette terreur.

Alors que de nombreux groupes de la société civile adoptent un point de vue réconciliationniste, d’autres groupes s’inspirèrent de traditions différentes afin de mettre en place une autre politique, une politique de la rédemption. Comme Neocleous le souligne, suivant en cela Walter Benjamin, le point de vue de la rédemption implique de s’approprier l’héritage de nos ancêtres tout en mettant les générations présentes et futures au défi d’inventer des pratiques qui correspondent, sans les imiter, aux vieux rêves et aux vieilles luttes pour la justice et la liberté. En Argentine, après 1977, le slogan des Mères de la Place de Mai, « Con vida los llevaron, con vida los queremos » (« Vivants ils les ont pris, vivants nous voulons les voir revenir ») transforma les « disparus » en une présence nouvelle et radicale qui s’intégra à l’identité politique de plusieurs générations. Les défis auxquels sont confrontées les tentatives de développement d’une politique alternative de la mémoire deviennent visibles lorsqu’on considère la scission des Mères en 1986. L’un des groupes, qui prit alors le nom de Madres - Línea Fundadora, était formé de mères qui décidèrent d’accepter la mort de leurs enfants afin de récupérer et d’enterrer leurs dépouilles. Par conséquent, elles se concentrèrent sur la collecte d’informations, favorisant la création de banques de données et de mémoriaux et enjoignant à l’État démocratique de remplir sa promesse de réparation des torts. D’autres, à l’Asociación Madres de Plaza de Mayo, choisirent, du moins officiellement, de ne pas accepter la mort de leurs « disparus ». Soulignant les engagements socio-politiques de leurs enfants, les mères de l’association privilégièrent diverses formes d’activisme, de manifestations et d’événements culturels, fondèrent une université et adoptèrent progressivement une rhétorique de lutte des classes. Toutefois, ces dernières années, les liens étroits qu’entretiennent Bonafini et Kirchner ont beaucoup rapproché ce groupe de l’État. Un troisième groupe de Mères, dont les fils et filles furent enlevés avec leurs bébés, créèrent Abuelas, les Grands-Mères de la Place de Mai, et se consacrèrent à rechercher et à ramener à la maison leurs petits-enfants. Les lois et le contexte des années 1990 favorisaient les procès intentés aux criminels, et les Grands-Mères lancèrent une série de procédures pénales pour « rapt de nouveaux-nés», crime qui n’était pas inclus dans l’amnistie générale. La recherche de centaines d’enfants disparus donna un rôle important aux Grands-mères et à Hijos, et c’est sans doute la politique menée par cette dernière association qui est la plus intéressante.

Il n’y a pas de pardon

« Nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas, nous ne nous réconcilions pas. » La politique de la mémoire sans compromis de Hijos fait montre d’une telle soif de justice qu’aucune loi positive ne peut l’étancher. Organisées pour la première fois en 1995, à une époque où les pardons et les amnisties rendaient toutes poursuites impossibles, les escraches caractéristiques de Hijos contribuèrent à entretenir le besoin de justice et à former la conscience des jeunes générations. Fondées sur un combat politique implacable et incessant pour la mémoire et la justice, les revendications de Hijos transcendent inévitablement tout horizon commémoratif mené par l’État, tout en ouvrant la voie à la possibilité d’une vraie politique de la rédemption. Ils méritent une mention spéciale pour leur proposition de transformer les anciens camps en « espace de mémoire ». Si la terreur d’État chercha à annihiler la possibilité même du politique, Hijos propose de transformer ces anti-agoras que sont les camps en espaces politiques actifs, en forums politiques et sociaux pour la communauté. Car, comme le sait bien Hijos, et bien plus que ne peut l’imaginer n’importe quel bourreau, les « disparus » sont toujours bien présents en Argentine. Avec le débat politique qui a disparu en même temps qu’eux, ils attendent la rédemption.

■Traduit de l’anglais par Aurélien Blanchard -
Avec l’autorisation de Radical Philosophy,
RP 147, Jan/Fev 2008, © Radical Philosophy Ltd.



Guillermina Seri
Guillermina Seri est assistant professor au Union College (NY) et titulaire d'un doctorat en sciences politiques à la University of Florida. Sa thèse s'intitule Policing and Democracy: The Influence of Narratives on Police Discretion. Elle a enseigné à la Colgate University ainsi que dans de nombreuses universités argentines.
Pour citer cet article : Guillermina Seri, « Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 28/09/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=101
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Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro